ERASTE , CONSTANCE
Constance.
R Assurez - vous ; non : je n’obéirai point : vous pouvez compter sur ma fidélité. . . elle est à toute épreuve.
Eraste, lui baisant la main. 6
Constance.
Voici l’instant du courage , j’en aurai. . .
Nous n’en serons pas moins infortunés.
Constance.
J’aurai la satisfaction d’élever mon ame à une certaine hauteur , et de vous prouver ainsi toute mon estime.
Ce que je craignois le plus m’est arrivé ; et vous n’écoutiez point mes allarmcs ?
Constance.
Je vous cachois les miennes ; je devinois que mon pere me frapperoit de ce dernier coup ; j’ai paru calme. . . il le falloit d’abord ; mais. . .
Je crains que sa brusque autorité. . .
Constance.
Ne craignez rien , ce coeur est aussi décidé que ■son caractère est violent ; il ne deployera qu’une fois sa force , mais rien vous dis-je , ne pourra le ' soumettre.
S'il vous défend de nous revoir. . ,
Constance.
Ah ! je frémis. . .
Et vous obéirez?
Constance.
Je résisterai jusqu’à la dernière extrémité, soyezen sûr ; mais j’ai plus d’un devoir à remplir. . . . tous me sont chers.
-La conformité de nos caractères , de nos goûts, de nos principes ; tout sembloit nous destiner l’un à l’autre. . . par quelle fatalité ?...
Constance.
Je me sens une volonté qui m’annonce la victoire. Faisons tête ensemble à l’orage , et attendons tout de l’amour. Rien ne peut me forcer à donner ma main à l’homme que je n’aime point.
Sans doute, et ce n’est pas cela que je crains, mais séparés l’un de l’autre ! . . l’idée seule me désespère. • ~
Constance.
Nos coeurs en seront-ils moins unis ; et cette union secrette n’est-elle pas le premier charme de l’amour ainsi que la récompense de la fidélité.
Eratte.
Ah ! voilà le Seul lien qui m’attache à la vie.
Constance.
Allez : l'amour jouit encore de ses peines et de ses sacrifices. . . ,
E R A S T E , lui baisant la main.
Cet instant me fjit, sentir ce que je n’avois pas encore éprouvé ; c’est une joie douce , vive et pure. . . Je souffrirai avec une sorte de volupté , lorsqu’il faudra souffrir pour vous,