‹ Le Cid; a tragedy;Chapitre 60 sur 120 · ACTE V, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIL

Ckimène,

Relève-toi, Rodrigue. Il faut l'avouer, sire,

Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire.

Rodrigue a des vertus que je ne puis haïr ;

Et, quand un roi commande, on lui doit obéir. 1805 Mais à quoi que déjà vous m'ayez condamnée,

Pourrez- vous à vos yeux souffrir cet hyménée ?

Et quand de mon devoir vous voulez cet effort,

Toute votre justice en est-elle d'accord?

Si Rodrigue à l'État devient si nécessaire, 18 10 De ce qu'il fait pour vous dois-je être le salaire,

Et me livrer moi-même au reproche éternel

D'avoir trempé mes mains dans le sang paternel ? D. Femand.

Le temps assez souvent a rendu légitime

Ce qui semblait d'abord ne se pouvoir sans crime. 181 5 Rodrigue t'a gagnée, et tu dois être à lui ;

Mais quoique sa valeur t'ait conquise aujourd'hui,

Il faudrait que je fusse ennemi de ta gloire

Pour lui donner sitôt le prix de sa victoire.

Cet hymen différé ne rompt point une loi 1820 Qui, sans marquer de temps, lui destine ta foi :

Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.

Rodrigue, cependant il faut prendre les armes.

Après avoir vaincu les Maures sur nos bords,

Renversé leurs desseins, repoussé leurs efforts, 1825 Va jusqu'en leur pays leur reporter la guerre,

Commander mon armée, et ravager leur terre.

A ce seul nom de Cid ils trembleront d'effroi ;

Ils t'ont nommé seigneur, et te voudront pour roi.

Mais parmi tes hauts faits sois-lui toujours fidèle : 1830 Reviens-en, s'il se peut, encor plus digne d'elle ;

Et par tes grands exploits fais-toi si bien priser,

Qu'il lui soit glorieux alors de t'épouser.

D. Rodrigue.

Pour posséder Chimène, et pour votre service, Que peut-on m'ordonner que mon bras n'accomplisse ?

1835 Quoi qu'absent de ses yeux il me faille endurer, Sire, ce m'est trop d'heur de pouvoir espérer.

D. Fernand.

Espère en ton courage, espère en ma promesse ; Et possédant déjà le cœur de ta maîtresse, Pour vaincre un point d'honneur qui combat contre toi, 1840 Laisse faire le temps, ta vaillance, et ton roi.

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