SCÈNE VI.— D. DIÈGUE, D. RODRIGUE
D. DIÈGUE
Bodrigue, enfin le ciel permet que je «te voie !
D. RODRIGUE
Hélas!
D. DIÈGUE
Ne mêle point de soupirs à ma joie ; Laisse-moi prendre haleine afin de te louer.
Ma valeur n'a point lieu de te désavouer ; Tu l'as bien imitée, et ton illustre audace Fait bien revivre en toi les héros de ma race : C'est d'eux que tu descends, c'est de moi que tu viens ; Ton premier coup d'épée égale tous les miens : Et d une belle ardeur ta jeunesse animée Par cette grande épreuve atteint ma renommée. Appui de ma vieillesse, et comble de mon heur, Touche ces cheveux blancs à qui tu rends l'honneur ; Viens baiser cette joue, et reconnois la place Où fut empreint 1 affront que ton courage efface.
D. RODRIGUE
L'honneur vous en est dû, je ne pouvois pas moins, Étant sorti de vous et nourri par vos soins.
Je m'en tiens trop heureux, et mon âme est ravie Que mon coup d'essai plaise à qui je dois la vie : Mais parmi vos plaisirs ne soyez point jaloux Si je m'ose à mon tour satisfaire après vous. Souffrez qu'en liberté mon désespoir éclate ; Assez et trop longtemps votre discours le flatte.