SCÈNE YI. — ORGON, CLÉANTE
CLÉANTE
A votre nez, mon frère, elle se rit de vous;
Et, sans avoir dessein de vous mettte en courroux,
Je vous dirar tout franc que c'est avec justice.
À-t-on jamais parlé d'un semblable caprice ? J
Et se peut-il qu'un homme ait un charme aujourd'hui
À vous faire oublier toutes choses pour lui ;
Qu'après avoir chez vous réparé sa misère, '
Vous en veniez au point?...
ORGON
Halte-là, mon beau-frère; Vous" ne connoissez pas celui dont vous parlez.
cléaNte.
Je ne le oonnois pas, puisque vous le voulez ; Mais ejifin, pour savoir quel homme ce peut être....
\ : orgon. :
Mon frère, vous seriez charmé de le connoître, Et vos ravissemens ne prendroient point de fin. [enfin. C'est unhomme.... qui. ...ah!. ..un homme. •..unhomme, Qui suit bien ses leçons goûte une paix profonde, Et comme du fumier regarde tout le mondé.
Oui, je deviens tout autre avec sein entretien; . Il m'enseigne à n'avoir affection pour rieii ; De tontes amitiés il détache mon âme ; )
Et je vernie mourir frère, enfans, mère, et femme^ -' Que je m'en soucierois autant que de cela. . T
'" CLÉAWTB. . ""'] ' 't
Les sentimens humains, mon frère, que voilà !
orgon. m .'.
Ah ! si vous aviez vu comme j'en fis rencontre, '
Vous auriez pris pour lui l'amitié que je montre* , . T Chaque jour à l'église, il venoit, d'un air doux, Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux. E attirait les yôtut de l'assemblée entière Par l'ardeur dont au ciel il poussait sa prilère; ^ ; -* {*"'
Il firisoit des soupire, de grands élancemens,
Et baisoit humblement la terre à tons momens :
Et, lorsque je sortois, il me devançoit vite
Pour m 'aller, à la porte, offrir de l'eau bénite.
Instruit par son garçon, qui dans tout l'imitoit,
Et de son indigence, et de ce qu'il étoit,
Je lui faisois des dons : mais, avec modestie,
Il me vouloit toujours en rendre une partie.
•c C'est trop, me disoit-il, c'est trop de la moitié;
Je ne mérite pas de vous faire pitié. »
Et quand je refusois de le vouloir reprendre,
Aux pauvres, à mes yeux, il alloit le répandre.
Enfin le ciel chez moi me le fit retirer;
Et depuis ce temps-là tout semble y prospérer.
Je vois qu'il reprend tout, et qu'à ma femme même
Il prend, pour mon honneur, un intérêt extrême;
Il m'avertit des gens qui lui font les yeux doux,
Et plus que moi six fois il s'en montre jaloux.
Mais vous ne croiriez point jusqu'où monte son zèle :
Il s'impute à péché la moindre bagatelle;,
tin rien presque suffît pour le scandaliser;
Jusque-là* qu'il se vint, l'autre jour, accuser
D'avoir pris une puce en faisant sa prière,
Et de l'avoir tuée avec trop de colère.
CLÉANTE
Parbleu! vous êtes fou, mon frère, que je croi. Avec de tels discours, vous moquez-vous de moi? Et que prétendez- vous? Que tout ce badinage....
v ' ORGÔN.
Mon frère, ce discours sent le libertinage :
Vous en êtes un peu dans votre âme entiché; Et, comme' je vous l'ai plus de dix fois prêché, Vous vous attirerez quelque méchante affaire.
CLÉANTE
Voilà de vos pareils le discours ordinaire :
Ils veulent que chacun soit aveugie comme eux. C'est être libertin que d'avoir de bons yeux; Et qui n'adore pas de vaines simagrées, .