‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 34 sur 76 · TRISTESSES · texte numérisé non relu

TRISTESSES

J ai le cœur lourd d'amour et je n^aime personne . Le printemps vainement éclate sous les cieux, Aucun nom bien-aimé dans mon cœur ne résonne, Aucune vision ne vient hanter mes yeux.

Hiez, buissons — chantez, sources — frémissez, branches... J'ignore vos émois, vos rires, vos frissons ; "îur mon épaule aucune amante ne se penche ; Je demeure insensible à toutes vos chansons.

LE CIKL PANS l'eAU

Délivrez-moi d'Avril et de ses harmonies,

Des oiseaux et de tout l'appareil usager :

Leurs douceurs sont de trop cruelles ironies

Au cœur lourd d'un amour qu'il ne peut partager !

J'ai le cœur débordant de printanière sève, Mais je porte avec moi tout un hiver d'ennui, Car l'inutilité stérile de mon rêve M'enveloppe toujours d'une insoluble nuit.

J'ai le cœur lourd d'amour ; et pourtant, solitaire, Mon âme erre, glacée, au milieu de vos feux ; Qu'importe qu'elle soit blanche ou blonde, la terre, Si c'est pour y traîner mes impossibles vœux ?

J'ai le cœur lourd d'amour et personne ne m'aime. Je veux sur le printemps rejeter le linceul Et demeurer avec ma tristesse en moi-même. Silencieux, farouche, impénétrable et seul !

Car le printemps n'est pas cette chose, ô Poète, Que tu chantes : du ciel et des rayons dorés ! Le Printemps n'est printemps que lorsqu'il se reflète Dans l'humide regard de deux yeux adorés !

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