LE BROUILLARD
Le brouillard complaisant, qui coiffera d'un nimbe
La plus bénigne des clartés, Veut que tout ce matin se passe dans les limbes Kt donne à l'existence un faux air d'aparté.
Le inonde est enfoui dans dès ténèbres blanches. .Le chemin dérouté ne sait plus où il va. iUn vieil arbre, ignorant ce qu'il fit de ses branches, SPense qu'il se réveille aux l)ords de la Néva.
Tout n'est plus devant moi que l'ombre de soi-même.
Qu'un vieux croquis presque effacé ; Et, dans cette existence indifférente et blême, Le présent incertain ressemble à du passé.
Les objets coutumiers ont des faces de traîtres ; Ils se cachent longtemps sous le voile opportun, Et puis, sommés enfin d'avoir à reparaître, Se laissent à regret découvrir un par un.
La maison de mon père a perdu sa toiture ;
Le silence est sournois et doux ; Un bruit se rapprochant devient une voiture ; Les passants que l'on voit sortent l'on ne sait d'où.
Sous la blancheur opaque et moite qui me couvre .Je suis un prisonnier qui porte sa prison ; La brume, pas a pas, qui recule et s'entr'ouvrc, Referme prudemment sur moi son horizon.
Et le rêve, d'abprd, qu'amusait ce mirage
Et berçait cette mort, Découragé de vivre, à la fin, sans image. Redescend, peu à peu, dans mon âme, et s'endort.
Janvier 1912.