LE HÉROS
"contre le mur abrupt que le soufre ravage, -a pyramide humaine arc-boute son rempart, 5t le guerrier, qu'anime une ferveur sauvage, jrimpe de torse en torse ainsi qu'un léopard.
sublime montée exalte son courage ; 5ur son corps vainement pleuvent l'huile et le dard, ^ar ses yeux, où le sang se mêle aux pleurs de rage, ^ient toujours sur le mur s'éployer l'étendard.
Je songe au compagnon qui, sous la masse, crève, Héros, pour t'élever, vibrant-, jusqu'à'ton rêve, — Je songe à l'anonyme et rude étoufîement.
Ah ! de vous deux, lequel eut la mort plus sublime ? Lui, l'obscur étouffé ? — Toi, qui tombes des cimes Toi, qui meurs de vertige, ou Lui, d'écrasement ?
/ Février 1908.
LES AVIATEURS
nclinant chaque jour un peu plus vers la terre Jn front que l'Idéal semble avoir déserté, 5'en allait sous le poids des labeurs sans mystère La pauvre vieille humanité.
^t c'était grand'pitié de voir, au long des routes, )ù passèrent, chantants, les héros d'autrefois ^es hommes se traîner comme aux soirs de déroutes Sans désir, sans luth, et sans foi.
Les étoiles du soir si riches en présages, Les muets glissements des nuages lointains, Les cloches dont on suit les sonores passages \ Dans les ciels tendres des matins, î
Cloche, nuage, étoile, hélas ! tout ce qui chante, Tout ce qui luit, tout ce qui passe au firmament, Sur cette humanité que nul rêve n'enchante Chantait et brillait vainement;
Et tous ces pourvoyeurs d'antique poésie Disaient : « Puisque du ciel l'homme a perdu le goût, Que devant un couchant nul plus ne s'extasie,
Tout est perdu ! »... Quand, tout à cou]
Le terrible bourdon d'une abeille inconnue Vint jeter dans le ciel paisible et somnolent Un émoi dont jamais n'avait tremblé la nue Depuis le cor du grand Roland.
L'infmi s'éveilla de son éternel somme.
L'aigle déshonoré s'enfuit devant l'affront. Les sommets curieux s'étonnèrent, et l'Homme, L'Homme enfin releva le front.
LES AVIATEURS
»Ierci, frères, d'avoir sur les routes funèbres )ù le doute à la mort directement conduit, Jerci d'avoir un peu redressé les vertèbres
A tous ces hommes d'aujourd'hui.
Ravivant en leur âme un feu qui toujours couve, vierci d'avoir, à tous ces faux estropiés, {appelé fièrement que jamais on ne trouve L'Idéal sublime à ses pieds.
Vh ! vous êtes plus grands que vos plus grands ancêtres Ju'étreignaient le haubert, la cotte et le camail, 3 chevaucheurs d'azur dans vos banales guêtres Et votre moderne chandail !
v'os pères n'avaient pas certes pour habitude 3e s'endormir longtemps dans les tièdes coussins, ^eurs ennemis, dit-on, avaient la poigne rude. Saxon, Burgonde ou Sarrazin ;
]\Iais tous ces preux, pourtant, au courage indicible Ils savaient contre qui se mesuraient leurs coups. Ils ne se battaient pas contre l'inaccessible Les rudes chevaliers ! Mais vous,
Dans les lices du ciel et non plus sur la terre, Loin des yeux dont la flamme est un fier stimulant, Vous livrez un combat terrible et solitaire Au vide sournois et troublant.
Ah ! vous êtes plus grands que ne l'étaient vos pères Qu'étreignaient le camail, la cotte et le haubert. Profanateurs terriens des célestes repaires. Croisés sublimes de l'éther.
Plus grands aussi que les grands coureurs d'aventure Gama, Pizarre, et ceux qui, fiers et demi-nus, Sur leur nef misérable aux fragiles mâtures Bravèrent des flots inconnus,
r.ar, tous ces poursuiveurs de royaumes magiques, < )l)éissant à de mystérieux appels, I )(' l'or de quelque Antille étaient tous nostalgiques Ou du corail des Archipels.
LES AVIATEURS
Mais vous, dans est azur riche du seul mirage, Vous ne poursuivez pas, corsaires bienveillants, L'or promis au brutal et farouche courage De vos ancêtres moins vaillants ;
Mais vous, dans cet azur aux splendeurs irréelles Vous n'allez pas — (fut-il plus noble moissonneur?) Chercher l'or dont craquaient les vieilles caravelles,
Vous c'est pour rien... c'est pour l'honneur
Je dis que cet essor fameux, ces hautes fièvres Sont le signe attendu d'un avenir meilleur, Le miel de l'Idéal déjà revient aux lèvres Du mécréant et du railleur.
Héros prodigieux, étonnant sagittaire Qui pars avec ta flèche au-dessus des sommets, Ceux qui vivaient, collés à la glu de la terre, Sont par toi grandis à jamais.
La beauté de l'envol stimulera les zèles, On ne regarde pas impunément les cieux, On ne fréquente pas impunément les ailes : L'héroïsme est contagieux.
Merci de nous avoir redonné l'espérance A nous dont le mal fut de ne plus croire en nous Merci d'avoir prouvé que nous autres, en France, Sommes le plus bellement fous !
Et je dis que Dieu même est, dans ces envolées, l'on complice secret, héros, puisqu'il consent A laisser violer ses voûtes étoilées
Par ses fils au cœur bondissant ;
Et c'est présage sûr qu'en ce siècle où nous sommes L'étoile du pardon au bord des cieux a lui, Puisque Dieu qui, jadis, descendit vers les hommes Leur permet de monter à Lui.
Je dis qu(i cette fière et sublime aventure J^]st un retour joyeux au « Jardin défendu », Dieu consent. Nous avons vaincu la sépulture. Le Paradis n'est plus perdu !