TRISTESSES
J ai le cœur lourd d'amour et je n^aime personne . Le printemps vainement éclate sous les cieux, Aucun nom bien-aimé dans mon cœur ne résonne, Aucune vision ne vient hanter mes yeux.
Hiez, buissons — chantez, sources — frémissez, branches... J'ignore vos émois, vos rires, vos frissons ; "îur mon épaule aucune amante ne se penche ; Je demeure insensible à toutes vos chansons.
LE CIKL PANS l'eAU
Délivrez-moi d'Avril et de ses harmonies,
Des oiseaux et de tout l'appareil usager :
Leurs douceurs sont de trop cruelles ironies
Au cœur lourd d'un amour qu'il ne peut partager !
J'ai le cœur débordant de printanière sève, Mais je porte avec moi tout un hiver d'ennui, Car l'inutilité stérile de mon rêve M'enveloppe toujours d'une insoluble nuit.
J'ai le cœur lourd d'amour ; et pourtant, solitaire, Mon âme erre, glacée, au milieu de vos feux ; Qu'importe qu'elle soit blanche ou blonde, la terre, Si c'est pour y traîner mes impossibles vœux ?
J'ai le cœur lourd d'amour et personne ne m'aime. Je veux sur le printemps rejeter le linceul Et demeurer avec ma tristesse en moi-même. Silencieux, farouche, impénétrable et seul !
Car le printemps n'est pas cette chose, ô Poète, Que tu chantes : du ciel et des rayons dorés ! Le Printemps n'est printemps que lorsqu'il se reflète Dans l'humide regard de deux yeux adorés !