‹ Le cidevant noble, comédie en trois actes, en prose, Par M. Mercier. Représentée, à Coblentz le 2 novembre 1791Chapitre 25 sur 36 · ERASTE , CONSTANCE · texte numérisé non relu

ERASTE , CONSTANCE

Constance.

R Assurez - vous ; non : je n’obéirai point : vous pouvez compter sur ma fidélité. . . elle est à toute épreuve.

Eraste, lui baisant la main. 6

Constance.

Voici l’instant du courage , j’en aurai. . .

Nous n’en serons pas moins infortunés.

Constance.

J’aurai la satisfaction d’élever mon ame à une certaine hauteur , et de vous prouver ainsi toute mon estime.

Ce que je craignois le plus m’est arrivé ; et vous n’écoutiez point mes allarmcs ?

Constance.

Je vous cachois les miennes ; je devinois que mon pere me frapperoit de ce dernier coup ; j’ai paru calme. . . il le falloit d’abord ; mais. . .

Je crains que sa brusque autorité. . .

Constance.

Ne craignez rien , ce coeur est aussi décidé que ■son caractère est violent ; il ne deployera qu’une fois sa force , mais rien vous dis-je , ne pourra le ' soumettre.

S'il vous défend de nous revoir. . ,

Constance.

Ah ! je frémis. . .

Et vous obéirez?

Constance.

Je résisterai jusqu’à la dernière extrémité, soyezen sûr ; mais j’ai plus d’un devoir à remplir. . . . tous me sont chers.

-La conformité de nos caractères , de nos goûts, de nos principes ; tout sembloit nous destiner l’un à l’autre. . . par quelle fatalité ?...

Constance.

Je me sens une volonté qui m’annonce la victoire. Faisons tête ensemble à l’orage , et attendons tout de l’amour. Rien ne peut me forcer à donner ma main à l’homme que je n’aime point.

Sans doute, et ce n’est pas cela que je crains, mais séparés l’un de l’autre ! . . l’idée seule me désespère. • ~

Constance.

Nos coeurs en seront-ils moins unis ; et cette union secrette n’est-elle pas le premier charme de l’amour ainsi que la récompense de la fidélité.

Eratte.

Ah ! voilà le Seul lien qui m’attache à la vie.

Constance.

Allez : l'amour jouit encore de ses peines et de ses sacrifices. . . ,

E R A S T E , lui baisant la main.

Cet instant me fjit, sentir ce que je n’avois pas encore éprouvé ; c’est une joie douce , vive et pure. . . Je souffrirai avec une sorte de volupté , lorsqu’il faudra souffrir pour vous,

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