‹ Le cidevant noble, comédie en trois actes, en prose, Par M. Mercier. Représentée, à Coblentz le 2 novembre 1791Chapitre 26 sur 36 · ERASTE , CONSTANCE , LE COMTE · texte numérisé non relu

ERASTE , CONSTANCE , LE COMTE

Le Comte, les prenant entre ses bras.

Mes enfans !

Constance.

Ah ! mon oncle , vous le voyez , ce n’est pas toujours la vertu qui triomphe.

Le Comte.

Croyez que je ne renonce pas à l’espoir le plus cher : je pense avoir imaginé le moyen de vous unir enfin malgré.. . v

Nous unir! .... et n'avez -vous pas entendu l’arrêt fatal ?

•Le Comte.

Oui ; mais en môme teins j’ai pénétré le secret de son ame , tout ce qu’elle cache et tout ce qu’elle prétend. Vainement demanderions-nous aux tribunaux un secours qu’ils nous refuseroient ; les loix sont trop incertaines dans leur marche, et d’ailleurs , elles n’ont pas suffisamment prévu , ou n’ont pas supposé , d’une manière assez positive , que des mauvais pères captiveroient leurs filles dans un éternel esclavage , et se préféreroient constamment à elles! Savez- vous ce que veut votre père ? Vous êtes loin de le deviner. Eh bien ! je vais vous l’apprendre; au lieu de donner de l’argent, il prétend çn recevoir !

Ouoi ! seroit-il possible ?

Le Comte.

Oui ; il veut être doté en lieu et place de sa fille.

Le doter! (riant.) ah! volontiers, et de tout ce que je possède au monde.

Le Comte.

Arrêtez : mes droits sont avant les vôtres ; n’en

soyez point jaloux, mon cher Eraste ; vous aurez plus de tems que moi pour la rendre heureuse , parfaitement heureuse. Tout homme qui embrasse l'avenir , et qui ne repose pas dans un vil égoïsme, doit expliquer ses volontés particulières dans un testament : c’est un acte de justice, de bienfaisance , c’est le dernier qui nous soit permis. Je n'ai jamais eu d’autre idée que la félicité de ma nièce ; et pourquoi ne commencerai-je pas aujour-» d’hui son bonheur et de mon vivant ?.. il m’en sera plus doux. * ,

Constance.

Je chéris votre générosité , mon oncle , mais souffrez que j'y mette des bornes. . .

Le Comte, avec . le cri de Came.

Eh ! tu en mettrois donc à la tendresse , à la reconnoissance ? . . . ( présentant un porte-feuille à Eraste. ) acceptez-le , monsieur ; voilà cent soixante mille livres dans ce porte-feuille ; allez lui offrir ces papiers.

Eraste.

Moi ! j’irois ?...

Le Comte.

Je l’exige ; car sans cela votre mariage n’auroit jamais lieu: voici mon héritière, tout ce que j’ai amassé fut pour elle. . . Allez, dis-je ; demandez sa

Digitizc d by tjfi

main; je vous proteste que vous ne l’obtiendrez qu’avec ce don.

Moi ! marchander?

La honte est pour lui , et non pour vous ; il ne rougira point. Après tout, cette somme vous reviendra. . . Quand il m a parlé du marquis , j’étois prêt à me mettre en colère ; mais il faut éviter soigneusement son accès ; car alors non-seulement on ne fait plus ce qu’on doit faire ; mais on ne dit pas encore ce qu'on voudroit dire. Ne repoussez point mes bienfaits , puisque je vous regarde comme mes enfans. . . me refuseriez-vous ?

Ah ! le fils le plus tendre et le plus respectueux. . . mais je n’oserai jamais. . .

• LeComte. ,

Osez : dès que ces papiers auront frappé sa vue , ma nièce est à vous. . . (en souriant.) vous lui offririez la robe , les bijoux et la corbeille , qu’il prendroit le tout, en sans trop de façons , j’en suis sûr. . « . nous vous laissons.

Page 1