LA PEUR D'AIMER
Ne dites pas que vous m'aimez, Il est de trop vives caresses.
Laissons les aveux enfermés Dans le silence des tendresses.
Chaque mot d'amour qu'à tout vent Pour s'alléger le cœur on sème, Sur son aile emporte souvent Un peu de notre amour lui-même.
Que l'aveu se taise à jamais !
Rien ne vaut l'adresse ingénue De l'âme débordante, mais A quelque pudeur retenue, Voulant par h secret détour D'une amitié rêveuse et tendre Plus amoureuse que l'amour Ne rien dire et se faire entendre.
Ne dites pas que vous m'aimez.
La béatitude parfaite
Des cœurs soudainement calmés
Pour nos cœurs ardents n'est point faite.
Gardons plutôt le charme obscur
Et cette craintive allégresse,
D'être aimé, d'en être bien sûr...
Et pourtant de douter sans cesse.
Attardons-nous sur le seuil bleu.
Les aveux surtout qu'on écoute
Sont ceux qui précèdent l'aveu,
Les plus émus, sans qu'on s'en doute :
Pas égarés dans le jardin.
Timides audaces, bévues.
Phrases dont on prévoit soudain
Des con&équences imprévues.
LA PEUR d'aimer
Ne dites pas que vous m'aimez.
Restons dans le demi-mensonge Des sentiments mal exprimés, Mais que notre rçve prolonge.
A l'amour secret, affirmons La croyance enfin qu'il s'ignore Si nous voulons aimer encore Ne disons pas que nous aimons.