D. et J. Gassini, Schrœter, Vico, Béer et Msdler
S. U s'agit là de taches permanentes, s'il est vrai, comme le dit Ar.igo {Astronomie poptUairCj II, 523), que les taches de Bianchini ont été revues p&r Vice, de 1840 à 1842, avec toutes leurs anciennes formes. Nous donnons ces taches d'apiès Schrœter {Aphroditographiscfie FragmenlCy Planches).
96 LE MONDE SOLAIBE.
vés du Thibet, dix foia le colossal Mont Blanc? C'est une question délicate que des mesures ultérieures pourront résoudre. Mais si les premiers résultats étaient confirmés, on ne pourrait s'empêcher de songer à l'étrange aspect que doivent offrir les régions montagneuses de Vénus; les su-
- Ëcluncnires du croKianl ileVéaus, d'apris Scbrœtcr. lei de ses deux hÉmiip hères, d'aprfcs Bianchini.
blimes horreurs de nos pays alpestres ne seraient plus en comparaison que des taupinières.
Si nous nous reportons aux dessins de Schrœter (6g. 33) qui représentent V(înus dans trois de ses phases, nous remarquerons que la partie lumineuse du disque est loin de
se terminer brusquement le long de la ligne d*ombre. Son intensité, au contraire, diminue insensiblement, et cette diminution ne peut s'expliquer entièrement par la pénombre de la planète. On en a conclu l'existence d'une atmosphère d'une assez grande hauteur, qui en réfractant les rayons du Soleil les fait pénétrer dans les régions pour lesquelles cet astre est déjà couché. Ainsi les soirées dans Vénus, seraient comme les nôtres, éclairées par des crépuscules, et les matinées par des aurores.
Vénus, à chacune de ses oscillations périodiques, devrait aussi, quand elle passe entre la Terre et le Soleil, se projeter pour nous sur le disque de ce dernier astre. Mais ce fait est au contraire assez rare, parce que le plan où se meut Vénus ne se confond pas avec le plan de l'orbite de la Terre. Tantôt le globe de la planète, tout en tournant vers nous sa moitié obscure, passe plus haut que le disque solaire, tantôt il passe au-dessous.
Deux pctôsages se suivent dans un intervalle de huit ans, après quoi ils ne se représentent plus qu'au bout d'un nouvel intervalle de plus d'un siècle. Quand deux passages ont eu lieu tous deux en décembre, les deux suivants se présentent en juin, indéfiniment. Les derniers observés l'ont été le 5 juin 1761 et le 3 juin 1769. Les deux plus prochains passages auront lieu le 8 décembre 1874 et le 6 décembre 1882. Nous verrons plus loin que c'est par des observations de ces pc^sages, très-minutieusement faites en des stations différentes, à la surface du globe, qu'on est arrivé à calculer la première fois la distance qui sépare le Soleil de la Terre. Vénus, en traversant le disque solaire, paraît comme une tache noire parfaitement ronde.
Maintenant, de quelle manière varient les jours et les nuits, suivant les latitudes et suivant les saisons? Cela dépend à la fois de la façon dont Vénus, dans le cours de
son année, présente au Soleil ses régions polaires et ses régions équatoriales, et des durées relatives de ses deux mouvements de rotation et de révolution. Rappelons quelques faits.
Vénus tourne sur elle-même en 23 heures 21 minutes. Telle est la durée de son jour sidéraP. Son année dure 225 jours terrestres (224 j. 7)). Elle comprend donc 231 rotations entières, ou 231 jours sidéraux de Vénus, ce qui équivaut à 230 jours solaires de la planète. Chaque jour ordinaire a donc, sur Vénus, une durée de 23 heures 26 minutes.
D'un autre côté, la forme presque circulaire de son orbite donne aux quatre saisons des longueurs à fort peu près égales, et la lumière et la chaleur du Soleil s'y distribuent avec une constance semblable. Mais ce qui rend les saisons et les climats terrestres différents de ceux de la planète que nous explorons, c'est la grande inclinaison de son axe de rotation sur le plan de l'orbite. Sous ce rapport, Vénus ressemble à Mercure. La figure 34 donne la position de la planète à l'un de ses solstices, au début de Tété de l'hémisphère qui présente son pôle au Soleil. Au solstice d'hiver, Vénus occupe une position diamétralement opposée. Il en résulte qu'alternativement les régions polaires subissent les températures torrides de Tété, puis les froids prolongés de l'hiver. A l'équateur, le Soleil s'élève à peine au-dessus de l'horizon.
Vers les équinoxes, au contraire, ce sont les régions voisines de l'équateur qui subissent les ardeurs du Soleil,
1. Sor chaque planète, comme sur la Terre, il y a lieu de. distinguer le jour sidèraly dont la durée est identique avec celle d'une rotation, et le jour 50laxr€j un peu plus long que le jour sidéral. J'expliquerai, dans le chapitre relatif à la rotation de la Terre, la raison de cette différence essentielle.
doQt rintensité est à peu près double de l'intensité de la chaleur solaire sur notre globe. Peut-être qu'une atmosphère nuageuse très-dense, constamment chargée de vapeurs grâce à la chaleur même, enveloppe le globe de Vénus, et tempère ainsi la rigueur de ses saisons opposées. Ce qui donne à cette hypothèse un certain degré de vraisemblance, c'est l'observation du passage de Vénus sur le Soleil en 1761. Un anneau uébuleux parut environner le disque noir de l'astre. En outre, au moment où il était en partie sur le Soleil, en partie au dehors, le contour de l'arc extérieur se montra bordé d'un an-
Fig. 34. — VJDiu i l'un de ks solstîeei. Incliiuison de l'aie de roUtiou.
ueau lumineux. Ces deux phénomènes s'expliquent aisément si le globe de Vénus est enveloppé d'une atmosphère très-épaisse.
On possède encore, sur la constitution particulière de Vénus, quelques autres données physiques intéressantes. C'est ainsi que le ccdcul a donné pour sa masse un nombre tel, qu'il faudrait plus de quatre cent mille globes de même poids pour équilibrer dans une balance la masse du Soleil; c'est, à fort peu près, les quatre-vingt-six centièmes de la masse de la Terre. Eu teuant compte de la difTérence des volumes des deux planètes, ou trouve que la densité de la
matière qui compose Vénus est plus des neuf dixièmes (0.987) de la densité de notre globe.
Enfin, l'intensité de la pesanteur est aussi, à la surface, un peu plus des neuf dixièmes de l'intensité moyenne de cette force à la surface de la Terre.
En résumé, le monde que nous venons d'explorer se rapproche en beaucoup de points, par ses dimensions et sa constitution astronomique et physique, de celui que nous habitons. Si l'on s'en rapportait à un assez grand nombre d'observations de savants du dix-septième et du dix-huitième siècle * elle aurait encore avec nous un trait de ressemblance de plus. Comme la Lune accompagne la Terre, Vénus serait aussi pourvue d'un satellite. Mais on n'a pu revoir ce corps singulier, et de hautes autorités scientifiques * ont assuré que les observateurs avaient été le jouet d'une illusion d'optique. Il faut convenir que le doute qui existe encore à cet égard ' est au moins fort curieux, et témoigne des progrès qui restent encore à accomplir dans le domcdne de l'astronomie planétaire.
L'existence du prétendu satellite de Vénus expliquerait peut-être la lumière secondaire, légèrement rougeàtre, qui permet de voir la partie non éclairée du disque de la planète ; les nuits de Vénus auraient ainsi leur clair de lune.
1. D. Gassini, Short, Montaigne, Rœdkier, Horrebon, MoQtbaron, Lambert.