ENSEMBLE LE ROI
Ah I je doute et je tremble à l'arrêt qu'il faut rendre I Par le juge éternel que je sois entendu I...
Si le sang veut du sang, s'il osa le répandre. Par l'honneur qu'il servait n'est-il pas défendu ?
l'infante.
Que sévère ou clément soit l'arrêt qu'il faut rendre, Les voilà séparés par le sang répandu !... ^
Et je sens, malgré moi, tout mon cœur se reprendre ^
A l'espoir d'un bonheur qui m'était défendu I...
RODRIGUE
tourment de la voir !... ô douleur de l'entendre !
Comme il est loin de moi le bonheur attendu!
A quoi bon résister et pourquoi me défendre ?... ^
A jamais entre nous est le sang répandu !
CHIHÈNE.
Qui pourrait hésiter dans l'arrêt qu'il faut rendre, ^
N'est-il pas réclamé par le sang répandu? 1 Rien ne peut le sauver I... Rien ne doit le défendre.
Je tiendrai le serment par le ciel entendu !.., I
DON DIÈGUE
Un affront à punir veut du sang à répandre,
Et l'arrêt sans terreur est par nous attendu.
Par l'honneur qu'il servait et qu'il a su défendre '
Que Rodrigue à son tour soit aussi défendu ! ,
ÂGTB DEUXIÈME 29
AMIS DU COMTE et LA FOULE.
Il n*est plus, celui-là, qui savait nous défendre I Rigoureux soit Farrôt en ce jour attendu I Oui, le sang veut du sang; il osa le répandre Et Rodrigue à jamais par son crime est perdu I
AMIS DE DON DIÈGUE et LA FOULE.
Un affront à punir veut du sang à répandre Et l'honneur est toujours des vaillants entendu I C'était lui qu'il servait et qu'il a su défendre, Que Rodrigue à son tour soit par lui défendu I
Soudain des appels de trompettes retentissent au dehors* LE ROI.
Ces appels?... Qu'est-ce donc?...
LE CHOEUR, regardant.
Sire I... Un cavalier maure I...
Parait un cavalier suivi de quelques soldats maures. LE ROI.
L'infidèle ose-t-il encore Paraître devant moi !
l'envoyé MAURE.
Roi!
Boabdil notre maître et TElu du Prophète,!
Lassé de son repos que vous nommiez retraite A repris le chemin qui mène à tes Etats Et par ma voix t'appelle à de nouveaux^combatsL .
Mouvement dans la fouloi LE ROI. ^
Puisque ton maître à la défaite Veut ramener ses compagnons, Retourne sur tes pas!... Dis-lui que nous venons!...
30 LE GID
TOUS
Retourne sur tes pas !... Dis-lui que nous venons!...
LE ROI
Quant au nombre de ceux qui tentent Taventure, Peu nous importe avant le combat commencé !
Car nous savons, je te le jure, Ce qu'il en restera quand nous aurons passé!
TOUS
Il n'en restera plus quand nous aurons passé!
L'envoyé maure s'éloigne.
LE ROI, à ses seigneurs.
Vous avez entendu sa parole hautaine ?. . .
A Rodrigue, avec un reproche douloureux.
Rodrigue, qu'as-tu fait?...
Quand notre ennemi reparait, ûfon plus vaillant guerrier, mon plus fier capitaine Tu me Tas enlevé !
DON DIÈGUE, s'avancant résolument.
Eh bien ! Sire, qu'il le remplace !... • Dans cette sombre nuit s'il vous a trop prouvé
Sa force et son audace.
Qu'il les atteste mieux au jour qui s'est levé !
Aux soldats. -~ Au peuple.
Oui, qu'il soit votre chef 1 Si vous voulez le suivre, Si son bras le défend, le pays est sauvé!
TOUS
Oui! qu'il soit notre chef! Oui, nous voulons le suivre. Si son bras le défend, le pays est sauvé I
RODRIGUE, frémissant, au Roi.
Ah! Sire! Ecoutez-les I... Permettez-moi de vivre Un jour encorl... Le temps d'être vainqueur ...