‹ Le cidevant noble, comédie en trois actes, en prose, Par M. Mercier. Représentée, à Coblentz le 2 novembre 1791Chapitre 12 sur 36 · LE COMTE, CONSTANCE, ERASTE · texte numérisé non relu

LE COMTE, CONSTANCE, ERASTE

Constance volant dans les bras du Comte.

mon unique appui ! il semble que je sorte du.

tombeau. . . . Depuis huit années , je n’ai pas eu,

dans la vie , an plus bel instant. , * . . ah ! m*a oncle!

Le Comte.

Ma nièce.

Constance.

Qu’il m’est doux de me sentir dans vos bras. . . Voici enfin un jour heureux. . . et qui me console. Une partie de ma première jeunesse a coulé près de vous sans peines et sans chagrins. . . . Depuis , tout a changé , et dans mon infortune , je n’ai jamais osé prononcer votre nom devant mon père..*

Le Comte.

Quoi ! tu n’as pu rien gagner sur son cœur. . . i toi ?.. .

Constance.

Hélas ! je n’ai pas même eu le courage de tomber à ses genoux. C’est en vain que mes regards tremblans interrogent les siens , que je cherche à l’attendrir ; il m’oppose toujours un front sévère ; sa voix m’effraye , et je crois voir sa main toujours prête à me repousser , c’en est trop je suc-

combe.

Le Comte.

Le chef-d’œuvre de la raison , ma nièce , est dç

vivre avec ceux qui n’en ont point Je viens

pour terminer vos peines , s’il m’est possible.

Vous connoissez mes sentimens , monsieur; Vous daignez les approuver; voilà mon bien, mon trésor, ma félicité: jamais rien ne m’a plus intéressé dans le monde ; je ne crains plus que de n’être pas assez digne pour l’obtenir.

Constance, à Eraste.

Et moi , je n’ai jamais cru devoir vous dissimuler , monsieur , que je suis sensible à cette tendresse , qui a tous les caractères de l’estime et de l’honnêteté. Une ante qui s’annonce comme la vôtre, ne tarde point à faire partager ses sentimens. . . S'il m’est permis d’être à vous, ma main suivra le don de mon cœur; mais vous connoissez les obstacle» sans nombre. . . .

Eraste.

Je les surmonterai. , . vous me dirigerez, je ne

ferai point de fausses démarches Je n’osôis

d’abord" vous avouer ce que je sentois , parce qùe j’aimois véritablement , et qui aime véritablement, craint de déplaire. . . . aujourd’hui j’oserai tout. . . .

Le Comte.

Espérons , mes amis , espérons !

Eraste.

Ma raison vous adore ; c’est vous dire que je

n’aurai jamais d’autre femme que vous ; j’éprouve déjà la récompense de la vertu , dans le sentiment d’admiration que vous m’inspirez.

Constance.

J'aurai besoin de la plus grande fermeté ; mo> père , ( que ne puis-je en douter ! ) mon père vent me livrer au marquis.

LeComte. t

Il ne pouvoit manquer ce nouvel attentat! Quoi! il porteroit jusques-là l’abus de son autorité ?

Eraste.

Si vous l’épousiez hélas ! je n’y pourrois

survivre !

Le Comte.

Mes amis ! je m’opposerai à sa tyrannie de tout mon pouvoir. . . mais , prenons toujours les mesures les plus sages , et évitons l’éclat. . . . Venez , mon cher Eraste ; aussi bien ne tardera-t-il pas à rentrer ; or, n’ayons pas l’air de nous être rencontrés, ni sur-tout d’avoir parlé ensemble.

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