‹ Le Cid-HoraceChapitre 15 sur 224 · SCÈNE I. — D. ARIAS, LE COMTE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — D. ARIAS, LE COMTE

LÉ COMTE

Je l'avoue entre nous, mon sang un peu trop chaud S'est trop ému d'un mot, et l'a porté trop haut. Mais, puisque c'en est fait, le coup est sans remède.

D. ARIAS

Qu'aux volontés du roi ce grand courage cède : Il y prend grande part, et son cœur irrité Agira contre vous de pleine autorité.

Aussi vous n'avez point de valable défense.

Le rang de l'offensé, la grandeur de l'offense. Demandent des devoirs et des submissions Qui passent le commun des satisfactions.

LE COMTE

Le roi peut à son gré disposer de ma vie.

D. ARIAS

De trop d'emportement votre faute est suivie. Le roi vous aime encore ; apaisez son courroux. D a dit : « Je le veux; » désobéirez-vous?

LE COMTE

Monsieur, pour conserver tout ce que j'ai d'estime, Désobéir un peu n'est pas un si grand crime, Et quelque grand qu'il soit, mes services présens Pour le faire abolir sont plus que suffisans.

D. ARIAS

Quoi qu'on fasse d'illustre et de considérable, Jamais à son sujet un roi n'est redevable.

Vous vous flattez beaucoup, et vous devez savoir Que qui sert bien son roi ne fait que son devoir. Vous vous perdrez, monsieur, sur cette confiance.

LE COMTE

Je ne vous en croirai qu'après l'expérience.

D. ARIAS

Vous devez redouter la puissance d'un roi

16 le cm.

LE COMTE

Ud jour seul ne perd pas un homme tel que moL Que toute sa grandeur s'arme pour mon supplice, Tout l'État périra, s'il faut que je périsse.

D. ARIAS

Quoi! vous craignez si peu le pouvoir souverain...*

LE COMTE

D'un sceptre qui sans moi tomberoit de sa main. Il a trop d'intérêt lui-même en ma personne.

Et ma tête en tombant feroit choir sa couronne.

D. arias.

Souffrez que la raison remette vos esprits.

Prenez un bon conseil.

LE COMTE

Le conseil en est pris.

D. ARIAS

Que lui dirai-je enfin? je lui dois rendre compte.

LE COMTE

Que je ne puis du tout consentir à ma honte.

D. ARIAS

Mais songez que les rois veulent être absolus.

LE COMTE

Le sort en est jeté, monsieur, n'en parlons plus.

D. ARIAS

Adieu donc, puisqu'en vain je tâche à vous résoudre : Avec tous vos lauriers, craignez encor la foudre.

LE COMTE

Je l'attendrai sans peur.

D. ARIAS

Mais non pas sans effet.

LE COMTE

Nous verrons donc par là don Diègue satisfait.

(Il est seul.) Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces. J'ai le cœur au-dessus des plus fières disgrâces; Et l'on peut me réduire à vivre sans bonheur, Mais non pas me résoudre à vivre sans honneur.

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