‹ Le Cid-HoraceChapitre 158 sur 224 · ACTE I, 8CÈNE VI. 1S · texte numérisé non relu

ACTE I, 8CÈNE VI. 1S

N'a ni respect ni foi pour les choses sacrées. , ,

Allez, tous vos discours ne me fout poiut de peur;

Je sais comme je parle, et le ciel voit mon cœur. \

De tous vos façonniers on n'est point les esclaves.

Il est de faux dévots ainsi que de faux braves :

Et, comme on ne voit pas qu'où rhonneur les conduit

Les vrais braves soient ceux qui font beaucoup de bruit,

Les bons et vrais dévots, qu'on doit suivre à la trace, .

Ne sont pas ceux aussi qui font tant de grimace.

Hé quoi! vous ne ferez nulle distinction

Entre l'hypocrisie et la dévotion?

Voua les voulez traiter d'un semblable langage,

Et rendre même honneur au masque qu'au visage,

Égaler l'artifice à la sincérité, ,

Confondre l'apparence avec la vérité,

Estimer le fantôme autant que la personne, ,

Et la fausse monnoie à l'égal de la bonnet

Les hommes la plupart sont étrangement faits I ,

Dans la juste nature on ne les voit jamais :

La raison a pour eux des bornes trop petites;

En chaque caractère ils passent ses limites,

Et la plus noble chose, ils la gâtent souvent

Pour la vouloir outrer et pousser trop avant.

Que cela vous soit dit en passant^ mon beau-frère.

ORGON

Oui, vous êtes sans doute un docteur qu'on révère; Tout le savoir du monde est chez vous retiré; Vous êtes le seul sage et le seul éclairé, Un oracle, un Caton dans le siècle ou nous sommes; Et près de vous ce sont des sots que tous les homme»..

CLÉANTE

Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré,

Et le savoir chez moi n'est pas tout retiré.

Mais, en un mot, je sais, pour toute ma science,

Du faux avec le vrai faire la différence.

Et comme je ne vois nul genre de héros

Qui soient plus à priser que les parfaits dévots,

Aucune chose au monde et plus noble et plus belle

16 U5 TARTOTTO,

Que U sainte f^rvenf d'un vétitabîeirèle; Aussi île vois-jé rien qui soit plus odieux Que le dehors plâtré d'un zèle spécieux, Que ces francs charlatan*, que ces dévots de place, De qui Ja sacrilège et trompeuse grimace Abuse impunément, et se joue, k leur gré, 'fie ce qu'ont les mortels de plus saint et sacré ; Ces gens qui, par une âme à l'intérêt soumise, Font de dévotion métier et marchandise, Et veulent acheter crédit et dignités A prix de faux clins d'yeux et d'élans affectés ; Ces gens, difr-je, qu'on voit, d'une ardeur non communs Par le éhéûain du ciel courir à leur fortune ; Qui, brûlans et prians, demandent chaque jour, Bt prêchent la retraite au milieu de la cour; Qui savent truster leur zèle avec leurs vices, Sont prompts, vindicatifs, sans foi, pleins d'artifices, Et, pour perdre quelqu'un, couvrent insolemment De l'intérêt du ciel leur fier ressentiment ; D'autant plus dangereux dans leur âpre colère, Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère, Et que leur passion, dont on leur sait bon gré, Veut nous assassiner avec un fer sacré.

De ce faux caractère on en voit trop parottre. Mais les dévots de cœur sont aisés à connoître. Notre siècle, mon frère, en expose à nos yeux Qui peuvent nous senir d'exemples glorieux* Regardez Ariston, regardez Périandre, Ôronte, Alcidamas, Polydore, Clitandre ; Ce titre par aucun ne leur est débattu ; Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu ; On ne voit point en eux ce faste insupportable, Et leur dévotion est humaine, est traitable : Ils ne censurent point toutes nos actions, Ils trouvent trop d'orgueil tfatns ces corrections; Et, laissant la fierté des paroles aux autres, C'est parleurs actions qu'ils reprennent les nôtres» L'apparente dû mal a tsher eux peu d'appui, ,

AGBI4»JU|fePttI. If

El leur Ame est portée à jugeribien d'autrui. Point de cabale en eux, point d'intrigue*à4uiafi; On les voit, pour tous soine* se, mêler de bien vivre. Jamais contre un pécheur ikn'oat d'acharnement, Os attaefcealrknE haine an péobé seulement, Et ne veulent point prendre, m& un zèle extrême, Les intérêts du ciel plus qu'il ne veut lui-même. Voilà mes gens, voilà comme, il en faut user. Voilà l'exemple .enfin iqaîil. se but propos». Votre homme, à .dire ivraiv n'est pas <jb. o» modèle t C'est de fort bonçe foi que. voua vantez son zèle ; Mais par un faux éclat je vous crois ébloui. .

ORGOff*

Monsieur mon Aaribqau-fcère, awnVous tout ditt

ORGOff,**aUaal» le suis votre, vaiei.

De grâce, an mot, mon frère* Laisses* là ce discours. Vous savez que Valère Pour être votre gendre a parole de ions. **

OBfiOtf. r

Oui.

CLÉAOTE.

Vous aviez pris jour pour un lien si doux»

ORGON

H est vrai. |.

oàà*m. .

PoMqooi^oacep dtOénrJft Out *

ORGON

Jane sais.

CLÉANTE

Auriez-vous autre pensée en têtet

ORGON

Çeut-être.

CLÉANTK.

Vous voulea manquer à votre foi ?

Je ne dis pis cela.

CITANTS.

Nul obstacle, je eroi 9 Ne vous peut empêcher d'accomplir yos promenée.

ORGON

8elon.

CLÉANTE

Pour dire un mot faut-il tant de finesses!

Valère, sur ce point, me fait vous visiter.

Le ciel en soit loué!

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