HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE
HIPPOLYTE
Le dessein en est pris : je pars, cher Théramêne, I Et quitte le séjour de l'aimable Trézène.
Dans le doute mortel dont je suis agité, e commence à rougir de mon oisiveté. •^ u^. t '^ ! )epuis plus de six mois éloigné de mon père, ^ ^ 'ignore le destin d'une tête si chère ; J'ignore jusqu'aux lieux qui le peuvent cacher.
THÉRAMÈNE
Et dans quels lieux, Seigneur, Tallez-vous donc chercher ? Déjà, pour satisfaire à votre juste crainte, J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe ^ J'ai demandé Thé«ée aux peuples de ces bords Où l'on voit l'Achéron se perdre chez les morts ; J'ai visité l'Elide, et laissant le Ténare, Passé jusqu'à la mer qui vit tomber Icare.*
* Ce voyace entrepris par Tordre d'Hippolyte ponr chercher Thésée rappelle celui de Télémaque à la recherche d'Ulysse dani V Odyssée. Racine a pu s'en souvenir. Mais le voyage de Théramêne est plus long que celui de Télémaque. Les deux mers qu*
14 PHÈDRE
^Sur quel espoir nouveau, dans quels heureux climats ]^> Croyez-vous découvrir la trace de ses pas ?
Qui sait même, qui sait si le Roi votre père Veut que de son absence on sache le mystère ? Et si, lorsqu'avec vous nous tremblons pour ses jours. Tranquille, et nous cachant de nouvelles amours,^ Ce héros n'attend point qu'une amante abusée. ••
HIPPOLYTE
Cher Théramène, arrête, et respecte Thésée.
De ses jeunes erreurs désormais revenu, Par un indigne obstacle il n'est point retenu; Et fixant de ses vœux l'inconstance fatale, ^ Phèdre depuis longtemps ne craint plus de rivale. Enfin en le cherchant je suivrai mon devoir, Et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir.
THÉRAMÈNE
Hé ! depuis quand, Seigneur, craignez-vous la présence De ces paisibles lieux, si chers à votre enfance,^ Et dont je vous ai vu préférer le séjour Au tumulte pompeux d'Athène et de la cour ?
Quel péril, ou plutôt quel chagrin vous en chasse ?
Cet heureux temps n'est plus. Tout a changé de faoev Depuis que sur ces bords les Dieux ont envoyé V La fille de Minos et de Pasiphaé.
THÉRAMÈNE
J'entends : de vos douleurs la cause m'est connue. Phèdre ici vous chagrine, et blesse votre vue. Dangereuse marâtre, à peine elle vous vit, Que votre exil d'abord signala son crédit. ^
sépare Corinihe ne doivent probablement pas s'entendre seulement de la mer de Crissa et de la mer Saronique, mais de la mer Tnnirni et de la mer Egée. Théramène va jusqu'en Epire, où PAchérom se perd dans le lac Acherusia, puis il visite l'Elide sur la côte occidentale du Péloponèse, double le promontoire de Ténare au wmL de la même péninsule, et de là va jusqu'à la mer Icarienne <p£ baigne le littoral de l'Asie Mineure.