Exactement
cure reçoit donc aussi sept fois plus de chaleur, ou plus exactement une chaleur dont l'intensité est en moyenne sept fois aussi grande.
A en juger par l'impression que les rayons lumineux du Soleil font sur nos yeux , qui n'en peuvent supporter sans douleur Téclat éblouissant, par celle que nous ressentons sur tout notre corps, quand il est imprégné de ses effluves calorifiques, les habitants de Mercure devraient être, à ce double point de vue, dans une position intolérable. Mais sont-ils conformés comme nous, et leurs sens ont-ils des degrés pareils d'impressionnabilité? C'est ce que nous ne pouvons dire.
D'ailleurs, ce sont plutôt les contrastes qui nous semblent durs à supporter. Sous ce rapport, il faut avouer que Mercure doit avoir plus à souffrir que la Terre. Grâce à son orbite allongée, nous avons vu que tantôt il s'éloigne et tantôt il se rapproche du Soleil, et que la différence des distances extrêmes s'élève à six millions de lieues. Aussi, tandis qu'à l'aphélie * l'intensité des rayons lumineux et calorifiques ne vaut plus que quatre fois et demie celle des rayons reçus par la Terre, au périhélie au contraire, cette intensité s'élève à plus de dix fois la même quantité.
Enfin, ce qui semble devoir ajouter encore à ces contrastes de température, c'est qu'ils s'accomplissent dans une période de temps qui n'est pas le quart de l'une de nos années terrestres. Tout à l'heure , nous verrons que les saisons présentent encore de plus étranges anomalies.
?) 'oublions pas cependant qu'une circonstance peut modifier tout cela, de manière à rapprocher des nôtres ou à
] . Aphélie^ plus grande distance d'un astre au SoleiJ. De dicd, loin c/e. et fikioÇf SoUiL PérUiélief plus petite distance ; de iccf.(, près c/f, etc. Si l'orbite de l'astre était rigoureusement circulaire, il est évident qu'il n'y aurait pour lui ni aphélie, ni périhélie.
les en éloigner tout à fait, les conditions de la vie végétale et animale à la surface de Mercure. Cette circonstance, c'est l'existence ou la privation d'une enveloppe gazeuse ou vaporeuse, en na mot d'une atmosphère. Mercure a-t-il une atmosphère?
D'après plusieurs astronomes, Mercure a présenté l'aspect suivant (fig. 25) dans l'un de ses passages sur le disque solaire (1799). Au lieu d'une tache noire, ronde, parfaitement nette et limitée, ils ont vu tout autour du disque de la planète une bande circulaire , moins lumineuse que le reste de la surface du Soleil, formant une sorte d'anneau nébuleux. Ils en ont conclu l'existence d'une atmosphère très-haute et trèsdense.
Les observateurs contemporains n'ont pu rien voir de semblable. Mais en revanche, ils ont remarqué, dans les phases de la planète , que la ligne de séparation de la lumière et de l'ombre n'est jamms bien tranchée , de sorte que ta largeur de la partie lumineuse en a paru comme diminuée. « D'après cela, disent Béer et Msedler, on peut conclure que Mercure a une atmosphère assez sensible.... »
S'il en est ainsi, nous pouvons nous faire une idée des modifications qu'une atmosphère un peu dense peut apporter à l'intensité de la lumière et de la chaleur, en comparant les jours où, sur notre Terre, le ciel est pur et sans nuages, où le Soleil darde sans obstacle ses rayons sur le sol, avec les jours sombres et gris où les nuages nous en
l^g. lit- — Aspect du disque de H€ cure pendant son passage sur Soleil, le 7 mai 1799. Auréole t poreuse, el poiol brillant sur disque. D'après Schrœler.
dérobent complètement la vue. La densité de l'enveloppe atmosphérique peut donc singulièrement changer les effets du rayonnement de la chaleur solaire. Comparons la température d'une de nos vallées, avec celle des sommités montagneuses qui l'environnent : ce sera passer de Tété aux froids de l'hiver, de la chaleur brûlante de juillet aux frimas de novembre. Et cependant, le Soleil brille sur les monts comme au fond des vallées.
Enfin, la composition chimique de l'atmosphère de Mercure , la nature des gaz dont elle est formée, et qui sont peut-être fort différents de l'azote et de l'oxygène de l'air, sont encore de nouveaux éléments qui peuvent influer sur le climat de la planète, et sur lesquels nous n'avons aucune donnée. Bornons-nous donc à décrire les phénomènes astronomiques dont l'influence est incontestable. C'est en premier lieu la durée du jour. Mercure tourne sur lui-même en 24 heures 5 minutes, de sorte que son année comprend 87 2/3 de ces rotations sidérales. Le nombre de jours solaires de cette période est donc de 86 2/3, d'où résulte, pour la durée de l'un d'eux, 24 heures, 0 minute et 54 secondes. C'est, on le voit, à fort peu de chose près, la durée de l'un de nos jours solaires, de sorte que les êtres organisés des deux planètes trouvent les mêmes périodes de lumière et d'obscurité, d'activité et de repos sur chacune d'elles.
Mais quant à la durée relative des journées et des nuits, dans le cours d'une année entière, elle est beaucoup plus .variable que sur la Terre. Cela tient à la forte inclinaison de l'axe de rotation de Mercure sur le plan de son orbite.
La figure 26 montre de quelle façon Mercure se présente au Soleil, au début de chacune de ses saisons.
Des zones très-étendues à partir des deux p61es, tantôt
pendant leur été jouissent constauunent de la lumière du jour, tantôt pendant Xtiur hiver sont plongées dans des ténèbres profondes. C'est à peine si pendant une courte période, voisine de chacun des équlnoxes , ces zones voient la lumière et l'ombre se succéder dans l'intervalle d'un même jour. Les zones glaciales et les zones torrides se confondent sur Mercure , et les climats tempérés
Fig.36. Orbite de Mercure. — iDclioaiMn de l'aie de rolalioa. Sai9on9i fquinoiei et solstices.
n'y existent pas, ou plutôt ces zones s'envahissent mutuellement deux fois à chaque révolution.
Les régions équatoriales ont seules le privilège de posséder toute l'année le jour et la nuit, la lumière et l'ombre, et de voir se succéder-, à chaque période du jour solaire, la chaleur pendant la journée, la frÉucheur et le calme pendant les nuits. 11 est vrai que si le Soleil, vers les équinoxes, s'y élève jusqu'au zénith, il s'abaisse très-près de l'horizon dans les saisons extrêmes.
J'ai dit plus haut que l'orbite de Mercure est fort allon-
gée, ou, en langage astronomique, que l'excentricité de cette courbe est considérable. Il en résulte que les saisons y sont de durées fort inégales. Et comme, selon que l'on considère l'hémisphère boréal ou l'hémisphère austral, le printemps et l'été de l'un sont l'automne et l'hiver de l'autre, une pareille inégalité doit exister entre les températures extrêmes des deux hémisphères.
La grande proximité où Mercure se trouve toujours des rayons solaires, rend assez difficile robser\alion de cette planète; aussi sait-on peu de choses sur les accidents de sa surface. Un savant observateur de la fin du dernier siècle, Schrœter, a pu cependant observer sur son disque des bandes obscures (fig. 27), qu'il a considérées comme une zone équatoriale ; c'est de la direction Fig. 3T. - Bandes équato- de CCS baudcs qu'il 8 déduit l'in- ^7J'. """"'"'' ''"'"*' clinaison de l'axe de rotation.
£n outre, pendant les phases en forme .de croissant, divers observateurs (Sclirœter, Béer et Maidler) ont vu des échancrures qui faisaient paraître dentelée la ligue de séparation de la lumière et de l'ombre ; ils ont aussi constaté une troncature à la corne australe du croissant (fig. 28). Ces accidents n'étaient pas visibles à toute époque , mais disparaissaient pour se
1. J'ai déjà lait remarquer qae ce n'est pas au centre de la courba ovale parcourue par chaque planète que se trouve situé le Soleil, mais en un point d'autant plus éloigné de ce centre que la courbe cet plus allongée. On donne le nom i'excenlricilé à la dislance de ces deux points, comparée i la moitié du plue grand diamètre de l'orbite. Ajoutons que le lieu où se trouve le Soleil se nomme le foyer de la courbe, et que le foyer est toujours un des points du diamètre ou grand axe, dont il s'agit.
moutrer de nouveau à des intervalles dont la périodicité a permis de déterminer la durée de la rotation de Mercure. Ils accusent évidemment l'existence de hautes montagnes, qui interceptent la lumière du Soleil, et de vallées plongées dans l'ombre qui empiètent sur les parties éclairées du sol de la planète.
Ainsi Mercure a des montagnes. La mesure de la troncature du croissant a même permis d'évaluer la hauteur de l'une d'elles, qui, si cette mesure n'était point exagérée, ne serait pas moindre de la 253' partie du diamètre de la planète : c'est plus de dix-neuf kilomètres! Or, la plus
Figure 28. — Croissaolde Uercara, d'aprÈs Schroeier. Êchancruna; IroDcature de la come ausirale.
haute montagne connue du globe terrestre, le Gaurisankar de l'Himalaya n'a pas neuf mille mètres de hauteur verticale ; ce géant des monts terrestres ne s'élève pas au-dessus du niveau de TOcéan de plus de la quatorze-centième partie du diamètre de la Terre.
Schrœtcr, en examinant Mercure pendant son passage sur le Soleil, le 7 mai 1799, a vu ou cru voir sur le disque noir de la planète un point lumineux. On a conclu de cette observation, qui n'a point été renouvelée depuis, qu'il existe à la surface de Mercure des volcans en igni-
tion. Ce serait une analogie de plus entre la constitution physique de cette planète et celle de la Terre.
Nous avons déjà dit, en parlant du Soleil, que la science astronomique est parvenue à évaluer les masses ou les poids relatifs des corps célestes du système solaire. Eh bien, la masse de Mercure est telle qu'il faudrait 4348000 globes de même poids que le sien pour équilibrer la masse du Soleil. Comme cette dernière est elle-même 334936 fois aussi grande que la masse de la Terre, il en résulte que le poids de Mercure vaut les 81 centièmes, ou plus simplement, les quatre cinquièmes du poids de notre globe.
En comparant ces nombres à ceux que mesurent les volumes des deux planètes, on trouve que la matière dont est formée Mercure est beaucoup plus dense que celle dont la Terre est composée. Sa densité est plus grande de moitié. Elle est comprise entre le poids spécifique du fer et celui du cuivre. Mais il ne faudrait pas en inférer que telle est la densité du sol à la surface de Mercure ; Tanalogie porte à croire que les parties centrales de la planète sont, comme il arrive pour la Terre, de beaucoup les plus lourdes.
Enfin, il est un dernier élément physique dont il faut tenir compte, quand on veut se faire une idée de Torganisation des êtres qui peuplent les planètes du monde solaire. Je veux parler de Tintensilé de la pesanteur à la surface. L'influence de cet élément est incontestable : selon que cette intensité est plus ou moins grande, les mouvements musculaires, par exemple, sont plus ou moins aisés, exigent une dépense de force plus ou moins considérable. Eh bien, d'après les déterminations les plus récentes, cet élément est à peine sur Mercure les trois éinquièmes de sa valeur à la surface de la Terre.
En résumé, à l'aide de toutes les données que nous avons passées en revue dans cette étude de Mercure, don-
nées astronomiques, physiques et météorologiques, comparées aux éléments correspondants du globe terrestre, il nous a été possible de signaler à la fois les ressemblances et les différences de ces deux mondes, qui circulent dans des régions du ciel après tout assez rapprochées les unes des autres, quand on considère l'ensemble des astres du système planétaire.
Distances au Soleil. — Mouvement apparent et réel; forme de ForDÎte. — Distance de Vénns à la Terre. «-Dimensions réelles, fonne, taches et échancnires; rotation. — Le jour et la noit sur Vénus; atmosphère, saisons et climats. — Constitution physique.
Ce sont les deux planètes les plus voisines de la Terre, Mars et Vénus, qui ont précisément avec celle-ci le plus d'analogies; Mars surtout, que nous connaissons mieux. Ce fait est à coup sûr très-naturel, et nous le paraîtra plus encore, quand nous chercherons à nous faire, selon les vues d'un grand génie, une idée des origines du monde solaire. Pour le moment étudions en détail les phénomènes variés dont chaque planète nous offre le tableau périodique.
Mercure est la première planète que nous ayons rencontrée en nous éloignant du Soleil. C'est Vénus qui vient après Mercure dans l'ordre des distances.
Tandis que, de toutes les planètes principales. Mercure est celle qui décrit l'orbite dont la forme est la plus allongée, et de beaucoup, Vénus au contraire se meut dans la courbe qui approche le plus d'être un cercle parfait. Il n'y a pas entre sa plus grande et sa plus petite distance au Soleil, entre son aphélie et son périhélie, pour employer le langage des astronomes, il n'y a pas, dis-je, une différence égale à la cent quarante-cinquième partie de la distance maximum.
Vénus est moyennement éloignée du Soleil de vingtsept millions cinq cent mille lieues de quatre kilomètres. Elle s'en éloigne jusqu'à vingt-sept millions sept cent mille, et enfin, quand elle est le plus rapprochée possible de l'astre radieux, elle est encore à une distance de vingtsept millions trois cent mille lieues.
Que résulte-t-il de cette quasi-égalité dans le mouvement de Vénus? C'est que la quantité de lumière et de chaleur qu'elle reçoit du Soleil varie peu dans les divers points de son orbite, ou ce qui revient au môme, aux diverses époques de son année. Toutefois cette quantité est encore près du double, en intensité, de celle que reçoit notre globe, résultat dont nous aurons à tenir compte quand nous nous occuperons de la constitution physique de Vénus.
Vénus est, comme Mercure, tantôt une étoile du soir, tantôt une étoile du matin. Elle nous paraît osciller de la même manière autour du Soleil. Seulement Tamplitude et la durée de ses oscillations périodiques sont beaucoup plus grandes. Ainsi, dans la partie de son mouvement apparent (jui la fait chaque soir s'éloigner davantage du Soleil couché, elle s'avance dans le ciel à une hauteur qui est plus du quart d'une circonférence entière*. Le matin avant le lever du Soleil, elle s'écarte aussi de plus en plus de cet astre, et sa digression occidentale maximum atteint la même valeur.
Qui ne connaît l'Étoile du Berger? Qui n'a contemplé sa lumière à la fois douce et vive, rarement scintillante, mais assez intense pour faire porter ombre aux objets sur le sol. Quand un nuage léger vient à voiler la portion du ciel qu'elle occupe, une lueur assez forte indique encore sa présence au*centre de l'anneau lumineux formé par les molécules éclairées du nuage interposé. L'éclat de cette pla-
1. En d'autres termes, son maximum de digression orientale est de 48^.
nète est quelquefois si intense que, dans un ciel très-pur, elle est visible en plein jour.
L'étoile du soir avait reçu des anciens le nom de Vesper; tandis quïls donnaient le nom de Lucifer à Tétoile du matin. La même erreur qui leur fit, si l'on veut me permettre cette expression, dédoubler Mercure, leur faisait voir dans Vénus deux astres distincts. Mais ils finirent par reconnaître l'identité des deux étoiles, et Vénus remplaça définitivement Vesper et Lucifer.
Vénus met 584 jours à accomplir une oscillation entière. Au bout de ce temps elle se retrouve, par rapport au Soleil et h la Terre, dans une situation identique, et recommence indéfiniment ce mouvement apparent autour de l'astre central.
Cette similitude dans les mouvements apparents des deux planètes les plus voisines du Soleil doit nous faire pressentir des mouvements réels identiques. C'est en effet ce qui a lieu. Vénus décrit autour du Soleil une courbe que l'orbite de la Terre enveloppe entièrement. Aussi lorsque, au lieu de l'observer à l'œil nu, on arme sa vue d'une lunette d'un pouvoir grossissant assez considérable, on aperçoit qu'elle a des phases', comme Mercure, et que, comme cette dernière planète, ses dimensions apparentes varient à mesure que son mouvement l'éloigné ou la rapproche de notre Terre. Je ne répéterai donc pas ici les explications que nous avons données pour Mercure : ces explications seraient tout à fait identiques pour Vénus.
Il ne faut pas non plus confondre la durée d'une oscillation complète de Vénus, avec la durée de sa révolution réelle. Comme lu Terre se meut en même temps et dans le même sens qu'elle, la planète met en réalité beaucoup plus