Astronomie populaire, IV, p
2 Le nombre horaire, à minuit, des étoiles filantes des 9, 10 et^ll août, s'est élevé en 1864 à 64 étoiles. (Goulvier Gravier.)
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marquable, s'est affaibli au point d'être moins considérable que ceux des nuits de la fin d'octobre. Depuis 1862 cependant, le phénomène parait devoir reprendre sa marche ascendante.
Le plus souvent, les lignes décrites par les étoiles filantes ont l'apparence de lignes droites. L'impression lumineuse laissée dans le ciel par leur mouvement rapide permet de yérifier aisément cette circonstance. Mais il y a des exceptions à ce fait général, et l'on a vu des étoiles de ce genre décrire, avant de disparaître, des courbes sinueuses.
Leur éclat est aussi très-variable : quelques-unes ont surpassé en grandeur apparente les étoiles permanentes les plus brillantes, et même Vénus et Jupiter. La couleur varie pareillement. Sur un nombre donné d'étoiles filantes observées, on a trouvé que les deux tiers environ étaient blanches, tandis que le jaune, le jaune rouge et le vert caractérisaient l'autre tiers.
Parlons maintenant d'un fait d'une grande importance, qui a jeté une vive lumière sur l'origine des météores dont nous parlons, et a révélé leur nature cosmique. En étudiant la direction des routes tracées dans la voûte céleste par les étoiles filantes, on s'est aperçu que le plus grand nombre rayonnaient du même point de cette voûte, en se dirigeant d'ailleurs vers les parties les plus opposées et les plus diverees de l'horizon. L'étoile Gamma fie la constellation du Lion est le point de départ des essaims de novembre, tcindis qvi Algol, dans Persée, est le centre rayonnant des étoiles périodiques du mois d'août. De plus, ces points restent les mêmes pour tous les horizons de la Terre.
11 faut conclure de là que les étoiles filantes sont des corps lumineux dont le mouvement est indépendant de la rotation de la Terre, dès lors généralement situés en de-
hors de l'atmosphère; et cette conclusion est singuUèrement corroborée par cet autre fait, que les points rayonnants du Lion et de Persée sont précisément ceux vers lesquels se dirige notre globe dans son mouvement autour du Soleil, aux deux époques de novembre et d'août.
11 est donc extrêmement probable que les apparitions d'étoiles filantes sont dues à la rencontre que fait la Terre d'un anneau composé de myriades de petits corps, circulant comme les planètes autour du Soleil, et dont les mouvements parallèles, vus de la surface de la Terre, semblent diverger du point même du ciel où notre planète se dirige. Telle serait en eflFet d€ms cette hypothèse, l'apparence des trajectoires de ces corps, d'après les lois de la perspective.
Existe-t-il un anneau unique, dont les diverses régions, tantôt plus riches, tantôt plus pauvres en matière cosmique, permettraient d'expliquer les variations du phénomène selon les années? Ou bien, faut-il admettre l'existence de plusieurs anneaux séparés, que rencontrerait successivement la Terre? Ce sont là des questions difficiles à résoudre.
On verra néanmoins dans la figure 69 comment, dans l'hypothèse d'un anneau unique, s'expliquent les apparitions périodiques d'août et de novembre. Il suffit de supposer que le plan de l'anneau coïncide à peu près avec celui de l'écliptique, et que l'ensemble des trajectoires forme une courbe plus allongée que l'orbite terrestre.
A la seule inspection de la figure, on comprend aussi comment la Terre doit rencontrer un plus grand nombre d'étoiles filantes, en marchant de son aphélie en juillet à son périhélie à la fin de décembre, que dans la période opposée de sa révolution. Ce qui s'accorde aussi avec les observations.
En supposait deux anneaux diversement inclinés sur le plan de l'Écliptique, et coupant ce plan, le premier en
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août et en février, le second en mai et en novembre, on rendrait compte à la fois des deux maximum principaux de l'année et des minimum observés en février et en mai'.
On est parvenu à déterminer les hauteurs d'un grand nombre d'étoiles filantes au moment de leur apparition, et
Fig. 69. — ADDeau de corpuscules météoriques circulant autour du Soleil.
l'on a trouvé, suivant les cas, des nombres bien différents. « Des étoiles filantes , dit Humboldt', descendent presque jusqu'aux sommets du Chimboraço et de l'Aconcagua,
I. Chose BÎngDliërel celte même hypothèse expliquerait k merveille l'obscurcissement du Soleil, à certaine» époques, par l'interposition des molëcoles de l'anneau, et tout à la fois les abaissements de température qui signalent les mois de mai et de férrier.
a. Cojmof , III, 615.
à 8000 mètres au-dessus de la surface de la mer. Daiitre part, Heis remarqua qu'une étoile filante, vue simultanément à Berlin et à Breslau, était, d'après des mesures exactes, à 46 myriamètres de hauteur an moment où elle s'enflamma, et à 31 lorsqu'elle s'éteignit. » Entre ces deux limites, toutes les hauteurs possibles ont été observées; mais le plus grand nombre dépasse 60 kilomètres, c'est-àdire les limites probables de l'atmosphère de la Terre. Il reste à savoir s'il n'en est pas de beaucoup plus élevées encore, puisque le nombre des hauteurs mesurées est relativement fort restreint.
La (Ustance d'une étoile filante, déterminée aux deux extrémités de sa trajectoire, et la durée de son apparition constatée par l'observateur, sont deux éléments du mouvement qui ont permis de calculer la vitesse moyeune du corpuscule pendant sa chute. Ou a pu s'assurer ainsi que cette vitesse est considérable, qu'elle dépasse souvent la vitesse même de translation de la Terre, laquelle est, comme on sait, de près de 30 kilomètres par seconde. On cite des étoiles filantes qui se sont mues dans l'espace avec l'énorme vitesse de 70 kilomètres, et d'autres avec des vitesses de 85 et même de 175 kilomètres par seconde. C'est de deux à cinq fois la vitesse de la Terre'.
La rapidité pour ainsi dire foudroyante avec laquelle les étoiles filantes franchissent les espaces planétaires, explique jusqu'à un certain point le phénomène de leur
1 . Il «st vrai qu'il faut diminuer cette évaluation pour tous les corps qui M meuvent en sens contrair* de la Terre, puiaqu'alors la vïteese observéo est toute relative et représenle la somme des vitesses des doui astres. Il faut, dans le cas contraire, ajouter au nombre observé la vitesse terrestre pour obtenir celle de l'étoile filante.
Il résulte de là un moyeu de recoaaaltre ceux de ces météores qnî se meuvent dans le même sens que la Terre, du moins parmi tous ceux qd semblent rayonner du point du ciel vers lequel s'avance notre globe.
subite inflammation. En supposant que ce soient des corpuscules solides^ composés de matières aisément inflammables, comme sont certaines combinaisons métalliques sulfureuses, l'intensité du frottement qu'ils subissent en frôlant les couches supérieures de Tair atmosphérique, doit déterminer une élévation très-grande de température, suffisante pour produire Tincandescence de leurs couches superficielles.
Des différences de composition chimique peuvent aussi rendre compte de la diversité des couleurs qu'affecte leur /um ière.
Dans le nombre immense d'étoiles filantes qui viennent, rfans l'intervalle d'une année, effleurer le domaine de l'air " — on évalue ce nombre à des millions — il en est beaucoiiI> sans doute qui ne font que passer dans ce domaine ^' s'en vont poursuivre leur route dans l'espace, après nous av^oir donné le spectacle d'une illumination passagère. Mais ^'^li^^st pas moins probable qu'un grand nombre d'entre ellc?s^ pénètrent pour n'en plus sortir dans la sphère d'attr^otîon de notre planète, et atteignent la surface même "^ 1^* Terre. S'il en est ainsi, on a dû constater sur le sol la |>r^tisence de ces corps étrangers, pourvu du moins que *"yr>c)thèse de leur solidité ne soit pas erronée. Or les chiitic^s de pierres, de masses ferrugineuses et de poussiei*^*j^ provenfiint des régions supérieures de l'air sont ^^^^^ limais des faits incontestés. Nous en disons plus loin *n^olc|uesmots.
"^s étoiles filantes aux bolides, la transition est presque ^^^^ lisible, comme aussi les différences de ces deux ordres *^ Pliénomènes sont peu tranchées.
^^s bolides sont des masses lumineuses de forme circu- Vaire ou plutôt sphérique, et d'un diamètre apparent sen-
sible. Comme les étoiles filantes, ils apparaissent tout à coup, mais en général ils se meuvent plus lentement et disparaissent au bout de quelques secondes. Leur lumière est ordinairement moins vive, mais leurs dimensions apparentes beaucoup plus considérables suffisent pour compenser cette différence d'intensité. L'illumination du paysage due à la présence d'un bolide approche quelquefois de celle de la Lune. La plupart laissent derrière eux une traînée lumineuse, comme le montre la planche XIV ; d'autres en outre se brisent en éclats, et parfois cette rupture est accompagnée d'explosions sembl€d)les' à des décharges d'artillerie.
Les apparitions de bolides sont beaucoup plus rares que celles des étoiles filantes ; le nombre total des observations enregistrées s'élevant tout au plus à mille, en y comptant celles dont les annales des peuples anciens ont gardé le souvenir.
Circonstance curieuse, et qui semble prouver une parenté d'origine entre les étoiles filantes et les bolides, les apparitions de ces derniers météores sont plus fréquentes en août et en novembre qu'aux autres époques de l'année, et le nombre total de juillet à décembre surpasse aussi celui des bolides observés de décembre en juillet.
Les hauteurs des bolides mesurées au-dessus de la surface du sol sont souvent très-considérables : elles varient entre 12 et 500 kilomètres. « Il faut donc en conclure — c'est Arago qui parle — que l'incandescence subite des bolides se produit bien au delà des régions où l'on suppose aujourd'hui que les couches de l'atmosphère terrestre sont tellement raréfiées qu'on doit y regarder comme impossible toute action de ses éléments sur la matière des globes filants. »
On a supposé, non sans quelque vraisemblance, que
Tatti'actioii de la Terre est susceptible de retenir des bolides à l'état de satellites permanents ; et les traités d'astronomie citent les calculs d'un astronome français, M. Petit de Toulouse, qui assigne à l'un de ces corps une révolution autour de notre globe, dont la durée serait de 3 heures 20 minutes. La distance de ce singulier compagnon de notre Lune est évaluée à 8140 kilomètres, comptés à partir de la surface terrestre.
Nous voici tout naturellement amenés à dire un mot des aérolitheSj de ces masses pierreuses et ferrugineuses qui, parties des régions interplanétaires, sont venues à diverses époques étonner les populations par leur chute inattendue. Je dis tout naturellement, parce qu'il est à peu près généralement admis qu'il y a une intime relation entre les phénomènes des bolides et des étoiles filantes et les chutes de pierres. Ce qui est certain, c'est qu'on cite un certain nombre de pluies de pierres qui ont été précédées ou accompagnées de l'appfirition d'un bolide. Le 26 avril 1803, à l'Aigle, département de l'Orne, quelques minutes après l'apparition d'un grand bolide, se mouvant du sud-est au nord-ouest et qu'on aperçut a Alençon, à Caen et à Falaise, une explosion effroyable, suivie de détonations pareilles au bruit du canon et d'un feu de mousqueterie, partit d'un nuage noir isolé dans un ciel très-pur. Un grand nombre de pierres météoriques encore fumantes furent trouvées à la surface du sol, sur une étendue de terrain qui ne mesurait pas moins de 1 1 kilomètres, dans le sens de sa plus grande longueur. La plus grosse de ces pierres pesait moins de 10 kilogrammes.
Plus récemment, dans la soirée du 1 5 mai 1 864, l'identité des aérolithes et des bolides a été mise hors de doute par l'apparition, l'explosion et la chute d'un splendide mé-
LE MOxNDE SOLAIRE.
téore qui a pu être observé sur une grande étendue de la France. Un globe d'une lumière éclatante, laissant derrière lui une traînée blanchâtre, se sépara en plusieurs fragments semblables aux étoiles d'une fusée et disparut. Un bruit pareil au grondement prolongé du tonnerre suivit l'explosion de quelques minutes, et une pluie de pierres qui eut lieu sur une région d'environ deux lieues carrées permit d'examiner la nature de la substance d'origine extra-terrestre qui composait le bolide.
Des roches de même origine, mais d'une grosseur beaucoup plus considérable, ont été recueillies dans divers musées. Nous devons à l'obligeance de M. Daubrée la possibilité de reproduire ici, figures 70 et 71 , deux des plus beaux échantillons des météorites aujourd'hui connues. Le premier est un bloc de fer pur qui ne pèse pas moins de 591 kilogrammes; il a été trouvé deuis une plaine du département du Var. Il est fort remarquable par sa texture cristalline, visible même sur ses couches superficielles, mais rendue plus apparente encore par une section faite artificiellement à l'un de ses angles.
C'est une des richesses des galeries minéralogiques du Muséum d'histoire naturelle de Paris, qui, grâce au zèle de M. Daubrée, voit s'accroître chaque jour le nombre des aérolithes recueillis en divers points du globe.
Les minéralogistes et les chimistes ont fait l'analyse des aérolithes avec un grand soin, et il a été reconnu que leur composition est à peu de chose près la même, quelle que soit la différence que présente leur aspect extérieur. L'oxygène, le soufre, le phosphore et le carbone, la silice et l'alumine, la potasse, la soude, des sulfures de fer, des parcelles de fer à l'état métallique et magnétique, d'autres métaux tels que le nickel, le cobalt, le manganèse, l'étain, le cuivre, etc., etc., ont été reconnus parmi
les substances dont les aérolJthes sont Pormés. Dans ces dernières années, on a constaté la présence de l'azote,
- Aérolilhe lombél Juvéuas (Ardèche), le 5 Juin 1811. (il kilog. : i) pesait, Ion de sa chute, 9î kilogr.)
fig- îl. — nasse de fer météorique pesant 591 ItQog., découverte en 18î8 psr Biard à CaiUe{V«r).
outre celle des dix-huit corps simples dont les principaux viennent d'être cités.
Il est digne de remarque qu'aucun des corps simples trouvés dans les pierres météoriques n'est étranger à notre planète. Les combinaisons chimiques de ces corps ne diffèrent pas non plus de celles que nous connaissons, si Ton en excepte toutefois deux ou trois composés, dont l'un, la schreiberaite, a été reproduit récemment par les procédés du laboratoire * .
Ainsi, grâce aux phénomènes que nous venons de décrire, aérolithes, bolides et étoiles filantes, les espaces planétaires qui semblaient à jamais interdits à notre investigation directe, sont mis en relation avec la Terre même. Ces masses, vierges jusqu'à l'époque de leur chute du contact de tout être vivant, nous racontent l'histoire minéralogique et chimique de toute une région du ciel. Eu joignant les indications qu'ils fournissent aux merveilleux résultats de l'analyse spectrale, l'homme finira par avoir des notions précises sur la composition même des corps célestes les plus éloignés, et il pourra ainsi compléter celles que les lois de l'attraction, de la lumière et de la chaleur lui ont déjà données sur leur constitution physique.