L'OMBRE
Les arbres de la forêt
Ont voulu renfermer l'Ombre
(L'Ombre dont on s'effarait),
Dans leurs bras puissants et sombres.
« Ho ! les chênes chevelus !
<( Gernons-la ! Faisons la chaîne ! —
« Elle ne s'en ira plus ! » —
Ont crié, joyeux, les chênes.
(( Tu ne feras plus de mal,
(( Ombre veule et fanfaronne :
(( Dans un cercle triomphal
« Vois, la forêt t'emprisonne ! »
Mais, quand le soir est venu, Fuyant le bois solitaire Par des chemins inconnus, L'Ombre a reconquis la Terre.
Et puis, c'est l'hiver qui vient...
Les pauvres feuilles séchées Par les soleils anciens.
Tombent en mortes jonchées.
« 0 Soleil ! ami cruel,
(( Est-ce ainsi que tu secondes
« L'effort rude et fraternel
(( Des bonnes forêts profondes ?
(( Si tu veux qu'on mette à bas « L'Ombre, ta vieille adversaire, « Ne désarme pas nos bras « Du feuillage nécessaire. »
l'ombré
Mais le grand Soleil a dit A la forêt qui frissonne :
« Ayons pitié des maudits ; « Il ne faut tuer personne...
« Car, à la lumière d'or, (( L'Ombre même est nécessaire ; « Quand les méchants seront morts « Les bons n'auront rien à faire. »