‹ Le Cid-HoraceChapitre 189 sur 224 · ACTE IV, SCÈNB V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNB V

Un pqu trop prompt peut-être à souffrir votre ardeur*

tartuffe.

Ce largage à comprendre est assez difficile, Madame; et vous parliez tantôt d'un autre style.

elmire. '

Ah 1 si d'un tel refus vous êtes en courroux, Que le cœur d'une femme est mal connu de vous ! Et que vous savez peu ce qu'il veut faire entendre Lorsque' si faiblement on le voit se défendre 1 Toujours notre pudeur combat, dans ces momens, Ge qu'on peut nous donner de tendres sentimens. Quelque raison qu'on trouve à l'amour qui nous dompte, On trouvé a l'avouer toujours un peu de honte. On s'en défend d'abord, mais de l'air qu'on s'y prend On fait connoître assez que notre cœur se rend; Qu'à nos vœux, par honneur, notre bouche s'oppose, Et que de tels refus promettent toute chose.

C'est vous faire, sans doute, un assez libre aveu, Et sur notre pudeur me ménager bien peu; Mais, puisque la parole enCn en est lâchée, A retenir Danois me serois-je attachée ?

Aurois-je, je vous prie, avec tant de douceur Écouté tout au long l'offre dé votre cœur?

Aurois-je pris la chose ainsi qu'on m'a vu faire, Si l'offre de ce cœur n'eût eu de quoi me plaire? Et lorsque j'ai voulu moi-même vous forcer A refuser l'hymen qu'on venoit d'annoncer, Qu'est-ce cjue cette instance a dû vous faire entendre, Que l'intérêt qu'en vous on s'avise de prendre, Et l'ennui 'qu'on auroit que ce nœud qu'on résout * Vint partager du moins un cœur que l'on veut tout?

C'est sans doute, madame, une douceur extrême Que d'entendre ces mots d'une bouche qu'on aime;

1. « Et l'ennui que j'aurais que ce mariage, résolu par Orgon, I ne vînt donner à Hariane une part dans une tendresse que je veux garder pour moi tout entière. »

Leur miel dans tons mes sens fait couler à longs traita

Une suavité qu'on ne goûta jamais.

Le bonheur de vous plaira est ma suprême étude.

Et mon cœur de vos vœux lait sa béatitude;

Mais ce cœur vous demande ici la liberté

D'oser douter un peu de sa félicité.

Je puis croire ces mots un artifice honnête

Pour m'obliger à rompre un hymen qui s'apprête;

Et, s'il faut librement m'expliquer avec vous,

Je ne me fierai point à des propos si doux,

Qu'un peu de vos faveurs, après quoi je soupire,

Ne vienne m'assurer tout ce qu'ils m'ont pu dire,

Et planter dans mon ftme une constante foi ,

Des charmantes bontés que vous avez pour moi.

ELMIRE, après avoir toussé pour avertir son mari. Quoi! vous voulez aller avec cette vitesse, Et d'un cœur tout d'abord épuiser la tendresse ? On se tue à vous faire un aveu des plus doux ; Cependant ce n'est pas encore assez pour vous? Et l'on ne peut aller jusqu'à vous satisfaire, Qu'aux dernières faveurs on ne pousse l'affaire?

Moins on mérite un bien, moins on l'ose espérer. Nos vœux sur des discours ont peine à s'assurer. On soupçonne aisément un sort tout plein de gloire, Et Ton veut'en jouir avant que de le croire.

Pour moi, qui crois si pea mériter vos bontés, Je doute du bonheur de mes témérités; Et je ne croirai rien, que vous n'ayez, madame, . Par des réalités, su convaincre ma flamme.

ELMIRE

Mon Dieu ! que votre amour en vrai tyran agit F Et qu'en un trouble étrange il me jette l'esprit! Que sur les coeurs il prend un furieux empire l Et qu'avec violence il veut ce qu'il désire ! Quoi! de votre poursuite on ne peut se parer, Et vous ne donnez pas le temps de respirer?

Sied-il bien de tenir une rigueur si grande,

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