‹ Le Cid-HoraceChapitre 126 sur 224 · HIPPOLYTE, ARICIE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE, ARICIE

ARICIE

Quoi ? vous pouvez vous taire en ce péril extrême ?

Vous laissez dans Terreur un père qui vous aime ?/**-*>

Cruel, si de mes pleurs méprisant le pouvoir,

Vouz consentez sans peine à ne me plus revoir,

Partez, séparez-vous de la triste Aricie ;

Mais du moins en partant assurez votre vie.

Défendez votre honneur d'un reproche honteux,/^- * '*""

Et forcez votre père à révoquer ses vœux.

11 en est temps encor. Pourquoi, par quel caprice,

Laissez- vous le champ libre à votre accusatrice ?

Eclaircissez Thésée.

HIPPOLYTE

Hé ! que n'ai-je point dit ?

Ai-je dû mettre au jour l'opprobre de son lit ?/*i u D Devois-je, en lui faisant un récit trop sincère, D'une indigne rougeur couvrir le front d'un père ? "Vous seule avez percé ce mystère odieux.

Mon cœur pour s'épancher n'a que vous et les Dieux^ • Je n'ai pu vous cacher, jugez si je vous aime, / 3 c+ «j Tout ce que je voulois me cacher à moi-même.

Mais songez sous quel sceau je vous l'ai révélé. Oubliez, s'il se peut, que je vous ai parlé, Madame ; et que jamais une bouche si pure Ne s'ouvre pour conter cette horrible aventure. ' ^ *f& Sur l'équité des Dieux osons nous confier:

Ils ont trop d'intérêt à me justifier ;

64 PHÈDRE

Et Phèdre, tôt ou tard de son crime punie

N'en sauroit éviter la juste ignominie.

C'est l'unique respect que j'exige de vous./ 3 îT^

Je permets tout le reste à mon libre courroux.

Sortez de l'esclavage où vous êtes réduite ;

Osez me suivre, osez accompagner ma fuite ;

Arrachez-vous d'un lieu funeste et profané.

Où la vertu respire un air empoisonné ; / 3 <* °

Profitez, pour cacher votre prompte retraite,

De la confusion que ma disgrâce y jette.

Je vous puis de la fuite assurer les moyens.

Vous n'avez jusqu'ici de gardes que les miens ;

De puissants défenseurs prendront notre querelle ;^3C»r

Argos nous tend les bras, et Sparte nous appelle :

A nos amis communs portons nos justes cris ;

Ne souffrons pas que Phèdre, assemblant nos débris,

Du trône paternel nous chasse l'un et l'autre,

Et promette à son fils ma dépouille et la vôtre.' * 7 O

L'occasion est belle, il la faut embrasser. ,

Quelle peur vous retient ? Vous semblez balancer ?

Votre seul intérêt m'inspire cette audace.

Quand je^uis tout dç feu, d'où vous vient cette glace ?

Sur ies pas d'un banni craignez-vous de marcher ?/ 3 7 s

ARICIK.

Hélas ! qu'un tel exil, Seigneur, me seroit cher !

Dans quels ravissements, à votre sort liée,

Du reste des mortels je vivrois oubliée !

Mais n'étant point unis par un lien si doux, ' /

Me puis-je avec honneur dérober avec vous? , ^«P v< " c '

"e sais que sans blesser l'Eônneur le plus sévère,

e roe puis affranchir des mains de votre père:

Ce n'est point m'arracher du sein de mes parents ;

Et la fuite est permise à qui fuit ses tyrans.

Mais vous m'aimez, Seigneur ; et ma gloire, alarmée. À ^TT*

hippolyte.

Non, non, j'ai trop de soin de votre renommée. Un plus noble dessein m'amène devant vous :

Fuyez mes ennemis, et suivez votre époux.

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