‹ Le Cid-HoraceChapitre 34 sur 224 · SCÈNE V. — D. DIÈGUE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — D. DIÈGUE

Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse :

Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse;

Toujours quelques soucis en ces événemens

Troublent la pureté de nos contentemens.

Au milieu du bonheur mon âme en sent l'atteinte;

Je nage dans la joie, et je tremble de crainte.

J'ai vu mort l'ennemi qui m'avoit outragé;

Et je ne saurais voir la main qui m'a vengé.

En vain je m'y travaille, et d'un soin inutile,

Tout cassé que je suis, je cours toute la ville :

Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur

Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur.

A toute heure, en tous lieux, dans une nuit si sombre,

Je pense l'embrasser, et n'embrasse qu'une ombre;

Et mon amour, déçu par cet objet trompeur,

Se forme des soupçons qui redoublent ma peur.

Je ne découvre point de marques de sa fuite ; Je crains du comte mort les amis et la suite ; Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison* Bodrigue ne vit plus, ou respire en prison.

Justes cieux ! me trompé-je encore à P apparence, Ou si je vois enfin mon unique espérance T C'est lui, n'en doutons plus ; mes vœux sont exaucés, Ma crainte est dissipée, et mes ennuis cessés.

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