‹ Le Cid-HoraceChapitre 91 sur 224 · ACTE I. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE I

Mais sa haine sur vous autrefois attachée.

Ou s'est évanouie, ou s'est bien relâchée.

Et d'ailleurs quels périls vous peut faire courir

Une femme mourante et qui cherche à mourir ? ^

Phèdre, atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire/f^

Lasse enfin d'elle-même et du jour qui l'éclairé.

Peut-elle contre vous former quelques desseins ?

Sa vaine inimitié n'est pas ce (Jue je crains. Hippolyte en partant fuit une autre ennemie : Je fuis, je l'avoûrai, cette jeune Aricie, *& Reste d'un sang fatal conjuré contre nous.

THÉRAMÈNE

Quoi ? vous-même, Seigneur, la persécutez- vous ? Jamais l'aimable sœur des cruels Pallantides* Trempa-t-eile aux complots de ses frères perfides ? Et devez- vous haïr ses innocents appas ? S^

flflPPOLYTE.

Si je la haïssois, je ne la fuirois pas.

THÉRAMÈNE

Seigneur, m'est-il permis d'expliquer votre fuite ?

Pourriez-vous n'être plus ce superbe Hippolyte

Implacable ennemi des amoureuses lois,

Et d'un joug que Thésée a subi tant de fois ? k°

Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée,

Voudroit-elle à la fin justifier Thésée ?

Et vous mettant au rang du reste des mortels,

Vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels ?

Aimeriez-vous, Seigneur ?

* Les Pallantides étaient les fils de Pallas, ou, comme l'appelle Racine au vers 330, de Pallante, fils de Pandion et frère d'Egée. Quand ils virent Thésée reconnu pour le fils d'Egée et l'héritier de la royauté d'Athènes, à laquelle ils prétendaient, ils conspirèrent contre lui et lui dressèrent une embuscade. Thésée les tailla en pièces ; et après ce meurtre, il alla à Trézène pour se faire purifier. Voyet Hntarque, Vie de Thésée, chapitre xiii. ; et Pausanias, livre i., chapitre xxii.

(6 PHÈDRE

HIPPOLYTE

Ami, qu'oses-tu direP^S Toi, qui connois mon cœur depuis que je respire, Des sentiments d'un cœur si fier, si dédaigneux» Peux-tu me demander le désaveu honteux ?

C'est peu qu'avec son lait une mère amazone M'ait fait sucer encor cet orgueil qui t'étonne ;*y? Dans un âge plus mûr moi-même parvenu, Je me suis applaudi quand je me suis connu.

Attaché près de moi par un zèle sincère.

Tu me contais alors l'histoire de mon père.

Tu sais combien mon âme, attentive à ta roix,^ S'échauifoit au récit de ses nobles exploits, Quand tu me dépeignois ce héros intrépide Consolant les mortels de l'absence d'Alcide, Les monstres étouffés et les brigands punis, Procruste, Cercyon, et Scirron, et Sinnis, *w Et les os dispersés du géant d'Epidaure, Et la Crète fumant du sang du Minotaure.

Mais quand tu récitois des faits moins glorieux; Sa foi partout offerte et reçue en cent lieux ; Hélène à ses parents dans Sparte dérobée &£ Salamine témoin des pleurs de Péribée ; Tant d'autres, dont les noms lui sont même échappés. Trop crédules esprits que sz flamme a trompés: Ariane aux rochers contant ses injustices,* Phèdre enlevée enfin sous de meilleurs auspices;^ Tu sais comme à regret écoutant ce discours»

Je te pressois souvent d'en abréger le cours, Heureux si j'avois pu ravir à la mémoire Cette indigne moitié d'une si belle histoire. / Et moi-même, à mon tour, je me verrois lié?V Et les Dieux jusque-là m'auroient humilié ?

Dans mes lâches soupirs d'autant plus méprisable, ~ Qu'un long amas d'honneurs rend Thésée excusable, l— Qu'aucuns monstres par moi domptés jusqu'anjowrd'hiiiS Ne m'ont acquis le droit de faillir comme lui. v ^> [^J

* Le vers de Racine fait allusion aux plaintes célèbres & dans Catulle.

^ ACTE I. SCÈNE I. ffr

Quand même ma fierté pourroit s'être adoucie/

Aorois-je pour vainqueur dû choisir Auçjjj^3

Ne souviendroit-il plus à mes sens égares*

De l'obstacle éternel qui nous a séparés ?

Mon père la réprouve ; et par des lois sévères / *£

Il défend de donner des neveux à ses frêre^

D'une tîge^fcoupable il craint un rejetibn ;

Il veut avec leur sœur ensevelir leur nom.

Et que jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle.

Jamais les feux d'hymen ne s'allument pour elle.

Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ? | /£

Donnerai-je l'exemple à la témérité ?

Et dans un fol amour ma jeunesse embarquée.. ,

J THÉRAMÈNE

Ah ! Seigneur, si votre heure est une fois marquée^ Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer, i ' s Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer ; Et sa haine, irritant une flamme rebelle, Prête à son ennemie une grâce nouvelle.

Enfin d'un chaste amour pourquoi vous effrayer ? S'il a quelque douceur, n'osez-vous l'essayer ? / 7^ En croirez-vous toujours un farouche scrupule ? Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule ? Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés ? Vous-même, où seriéz-vous, vous qui la combattez, Si toujours Antiope à ses lois opposée, / ~' * D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée ? Mais que sert d'affecter un superbe discours ? Avouez-le, tout change ; et depuis quelques jours On vous voit moins souvent, orgueilleux et sauvage, Tantôt faire voler un char sur le rivage, t t* Tantôt, savant dans l'art par Neptune inventé, Rendre docile au frein un coursier indompté.

Les forêts de nos cris moins souvent revendissent ; Chargés d'un feu secret, vos yeux s'appesantissent. y Il n'en faut point douter : vous aimez, vous brûlez ; ■ / ' - Vous périssez d'un mal que vous dissimulez.

La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire ?

23 PHÈDRE

HIPPOLYTE

Théramene, je pars, et vais chercher mon père.

THÉRAMÈNE

Ne verrez-vous point Phèdre avant que de partir, Seigneur?

C'est mon dessein : tu peux l\en avertir. »

Voyons-la, puisqu'ainsi mon devoir me ^'ordonne. Mais quel nouveau malheur trouble sa cïière Œnone ?

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