‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 36 sur 76 · LA PEUR D'AIMER · texte numérisé non relu

LA PEUR D'AIMER

Ne dites pas que vous m'aimez, Il est de trop vives caresses.

Laissons les aveux enfermés Dans le silence des tendresses.

Chaque mot d'amour qu'à tout vent Pour s'alléger le cœur on sème, Sur son aile emporte souvent Un peu de notre amour lui-même.

Que l'aveu se taise à jamais !

Rien ne vaut l'adresse ingénue De l'âme débordante, mais A quelque pudeur retenue, Voulant par h secret détour D'une amitié rêveuse et tendre Plus amoureuse que l'amour Ne rien dire et se faire entendre.

Ne dites pas que vous m'aimez.

La béatitude parfaite

Des cœurs soudainement calmés

Pour nos cœurs ardents n'est point faite.

Gardons plutôt le charme obscur

Et cette craintive allégresse,

D'être aimé, d'en être bien sûr...

Et pourtant de douter sans cesse.

Attardons-nous sur le seuil bleu.

Les aveux surtout qu'on écoute

Sont ceux qui précèdent l'aveu,

Les plus émus, sans qu'on s'en doute :

Pas égarés dans le jardin.

Timides audaces, bévues.

Phrases dont on prévoit soudain

Des con&équences imprévues.

LA PEUR d'aimer

Ne dites pas que vous m'aimez.

Restons dans le demi-mensonge Des sentiments mal exprimés, Mais que notre rçve prolonge.

A l'amour secret, affirmons La croyance enfin qu'il s'ignore Si nous voulons aimer encore Ne disons pas que nous aimons.

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