RESUME A APPRENDRE PAR CŒUR
Le grand Corneille est le " Père de la tragédie française ". '' Il peint les hommes tels qu'ils devraient être ", c'est-à-dire que ses héros placent le devoir au-dessus du bonheur.
Nous en voyons le plus bel exemple dans le Cïd.
Don Rody^igue, jeune seigneur castillan, aime Chimène\ mais Don Dûgue, le père de Rodrigue, est mortellement insulté par Don Go7nès, le père de Chimène. Don Diègue, trop vieux pour se battre en duel, en appelle à son fils qui se décide à venger son père, malgré la douleur de devoir renoncer à Chimène. Il tue Don Gomès, et Chimène ne peut plus voir le meurtrier de son père.
Pourtant, Don Rodrio^ue se couvre de orloire au service du roi de Castille qui lui donne le titre de '' Cid'\
Grâce à ses actes de bravoure, il espère reo^ao^ner le cœur de Chimène.
RECIT I. La Provocation
Au commencement du dix-septième siècle, l'espagnol était aussi répandu dans les principales cours d'Europe, que l'est le français aujourd'hui. Cette langue avait été introduite en France durant les guerres de religion, par les Espagnols, alliés des catholiques; plus tard Louis XIII épousa Anne d'Autriche, la fille de Philippe III, roi d'Espagne, puis Louis XIV épousa Marie-Thérèse d'Autriche. La littérature espagnole aussi était à la mode, et lorsqu'on conseilla à Corneille de franciser le Cid, il adopta immédiatement cette idée, et la pièce, façonnée par son génie, eut tant de succès, que le public disait couramment: " Beau comme le Cid!"
Chimène, fille de Don Gomès, aime Rodrigue, fils de Don Diègue, et en est aimée; elle a d'autres admirateurs, mais en fille obéissante, elle acceptera celui que son père choisira pour elle. Pourtant, elle ne peut cacher sa joie, lorsque sa confidente, Elvire, lui apprend que son père estime Rodrigue autant qu'elle l'aime, et que Don Diègue va demander sa main pour son fils, au sortir du Conseil où le roi doit choisir le précepteur de l'infant d'Espagne. Les deux candidats sont précisément Don Diègue et Don Germas.
Don Diègue, père de Rodrigue, est choisi; et plein de joie, il court chez Don Gormas pour lui présenter la requête de son fils. Mais il trouve son ami désappointé et courroucé; toutes ses avances ne reçoivent que des sarcasmes.
Le roi a choisi Don Diègue à cause de ses longs services dans l'armée de Castille; il est âgé maintenant, mais tout le monde l'admire et l'estime, et l'infant ne peut avoir de meilleur gouverneur. Le Comte de Gormas est jeune et brave, mais d'un caractère bouillant; il n'avait pas un instant douté de la partialité du roi pour lui, et il croit à une injustice et dit à son ami:
La faveur du roi Vous élève en un rang qui n'était dû qu'à moi.
Don Diègue essaye de le calmer, et convient modestement que ce choix,
La faveur l'a pu faire autant que le mérite;
mais il ajouta qu'il faut pourtant être assez loyal pour accepter sans arrière-pensée la décision du roi. " Pensons, dit-il, à des choses plus heureuses.
Vous n'avez qu'une fille et moi je n'ai qu'un fils!
Par leur mariage joignons aussi nos deux maisons: acceptez mon fils, Rodrigue, pour gendre: nos enfants seront heureux et nous serons plus amis que jamais."
Mais ces paroles conciliantes ont un effet tout opposé à celui que Don Diègue attendait: Don
lo LE CID
Gormas se raille de lui, lui dit, qu'après l'honneur qu'il vient de recevoir il doit prétendre à des partis plus hauts.
Puis, sa colère augmentant, il devient insolent envers son vieil ami; lui dit de montrer à son élève comment on passe des jours entiers, et des nuits, à cheval; comment on doit se reposer tout armé, forcer une muraille, et qu'il doit enfin l'instruire d'exemple.
" Si je ne peux pas l'instruire d'exemple, dit Don Diègue, je lui ferai lire l'histoire de ma vie:
Là, dans un long tissu des belles actions. Il verra comme il faut dompter les nations, Attaquer une place et ranger une armée."
Don Gormas pense que:
Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir;
que son " bras du royaume est le plus ferme appui ".
La colère fait paraître en lui un orgueil sans bornes; il oublie qu'il a commencé à apprendre la bravoure sous Don Diègue; celui-ci, malgré toute sa bonté et son désir de sauvegarder le bonheur de son fils, perd enfin patience et dit à Don Gormas ; " Si vous n'avez pas pu obtenir l'honneur d'être le gouverneur du prince de Castille, c'est que vous ne l'avez pas mérité!"
A ces mots, le comte, fou de colère, donne un soufflet au noble Don Diègue. Un duel peut seul laver une telle injure, mais Don Diègue est trop vieux et trop faible pour manier son épée. Le
comte sort en lui disant ironiquement de ne pas oublier de faire lire à son futur élève l'histoire de la querelle qui vient d'avoir lieu, et de son dénoûment.
Le pauvre Don Diègue, écrasé de honte et de douleur, se plaint d'avoir vécu jusqu'à ce jour; à quoi lui servent les exploits accomplis par ce bras trop faible aujourd'hui pour le venger d'une insulte sanglante; et que lui vaut cette nouvelle dignité fatale à son bonheur? Le comte peut bien la prendre puisque lui-même, il a perdu son honneur, il ne pourra plus jamais en jouir. Il renie même sa fidèle épée et il veut s'en séparer. Il descend jusque dans le plus profond abîme du désespoir; mais bientôt, par bonheur, il se rappelle qu'il a un fils, Rodrigue, qui a hérité de la vaillance et de la bravoure de son père.
"Rodrigue, lui dit-il, as-tu du cœur?"
— Tout autre que mon père l'éprouverait sur l'heure,
répond le fier jeune homme, réprimant à peine sa colère devant une telle question.
Le vieux coeur de Don Diègue se réchauffe; il raconte à son fils la pénible scène qui a eu lieu entre lui et Don Gormas, et lui confie le soin de laver son affront dans le sang du père de Chimène ; il comprend l'étendue du sacrifice qu'il demande, mais il connaît le cœur de son fils, et sait que rien ne sera trop difficile pour rendre à son vieux père la paix et la joie dont il doit jouir après une vie si bien remplie.
C'est ici l'un de ces combats qu'ont à livrer tous
les héros de Corneille et dont ils sortent invariablement victorieux. Mais ils sont humains, et ont des sentiments humains, et ils ne triomphent qu'au prix de vives souffrances morales.
Rodrigue aime Chimène de toutes les forces de son âme; il sait qu'il en est aimé. Il sait aussi que Don Diègue a dû demander pour lui la main de Chimène à Don Gormas, et au lieu du consentement qu'il attend, il se voit contraint de tuer le père de celle qu'il aime et de s'en faire pour toujours une ennemie.
Aussi ne sommes-nous pas étonnés de l'entendre dire qu'il est "percé jusques au fond du cœur" et " misérable vengeur d'une juste querelle ".
Son amour pour Chimène l'emporte d'abord; il est indécis sur ce qu'il doit faire: Faut-il laisser un affront impuni? Faut-il punir le père de Chimène? Puis, Chimène et son père, lui paraissent avoir des droits égaux, et il se fera tuer dans le combat. " Puisqu'il faut mourir mourons au moins sans offenser Chimène." Mais le beau, le grand, le vrai Rodrigue s'est réveillé, le combat intérieur est terminé, il a vaincu.
Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu,
dit-il; il est tout honteux d'avoir tant balancé. Son père est l'offensé, il n'a pas à se demander qui est l'offenseur; il n'a qu'une chose à faire, c'est de courir à la vengeance.
IL Le Duel
Le roi de Castille, Fernand I^^, a été informé de ce qui s'est passé entre Don Diègue et Don Gormas; il est très irrité de la conduite de Don Gormas, qu'il considère comme lui ayant fait une insulte à luimême. Il lui envoie un gentilhomme castillan, Don Arias, pour lui faire des remontrances et le sommer de faire des excuses à Don Diègue. Don Gormas, avec son orgueil castillan, s'y refuse absolument, et le roi veut le faire emprisonner. Mais il a compté sans Don Rodrigue.
Le fils de Don Diègue vient venger l'honneur de son père; mais Don Gormas peut à peine garder son sérieux quand il voit ce jeune homme qui n'a jamais porté une épée de combat et qui ose se mesurer à lui. Don Rodrigue est blessé de cet accueil, et l'indignation lui inspire ces nobles paroles:
Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées La valeur n'attend pas le nombre des années.
Mes pareils à deux fois ne se font pas connaître,
Et pour leur coup d'essai veulent des coups de maître.
A qui venge son père il n'est rien d'impossible.
Le comte, alors, est rempli de respect pour cette jeune bravoure, dont la force n'a pas de limites
quand il s'agit d'un point d'honneur. " Ta haute vertu répond à mon estime, lui dit-il:
Voulant pour gendre un cavalier parfait, Je ne me trompais point au choix que j'avais fait."
Pourtant il ne peut encore se résoudre à se mesurer avec un adversaire si jeune et il lui exprime sa pitié. "Es-tu si las de vivre?" lui dit-il. "Astu peur de mourir?" répond Rodrigue. " Viens," dit alors le comte, " tu fais ton devoir." Le combat a lieu et Rodrigue tue le Comte de Gormas.
Cette étonnante nouvelle se répand aussitôt, et vient frapper chacun d'une façon différente.
Chimène l'apprend chez Dona Urraque, l'infante de Castille, où elle se trouvait alors. Elle demande une entrevue avec Don Fernand, roi de Castille, pour lui demander de punir Rodrigue et de venger son père. Le roi est plein de compassion pour Chimène; pourtant, en lui-même, il blâme sévèrement le Comte de n'avoir pas su étouffer son ressentiment et sa jalousie, et il trouve qu'il a été justement puni. Et lorsque Chimène implore:
D'un jeune audacieux punissez l'insolence; Il a, de votre sceptre, abattu le soutien. Il a tué mon père,
il lui promet de lui servir de père lui-même, mais il ne veut pas répondre à sa requête et s'en remet au conseil. Don Diègue veut seul porter le châtiment de son fils, mais le roi apaise son vieux serviteur.