De Lalande (Encyclopédie méthodique
3. Arago, après avoir fait Thistoriqne de ces observations vraies ou illusoires, termine ainsi le paragraphe consacre à ce sujet dans son Astronomie populaire (t. II, p. 542): < Mais c'est assez insister sur cet objet; j'ai voulu présenter au lecteur toutes les pièces du procès; chacun pourra ainsi se faire une opinion, qui, dans l'état actuel de nos connaissances, ne peut être que du domaine des probabilités. >
Aspect de la Lumière Zodiacale dans les diverses régions de la Terre. — Ëustence probable d'un grand anneau lumineux situé entre la Terre et le Soleil.
D€uis les soirées voisines de Téquinoxe du printemps, en mars et en avril, alors que dans nos climats le crépuscule est de courte durée, si vous examinez l'horizon vers Touest, un peu après le coucher du Soleil, vous apeiv cevrez une large lueur qui s'élève en forme de cône à travers les constellations étoilées.
C'est ce que les astronomes appellent la Lumière Zodia-cale. Les spectateurs non prévenus, ou peu familiers avec l'aspect ordinaire du ciel, pourraient confondre cette lueur soit avec une portion de la Voie Lactée, soit avec des restes de la lumière crépusculaire, soit encore avec une aurore boréale. Mais, avec un peu d'attention, il est impossible de se tromper et de s'y méprendre.
La forme triangulaire du fuseau lumineux, son élévation et sa position inclinée sur l'horizon en font un phénomène à part et qui mérite une mention particulière.
A mesure que les jours s'allongent, et avec eux la durée du crépuscule^ la lueur zodiacale disparaît, invisible du moins pour nos climats. Mais elle reparait le matin à
Torient, dans les matinées qui avoisinent Téquinoxe d'automne, en septembre et en octobre, où l'aurore a également peu de durée, pour disparaître de nouveau pendant la période des longues nuits et des longs crépuscules * .
Il est inutile d'ajouter que le ciel doit être pur, et la nuit sans lune, pour que l'observation de la Lumière Zodiacale soit possible.
L'éclat dont brille cette lueur est comparable à celui de la Voie Lactée, ou encore à la queue de certaines comètes, laissant voir au travers, par sa transparence, jusqu'aux plus petites étoiles. Cependant, selon Mairan, qui s'est beaucoup occupé du phénomène, dans les jours les plus favorables à l'observation sa lumière est plus intense que celle de la Voie de lait et plus uniforme; moins blanche toutefois, et tirant un peu vers le jaune ou le rouge dans les parties les plus voisines de l'horizon. Ce n'est alors que vers les extrémités qu'il put apercevoir les petites étoiles sur lesquelles la lueur se projetait.
Cette couleur d'un jaune rougeâtre a été pareillement observée en i 843 , par Ârago et les autres astronomes de l'Observatoire de Paris, qui pouvaient alors la comparer à la queue de la comète de cette même année. D'ailleurs,
1. L'horizon des grandes villes, éclairé par des milliers de becs de gaz ou d'autres lumières, rend l'observation de la lueur zodiacale très-dif6dle, pour ne pas dire impossible, à toute époque.
En revanche, dans les stations convenablement situées, on a pu la voir à des époques de Tannée fort diverses, même dans les zones tempérées. C'est ainsi que M. Heis (de Munster), cite des observations faites par lui dans lo mois de décembre, en Allemagne, et que M. Jones l'a observée, à la même époque de Tannée, au Japon. .
M. Ghacornac a observé la lumière zodiacale en janvier et février k Paris, en décembre à Lyon cette année même (1B64). Un fait peu connu, et qu'il a constaté, c'est que la lueur est assez intense ponr effacer les étoiles de douzième à treizième grandeur : « U n'est pas douteux, m'écrit-U, que cette matière masque d'un voile rouge jaunâtre la région du del sur laquelle elle se projette. »
dès 1707, la même teinte rouge était déjà signalée par Derham.
Maintenant, si des régions tempérées des deux hémisphères on s'avance vers les contrées tropicales, la Lumière Zodiacale augmente en intensité et en hauteur; on peut l'observer pendant toute Tannée. Écoutons à ce sujet l'illustre Humboldt , rapportant dans son Cosmos les impressions que lui causa, dans ses voyages, la vue de ce curieux phénomène. « L'intensité lumineuse, beaucoup plus grande, que la Lumière Zodiacale présente en Espagne sur les côtes de Valence et dans les plaines de la Nouvelle Castille, m'avait engagé déjà, avant que je quittasse l'Europe, à l'observer assidûment. L'éclat de cette lumière, je pourrais dire de cette illumination, augmenta encore d'une manière surprenante, à mesure que je m'approchai de Téquateur sur le continent américain ou sur la mer du Sud. A travers latmosphère toujours sèche et transparente de Cumana, dans les plaines d'herbes ou Llanos de Caracas^ sur les plateaux de Quito et sur les lacs du Mexique, particulièrement à des hauteurs de huit à douze mille pieds, où je pouvais séjourner plus longtemps, je vis la lumière zodiacale surpasser quelquefois en éclat les plus belles parties de la Voie Lactée, comprises entre la proue du Navire et le Sagittaire, ou pour citer des régions du ciel visible dans notre hémisphère, entre l'Aigle et le Cygne'. »
Voyons mcûntenant s'il est possible de se rendre compte de la nature de la lueur zodiacale, qui évidemment n'est pas un phénomène purement météorologique; puisque sa participation au mouvement diurne, sa visibilité dans des régions de la Terre fort éloignées les unes des autres, enfin son inclinaison à peu près constante le long de