‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 22 sur 76 · L'OMBRE · texte numérisé non relu

L'OMBRE

Les arbres de la forêt

Ont voulu renfermer l'Ombre

(L'Ombre dont on s'effarait),

Dans leurs bras puissants et sombres.

« Ho ! les chênes chevelus !

<( Gernons-la ! Faisons la chaîne ! —

« Elle ne s'en ira plus ! » —

Ont crié, joyeux, les chênes.

(( Tu ne feras plus de mal,

(( Ombre veule et fanfaronne :

(( Dans un cercle triomphal

« Vois, la forêt t'emprisonne ! »

Mais, quand le soir est venu, Fuyant le bois solitaire Par des chemins inconnus, L'Ombre a reconquis la Terre.

Et puis, c'est l'hiver qui vient...

Les pauvres feuilles séchées Par les soleils anciens.

Tombent en mortes jonchées.

« 0 Soleil ! ami cruel,

(( Est-ce ainsi que tu secondes

« L'effort rude et fraternel

(( Des bonnes forêts profondes ?

(( Si tu veux qu'on mette à bas « L'Ombre, ta vieille adversaire, « Ne désarme pas nos bras « Du feuillage nécessaire. »

l'ombré

Mais le grand Soleil a dit A la forêt qui frissonne :

« Ayons pitié des maudits ; « Il ne faut tuer personne...

« Car, à la lumière d'or, (( L'Ombre même est nécessaire ; « Quand les méchants seront morts « Les bons n'auront rien à faire. »

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