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III. Le Désespoir de Rodrigue

Rodrigue, une fois son devoir filial accompli, mesure toute l'étendue de sa douleur. Il aime Chimène plus que jamais, et il l'a perdue pour toujours. Il ne peut plus supporter la vie sans elle, et se rend chez elle pour recevoir son châtiment.

Elvire, la suivante et la confidente de Chimène, qui le voit d'abord, ne peut en croire ses yeux.

Où prends -tu, lui dit-elle, cette audace et ce nouvel

orgueil De paraître en des lieux que tu remplis de deuil?

Elle le supplie de s'en aller, mais Rodrigue refuse absolument de se retirer avant d'avoir vu Chimène, et d'avoir reçu de sa bouche son arrêt de mort.

Enfin Chimène paraît; elle est saisie de voir Rodrigue chez elle; elle l'aime toujours et l'a avoué à Elvire, mais elle fera tout pour arracher cet amour de son cœur. Rodrigue lui demande de ne plus le poursuivre auprès du roi; il lui tend son épée et la supplie de l'en frapper. A la vue de l'arme qui a tué son père, Chimène recule d'horreur; mais Rodrigue ne lui laisse pas de doute sur ses sentiments :

N'attends pas, lui dit-il, de mon affection Un lâche repentir d'une bonne action.

i6 LE CID

. . . j'ai vengé mon honneur et mon père; ^ Je le ferais encor, si j'avais à le faire.

Mais, quitte envers l'honneur, et quitte envers mon

pcre, C'est maintenant à toi que je viens satisfaire: C'est pour t'oifrir mon sang qu'en ce lieu tu me vois.

Chimène, non moins noble, lui répond:

Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi; Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.

Mais elle ne peut pas le punir elle-même, en le frappant de sa propre main.

Rodrigue est navré. En sortant de chez Chimène, il rencontre son père, Don Diègue, qui l'a cherché par toute la ville; il n'a pas vu son fils depuis le duel, et il lui tarde de le presser contre son cœur, et de lui dire combien il est fier de lui. Mais Rodrigue est tout à sa douleur, et ne peut cacher à son père qu'il préfère mourir plutôt que de vivre sans Chimène.

Ne pouvant quitter ni posséder Chimène, Le trépas que je cherche est ma plus douce peine.

Il n'est pas temps encor de chercher le trépas, di'^

Don Diègue; Ton prince et ton pays ont besoin de ton bras.

Il lui apprend alors que les Maures, ennemis du roi de Castille, arrivent avec dix vaisseaux pour essayer de reconquérir le pays dont ils ont été chassés. Cinq cents gentilshommes castillans, amis

de Don Rodrigue, qui étaient allés lui offrir leur bras pour venger son affront, sont prêts à s'enrôler sous les ordres du jeune et vaillant Don Rodrigue.

Ne borne pas ta gloire à venger un affront.

Si tu l'aimes (Chimène) apprends que revenir vainqueur C'est l'unique moyen de regagner son cœur.

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