‹ Le Cid-HoraceChapitre 106 sur 224 · ACTE II. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE V

Il avoit votre port, vos yeux, votre, langage, Cette noble pudeur coloroit son visage Lorsque de notre Crète il traversa les flots, Digne sujet des vœux des filles de Minos.* Que faisiez-vous alors ? Pourquoi, sans Hippolyte, Des héros de la Grèce assembla-t-il l'élite ? Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ? Par vous auroit péri le monstre de la Crète, Malgré tous les détours de sa vaste retraite. Pour en développer l'embarras incertain, Ma sœur du fil fatal eût armé votre main.

Mais non, dans ce dessein je l'aurois devancée ; L'amour m'en eût d'abord inspiré la pensée.

C'est moi, Prince, c'est moi dont l'utile secours Vous eût du Labyrinthe enseigné les. détours. Que de soins m'eût coûtés cette tête charmante ! Un fil n'eût point assez rassuré votre amante. Compagne du péril qu'il vous falloit chercher, Moi-même devant vous j'aurois voulu marcher ; Et Phèdre au Labyrinthe avec vous descendue Se seroit avec vous retrouvée, ou perdue.

HIPPOLYTE

Dieux ! qu'est-ce que j'entends ? Madame, oubliezvous Que Thésée est mon père, et qu'il est vofre époux ?

PHÈDRE

Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire, Prince ? Aurois-je perdu tout le soin de ma gloire ?

HIPPOLYTE

Madame, pardonnez. J'avoue, en rougissant, Que j'accusois à tort un discours innocent.

Ma honte ne peut plus soutenir votre vue ; Et je vais...

* On nomme quatre filles de Minos ; mais Racine, dans ce qu'il fiiit dire ici à Phèdre, paraît n'avoir en vue qu'elle-même et sa sœur Ariane.

38 PHkORE.

PHÈDRE

Ah ! «rue!, tu m'as trop entendue*

Îe t'en ai dit assez* pour te tirer d'erreur, lé bien 1 connois doue Phèdre et toute .sa fureur. J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime, Innocente à mes yeux, je m'approuve mwibême ; Ni que du fol amour qui trouble ma raison Ma lâche complaisance ait nourri le poison.

Objet infortuné des vengeances célestes,

È m'abhorre encor plus que tu ne me détestes. s Dieux m'en sont témoins, ces Dieux qui dans mon flanc Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ; Ces Dieux qui se sont fait une gloire cruelle De séduire le cœur d'une foible mortelle.

Toi-même en ton esprit rappelle le passé.

C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé ; J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine ; Four mieux te résister, j'ai recherché ta haine. De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?

Tu me haïssois plus, je- ne t'aimois pas moins. Tes malheurs te prêtoient encor de nouveaux charmes. J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes. Il suffit de tes yeux pour t'en persuader, Si tes yeux un moment pouvoient me regarder.

Que dis-je ? Cet aveu que je te viens de faire, Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ? Tremblante pour un fils que je n'osois trahir, Je te venois prier de ne le point haïr.

Foibles projets d'un cœur trop plein de ce qu'il «imel Hélas 1 je ne t'ai pu parler que de toi-même. Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour.

Digne fils du héros qui t'a donné le jour, Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper. Voilà mon cœur. C'est là que ta main doit frapper. Impatient déjà d'expier son offense, Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.

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