LXXI.X
Por quanto cl esta escalentado,
redro Euy Laynes, seïïor que era de Faro:
Après le vers 298:
É los nueve dias contados cavalgan muy privado, ou lit dans le manuscrit:
Eodrigo, fijo de don Diego, é nieto de Layn Calvo,
é nieto del eondc Niiiïo Alvares de Amaya, é visnieto del et ensuite la romance: (rey de Leon,
«Dose afios avia por cuenta, é aun los trese non son.»
Il faut rayer les deux lignes «Eodrigo» et «é nieto,» qui sont évidemment interpolées. Elles paraissent être une glose qui se rapporte au mot avia dans la romance.
Vs. 305—307:
Paradas estan las bases [lisez hases) , é condensa {lisez comiensan) â lidiar.
Eodrigo mato al conde , ca non lo pudo tardar.
Venidos son los ciento é pienssan de lydiar.
Il saute au x yeux que le vers 307, qui n’est pas à sa place, n’est qu’une rédaction différente du vers 305.
La ligne 312: «et l’une était Elvire Gômez, et la cadette, Aldonsa Gômez, et la troisième, la plus jeune, Chimène Gômez ,» où l’assonance manque , me paraît une glose.
Vs. 398, 399:
Por yo matar mi enemigo en buena lid en campo,
yrado contra la corte é do esta el buen rey don Fernando.' Le premier vers est une explication assez fade de l’auteur de la Cronica; le second, placé ici, ne présente point de sens satisfaisant.
Vs. 841. Lisez la séria , au lieu de la pena. Dans le vers suivant :
LXÏ.Y
apricssa erto de punta a la meter la espada que traya al cuelo,
il faut lire eriâ (c'est-à-dire hiriô, firiâ dans la Chanson , vs. 2029) au lieu de ertô, verbe qui n’existe pas. On disait kerir de punta comme on disait herir de espada (Alexandre , copia 63, 70). Du reste, tout ce passage (vs. 840 — 846 dans l’édition de M. Michel) est de la prose.
Vs. 863 : « é dixo : Seîîor, à fruenta (lisez fruente ; cf. Alexandre , copia 1712) de Dios te fago.» Ce te est fautif; Pero Mudo ne tutoie pas Rodrigue (vey dans le vs. 864 est une espèce d’interjection), et d’ailleurs, qu’est-ce que te fago signifierait ici? Je crois donc devoir lire: lo fago.
Vs. 885. Les mots: «que de mi cuerpo a tanto» me paraissent altérés.
Vs. 888. Lisez nos au lieu de vos.
Vs. 897:
Atantas lanças quebradas por el primore quebrar.
Il va sans dire qu’on doit lire primero, et d’après M. Damas - Hinard, cette leçon se trouve dans le manuscrit. Ces huit vers qui riment en ar pourraient bien être un fragment d’une romance ou d’une chanson de geste, car ces dernières offrent souvent des descriptions de batailles où l’assonance est a ; voyez, par exemple, Chanson du Cid, vs. 2414 — 2417. On peut aussi comparer avec ce passage, Gérard de Ros sillon, p. 189.
Vs. 920:
Que nunca prcndes ombre nado, que nunca te prendiesse. Pour restituer le sens et l’assonance, il faut lire:
Que nunca te prendiesse ombre nado.
Il est clair que le copiste d’un ancien manuscrit a écrit par erreur prendes au lieu de te prendiesse , qu’il a corrigé sa
bévue sur la marge , et que celui qui a copié ce manuscrit-là a transcrit la faute de même que la véritable leçon.
(Sur les infants de Carrion dans la Chanson du Cid.) '
Ces personnages ont existé. Ils étaient, d’après la Chanson, de la famille des Parti Gomez, «d’où sont sortis des comtes de prix et de valeur.» Le terme Parti Gomez est arabe: c’est Bani Gomez (on sait qu’en espagnol b et v permutent), les fils de Gomez. Ibn-Khaldoun atteste, dans son histoire des rois chrétiens de l’Espagne , que les Béni Gomez régnaient sur le pays qui s’étend entre Zamora et la Castille, et que Santa-Maria (c’était le nom que portait anciennement Carrion) était leur capitale. Dès l’année 915, les chartes font mention de cette famille, et en 1051, Gomez Diaz, comte de Carrion, Saldana et Sainte-Marthe, bâtit le célèbre couvent de Saint-Zoïl de Carrion *.
Mais quoique la famille des Gomez fût très-illustre et que les deux chevaliers nommés dans la Chanson, Diégo et Ferdinand, aient existé, il n’en est pas moins vrai que ces personnages n’ont pas épousé les filles du Cid, car, d’après son épitaphe dans le cloître de Saint-Zoïl 2 , le comte Ferdinand Gomez était déjà mort dans l’année 1083 , neuf années seulement après le mariage du Cid, et onze années avant la prise de Valence. D’ailleurs, Carrion n’était pas ce qu’on appelait un solar ou une heredad, c’est-à-dire une terrp allodiale ; c’était un realengo , une propriété du roi. Différents che-
l) Voir Sandoval, Cinco Reyes, fol. 62, col. 4. 2) Voyci
Sandoval , Cinco Reyes, fol. 63 , col. 2 et 3.
valiers de la maison de Gomez avaient gouverné ce pays , car souvent le roi donnait au fils le gouvernement qu’avait eu le père; néanmoins ce gouvernement n’était pas héréditaire, et nous savons à n’en pas douter que, depuis l’année 1088, ou peut-être plus tôt, jusqu’à l’année 1117, le comte de Carrion était Pierre Ansurez, qui n’appartenait pas à la famille des Gomez 1 . Mais il faut remarquer que le poète a confondu les Gomez avec une autre famille, non moins puissante, celle qui descendait de l’infante Christine et de son époux l’infant Ordono, fils de Ramire l’Aveugle, et dont le membres , qui possédaient beaucoup de biens-fonds sur le territoire de Carrion, s’appelaient les infants de Carrion, parce qu’ils étaient de sang royal 2 . Peut-être le poète, pour lequel les infants de Carrion , neveux de Garcia Ordofiez , sont les Vani Gomez, a-t-il commis scieminent cette erreur, afin de pouvoir présenter sous un jour défavorable deux illustres et puissantes familles léonaises qui étaient haïes en Castille.
1) C’est ce qui résulte des chartes; voyez Sandoval, Cinca Heyes , fol. 45 , col. 4; 70, 2; 74,1; 79, 2 ; 88 , 4; 89, 8; 92 , 4; 93 1; 94 , 1 et 2 ; Sota, p. 586 , col. 2; 539, 1; 540,1 et 2; 543, 1; Moret, Annales, t. II, p. 85. Llorente, t. IV, p. 23, pour l’année 1117, mais dans cette même année on trouve (Llorente, t, IV, p. 25): Cornes Bertrandus de Carrione. 2) Voyez Rodrigue de Tolède et les autres historiens qui se trouvent cités chez Salazar , Casa de Silva , t. I , p. 65.