‹ Le Cid-HoraceChapitre 98 sur 224 · ARICIE, ISMÈNE · texte numérisé non relu

ARICIE, ISMÈNE

ARICIE

Hippdlyte demande à me voir en ce lieu ? Hippolyte me cherche, et veut me dire adieu ? Ismène, dis-tu vrai ? N'es-tu point abusée ?

ISMÈNE

C'est le premier effet de la mort de Thésée.

Préparez -vous, Madame, â voir de tous côté?

Voler vers vous les cœurs par Thésée écartés. Aricieà la fin de son sort est maîtresse, Et bientôt à ses pieds verra toute la ôiè:e.

ARICIE

Ce n'est donc point, Ismène, un bruit mal affermi ? Je cesse d'être esclave, et .n'ai plus d'ennemi ?

ISMÈNE

Non, Madame, les Dieux ne vous sont plus contraires ( Et Thésée a rejoint les mânes de vos fierez

ARICIE

Dit-on quelle aventure a terminé ses jours ?

ISMÈNE

On sème de sa mort d'incroyables discours.

On dit que, ravisseur d'une amante nouvelle,

Les flots ont englouti cet époux infidèle.

On dit même, et ce bruit est partout répandu,

Qu'avec Pirithous aux enfers descendu,

Il a vu le Cocy tè et les rivages sombres,

Et s'est montré vivant aux infernales ombres ;

28 PHÈDRE

Mais qu'il n'a pu sortir de ce triste séjour,

Et repasser les bords qu'on passe sans retour. 9

ARICIE

Croirai-je qu'un mortel, avant sa dernière heure, ^1 ^ Peut pénétrer des morts la profonde demeure ? Quel charme l'attiroit sur ces bords redoutés ?

ISMÈNE

Thésée est mort, Madame, et vous seule en doutez : Athènes en gémit, Trézène en est instruite» . ^ ^ Et déjà pour son roi reconnoît Hippolyte.

Phèdre, dans ce palais, tremblante pour son fils, De ses amis troublés demande les avis.

ARICIE

Et tu crois que pour moi plus humain que son père, Hippolyte rendra ma chaîne plus légère ?

Qu'il plaindra mes malheurs ?

ISMÈNE

Madame, je le croi.

ARICIE

L'insensible Hippolyte est-il connu de toi ?

Sur quel frivole espoir penses-tu qu'il me plaigne,

Et respecte en moi seule un sexe qu'il dédaigne ?

Tu vois depuis quel temps il évite nos pas,

Et cherche tous les lieux où nous ne sommes pas»

ISMÈNE. C

{e sais de ses froideurs tout ce que l'on récite ; \ ^ lais j'ai vu près de vous ce superbe Hippolyte ; Et même, en le voyant, le bruit de sa fierté A redoublé pour lui ma curiosité.

Sa présence à ce bruit n'a point paru répondre : Dès vos premier! regards je l'ai vu se confondre. Ses yeux, qui vainement vouloient vous éviter,,. Déjà pleins de langueur, ne pouvoient vous quitter»

* Virgile a dit (Enéide, livre vi, vers 425) :

Evaditque celer ripas mwaeabii» undae.

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