‹ Le Cid-HoraceChapitre 105 sur 224 · ACTE II. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE V

ŒNONS.

Souvenes*vouw#im fils qui n'espère qu'en^vous.',

PHÈDRE

On dit qu'an prompt départ vous éloigne de nous, Seigneur. A vos douleurs je>viens joindre mes larmes*

{e vous viens pour un fils expliquer mes alarmes* Ion fils n'a plus de père ; et le jour n'est pas Iota Qui de ma mort encor doit de rendre témoin».

Déjà mille ennemis attaquent son enfance.

Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense* Mais un secret remords agite mes esprits.

~e crains d'avoir fermé votre oreille à ses cris, e tremble que sur lui votre juste colère "e poursuive bientôt une odieuse mère.

HIPPOLYTE

Madame, je n'ai point des sentiments si bas.

PHÈDRE

Quand vous me haïriez, je. ne m'en plaindrais pas» Seigneur. Vous m'avez vue attachée à vous nuire ; Dans le fond de mon cœur vous ne pouviez pas lire» A votre inimitié j'ai pris soin de m'offrir.

Aux bords que j'habitois je n'ai pu vous souffrir. En public, en secret contre vous. déclarée»

J'ai voulu par des mers en être séparée ; 'ai même défendu, par une expresse loi, Qu'on osât prononcer votre nom devant moi.

Si pourtant à l'offense on mesure la peine, Si la haine peut seule attirer votre haine, Jamais femme ne fut plus digne de pitié.

Et moins digne, Seigneur, de votre inimitié.

HIPPOLYTE

Des droits de ses enfants une mère jalouse Pardonne rarement au fils d'une autre épouse*

nomme Sénèqw dans un passade de sa préface ; mais il ne dit pas (le P. Brumoy le lui a reproché, Théâtre des Grecs, tome ii., p. 314) qu'il a puisé dans la pièce du poète latin quelques-unes de ses plus belles inspirations.

Madame, je le sais* Les soupçons importuns Sont d'un second hymen les fruits les plus communs. Toute autre auroit pour moi pris les mêmes ombrages. Et j'en aurois peut-être essuyé plus d'outrages.

PHÈDRE

Ah ! Seigneur, que le ciel, j'ose ici l'attester»

De cette loi commune a voulu m'excepter !

Qu'un soin bien différent me trouble et me dévore !

HIPPOLYTE

Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore. Peut-être votre époux voit encore le jour ; Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour. Neptune le protège, et ce dieu tutélaire Ne sera pas en vain imploré par mon père,

PHÈDRE

On ne voit point deux fois le rivage des morts, Seigneur. Puisque Thésée a vu les sombres bords. En vain vous espérez qu'un dieu vous le renvoie ; Et l'avare Achéron ne lâche point sa proie.

Que dis-je ? Il n'est point mort, puisqu'il respire en

vous.

Toujours devant mes yeux je crois voir mon époux. Je le vois, je lui parle ; et mon cœur... Je m'égare, Seigneur, ma folle ardeur malgré moi se déclare.

HIPPOLYTE

Je vois de votre amour l'effet prodigieux.

Tout mort qu'il est, Thésée est présent à vos yeux ;

Toujours de son amour votre âme est embrasée.

Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée. Je l'aime, non point tel que l'ont vu les enfers, Volage adorateur de mille objets divers, Qui va du dieu des morts déshonorer la couche ; Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche, Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi, Tel qu'on dépeint nos dieux, ou tel que je vous voi.

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