CE SOIR
Je sens si près de moi ton âme bienfaisante Et vers ton souvenir mes bras si grands ouverts, Je t*aime tant, ce soir, et tu m'es si présente Que, ce soir, je ne puis te le dire qu'en vers.
Tous nos baisers d'hier sont restés dans mon âme, Un par un, je les fais revivre devant moi, Et les pauvres petits comme autour d'une flamme Viennent docilement servir à mon émoi.
Les voici. Je les reconnais à leur passage : Le premier qui naquit dans un vol de frelon Est un musicien chanteur de paysage, Il fut court ; le deuxième était déjà plus long.
Quelques-uns clapotaient comme l'eau que Ton touclK L'un riait, l'un rêvait, chacun fit de son mieux ; Un autre s'endormit sur le bord de ta bouche ; Et presque tous avaient la couleur de tes yeux.
Vers vous, vers vous, ce soir, ma tendresse est tournée Baisers du pré, du bois, de l'arbre et du chemin, Et je vous vois courir tous dans notre journée Comme un groupe d'enfants se tenant par la main.
Mais l'heure maintenant pleure comme une veuv(\ Il pleut. Tous nos baisers que sont-ils devenus? Dans les bois dévêtus et que l'averse abreuve Errent-ils aujourd'hui tout grelottants et nus?