‹ Le Cid-HoraceChapitre 125 sur 224 · ACTE IV. SCÈNE VI. 6l · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE VI. 6l

Moi jalouse ! et Thésée est celai que j'implore ! Mon époux est vivant, et moi je brûle encore ! Pour qui ? Quel est le cœur oîi prétendent mes vœux ? Chaque mot sur mon front fait dresser mes cheveux. * Mes crimes désormais ont comblé la mesure.

Je respire à la fois l'inceste et l'imposture. les homicides mains, promptes à me venger, Dans le sang innocent brûlent de se plonger.

Misérable ! et je vis ? et je soutiens la vue De ce sacré soleil dont je suis descendue ?

J'ai pour aïeul le père et le maître des Dieux ; Le ciel, tout l'univers est plein de mes aïeux. Oîi me cacher ? Fuyons dans la nuit infernale. Mais que dis-je ? mon père y tient l'urne fatale ; Le sort, dit-on, l'a mise en ses sévères mains : Minos juge aux enfers tous les pâles humains. Ah ! combien frémira son ombre épouvantée.

Lorsqu'il verra sa fille à ses yeux présentée, •Contrainte d'avouer tant de forfaits divers, Et des crimes peut-être inconnus aux enfers ! •Que diras-tu, mon père, à ce spectacle horrible ? Je crois voir de ta main tomber l'urne terrible ; Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau, Toi-même de ton sang devenir le bourreau.

.Pardonne. Un Dieu cruel a perdu ta famille ; / ' ' / Reconnois sa vengeance aux fureurs de ta fille.^ <|jélas ! du crime affreux dont la honte me suit> (Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit^J ^ usqu'au dernier soupir de malheurs poursuivie, Je rends dan les tourments une pénible vie.

ŒNONE

•Hé ! repoussez, Madame, une injuste terreur.

JRegardez d'un autre œil une excusable erreur.

Tous aimez. On ne peut vaincre sa destinée.

Par un charme fatal vous fûtes entraînée.

Est-ce donc un prodige inouï parmi nous ?

f ^L'amour n'a-t-il encor t riom phé qq fi fl* y^"« ? . -

| jS ioiblesse aux" fiQmains n'est que trop naturelle, y/

^ Mftrtflto, subissez le sort d'une mortelle. . S

6 2 PHEDRE

Vous vous plaignez d'an joug impose dès longtemps:. Les Dieux même,* les Dieux, de l'Olympe habitant*/ Qui d'un bruit si terrible épouvantent les crimes, . />o 5— Ont brûlé quelquefois de feux illégitimes.

PHÈDRE. ' ^ v

'"Qu'entends-je ? Quels conseils ose-t-on me donner ? Ainsi donc jusqu'au bout tu veux m'empoisonner, Malheureuse ? Voilà comme tu m'as perdue.

Au jour que je fuyois c'est toi qui m'as rendue. Tes prières m'ont fait oublier mon devoir.

J'évitois Hippolyte, et tu me l'as fait voir. De quoi te chargeoïs-tu ? Pourquoi ta bouche impie A-t-elle, en l'accusant, osé noircir sa vie ? Il en mourra peut- être, et d'un père insensé Le sacrilège vœu peut-être est exaucé. Je ne t'écoute plus. Va-t'en, monstre exécrable ; va, laisse-moi le soin de mon sort déplorable. Puisse le juste ciel dignement te payer !

Et puisse ton supplice à jamais effrayer Tous ceux qui comme toi, par de lâches adresses, Des princes malheureux nourrissent les foiblesses, Les poussent au penchant où leur cœur est enclin,. Et leur osent du crime aplanir le chemin, Détestables flatteurs, présent le plus funeste") Que puisse faire aux rois la colère céleste ! \

œnonb {seule).

Ah, Dieux ! pour la servir j'ai tout fait, tout quitté; Et j ? en reçois ce prix ? Je l'ai bien mérité. .

* Il y a même, sans #, dans toutes les anciennes éditions.

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