‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 52 sur 76 · CHEZ ELLE · texte numérisé non relu

CHEZ ELLE

Je fais autour de toi des rêves impossibles : Je rêve très souvent qu'ayant mis à mon doigt Quelque anneau merveilleux qui sait rendre invisible, J'ai pu, tel un esprit, pénétrer sous ton toit.

Que de choses alors qui me sont étrangères!... J entre, et me voilà comme en pays inconnu : î^es bibelots épars mettent aux étagères Leur tendresse mignarde et leur geste menu.

Voici la garde-robe où dorment tes toilettes ; La robe que je suis longtemps après l'adieu, EtVoici le tiroir où tu prends la voilette Que je lève pour mettre un baiser à tes yeux ;

Et puis le livre aimé dont nous parlons sans cesse ; La fenêtre par où les rêves sont venus ; Et, tremblante à l'espoir des prochaines tendresses, La lettre, blanche encore, attend tes doigts menus.

Oh ! tous ces bons amis attentifs et fidèles. Oui savent tout de toi : tes yeux, tes pleurs, tes pas, Qui se disent entre eux : « Serrons-nous autour d'elle )) Oh ! tous ces bons amis que je ne connais pas,

Je les aime... On dirait qu'ils savent que leur tâche Est de garder ton rêve et d'aider nos amours. L'un te dit : « Il est temps » ; l'un te prête sa cache ; L'un fait ton cœur plus fort ; l'autre, tes pas plus sourcj

Bons objets qui savez toutes ses habitudes, Chers témoins, dévoûments muets qui recueillez Sans la trahir jamais ses moindres attitudes l^^t qui, lorsqu'elle dort, gravement la veillez ;

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