‹ Le Cid-HoraceChapitre 155 sur 224 · SCÈNE IL — CLÉANTE , DORINE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL — CLÉANTE , DORINE

CLÉANTE

Je n'y veux point aller 1 , De peur qu'elle ne vînt encor me quereller ; Que cette bonne femme....

DORINE

Ah! certes, c'est dommage Qu'elle ne vous ouït tenir un tel langage :

Elle vous diroit bien qu'elle vous trouve bon , Et qu'elle n'est point d'âge à lui donner ce nom.

CLÉANTE

Comme elle s'est pour rien contre nous échauffée ! Et que de son Tartuffe elle paroît coiffée !

DORINE

Oh ! vraiment, tout cela n'est rien au prix du fils, Et, si vous laviez vu , vous diriez : « C'est bien pis 1 » Nos troubles Favoient mis sur le pied d'homme sage > Et, pour servir son prince , il montra du courage : Mais il est devenu comme un homme hébété , Depuis que de Tartuffe on le voit entêté ; Il TappeUe son frère , et l'aime dans son âme Cent fois plus qu'il ne fait mère, fils, fille, et femme. C'est de tous ses secrets l'unique confident , Et de ses actions le directeur prudent ; Il le choie , il l'embrasse ; et pour une maîtresse On ne sauroit , je pense , avoir plus de tendresse :

1 . C'est-à-dire, je ne veux point aller reconduire Mme Pernelie, avec laquelle sont sortis tous les personnages de la première scène, à l'exception de Gléante et de Dorine.

A table, an plus haut bout il vent qu'il soit assis ; Avec joie il l'y voit manger autant que six ; Les bons morceaux de tout, il fait qu'on les lui cède; Et, s'il vient à roter, il lui dit : « Dieu vous aide 1 » Enfin il en est fou ; c'est son tout, son héros ;

11 l'admire à tous coups, le cite à tous propos ; Ses moindres actions lui semblent des miracles , Et tous les mots qu'il dit sont pour lui des oracles. Lui , qui connoît sa dupe , et qui veut en jouir, Par cent dehors fardés a l'art de l'éblouir ;

Son cagotisme en tire , à toute heure , des sommes , Et prend droit de gloser sur tous tant que nous sommes. Il n'est pas jusqu'au fat qui lui sert de garçon Qui ne se mêle aussi de nous faire leçon ; Il vient nous sermonner avec des yeux farouches, Et jeter nos rubans, notre rouge et nos mouches. Le traître, l'autre jour, nous rompit de ses mains Un mouchoir qu'il trouva dans une Fleur des Saints, Disant que nous mêlions, par un crime effroyable, Avec la sainteté les parures du diable.

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