‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 57 sur 76 · MARIETTE VALENTIN · texte numérisé non relu

MARIETTE VALENTIN

(( Et mon rêve menteur... »

Votre propriétaire.

MARIETTE, courageusement.

Le terme est aujourd'hui tombé...

VALENTJN, avec humeur.

Qu*on le ramasse !

l'échéance

MARIETTE, déconcertée, puis se ravisant.

Plaît-il ?... Il n'entend pas.

VALENTIN

Mon dernier vers, de grâce !

iMARIETTE (à part).

;i rêve... je devrais peut-être m'en aller.

VALENTIN, triomphant.

Kl mon rêve, aujourd'hui, ne peut plus s'envoler ! »

(Se retournant.)

maintenant, monsieur. — Tiens ! mais c'est une dame feux !.. Une demoiselle... et gentille ! guddam<\.. ! V qui dois-je l'honneur... ou le bonheur ?

MARIETTE

Pardon.

vous dérange ?

VALENTIN

Me... ? Mais asseyez-vous donc !

le déranger ? Mon Dieu, comme le mot malsonne ! rayon de soleil dérange-t-il personne ?

MARIETTE, rougissante.

l VOUS plaisait de voir mon visage rosé... îtf's-vous satisfait ?

VALENTIN

Mais, de l'avoir osé, "•(' repens pas, car, teinté de la sorte...

MARIETTE, l'interrompant.

Si VOUS flattez encore il faudra que je sorte !

(Moment de silence.)

Pour VOUS faire plaisir je veux bien un instant Être rose... mais pas écarlate pourtant !

A^ALENTIN, lui tournant le dos.

Alors permettez-moi, sans regarder en face Pour ne pas voir rougir, madame, votre grâce. De vous redemander sans plus atermoyer...

MARIETTE

Mais je viens simplement pour toucher mon loyer !

VALENTIN

Quittons le ciel, Pégase ! et mettons pied à terre ! — Alors... vous... ?

MARIETTE

Oui, je suis votre propriétaire !

Vous doutez?... Mais je puis vous prouver, au besoin...

Non, non, non !.. je vous crois ! n'en prenez pas le soin !

(Avec mélancolie.)

Mais vous voyant si jeune et si gente, et si rose. J'aurais mieux aime que vous fussiez autre chose ! Enfin !..

MAUlETrK

D'ailleurs, uiousieur, voici votre reçu.

l'échéance

VALENTIN, à part.

odrigue, qui l'eût dit ! Ghimène, qui l'eût su !

(Haut :)

! ne sais si je suis l'objet d'un trouble étrange, le peu de raison que j'ai là se dérange... ais tenez ! je rêvais en vous voyant ici e tendre cette chose et me sourire ainsi, ue ce petit papier froid comme une quittance renait d'un billet doux la mystique importance, u'un aveu s'y cachait... Oui ! j'osais l'entrevoir ! t je mettais en terre un genou pour l'avoir. . .

MARIETTE, froidement.

il vous plaît de rêver, rêvez tout à votre aise,

tais tout seul ! — Huit et cinq d'une part font bien treize,

lus vingt-cinq d'autre part ; j'ai signé là-dessous.

h tiens ! mais j'oubliais que j'étais sans le sou !

MARIETTE

'h mais ! c'est très fâcheux.

VALENTIN, souriant.

Pour moi surtout !...

MARIETTE

>ue mon dépit, monsieur, est le plus légitime, '"^ ^ nfin... mais comment ?... Vous riez ?

J'estime

VALENTIN

Je crois bien !

Si je n'avais mon rire, alors je n'aurais rien ; ^ Tandis que vous, ma foi... Puis, s'il faut tout vous dire, Quand on n'a plus un sou, c'est risible de rire !

{Il

Vous ne trouvez pas ?

MARIETTE, glaciale.

Non ! '

C'est que, probablement, Nos bourses et nos goûts diffèrent joliment... Tant pis !

MARIETTE, vivement.

Tant mieux, monsieur !

VALENTIN

Tant pis, mademoiselle

MARIETTE

Tant mieux !

VALENTIN

Tant pis...

MARIETTE

Tant mieux !

l'échéance

VALENTIN

J'admire votre zèl( V défendre la cause, ingrate s'il en fût, De la richesse morne et toujours à l'afïût ]ontre la pauvreté jeune, folâtre, folle !... ,L)ont le rire, plus argentin qu'une pistole, ilclate, s'éparpille, et tinte mieux encoT )ue ne tinte en tombant un tas de louis d'or ! f'admire, avec d'autant plus de mélancolie, )ue vous avez vingt ans... et vous êtes jolie !

MARIETTE, avec ironie.

>h oui !... je la connais, la très vieille chanson !.. !M nous l'a rabâchée ainsi qu'une leçon,

dans des livres bleus, peinturlurés sur tranche, >ù le cœur d'un nigaud candidement s'épanche, ^'ous la lisons souvent, en y croyant, d'ailleurs, utant qu'aux sots récits de tous vos rimailleurs !.. Ton cœur, un peu d'eau pure, une douce chaumière, on amour pour foyer, tes deux yeux pour lumière, t puis, loin des humains, loin des lieux habités, om du monde, du bruit et des réalités, ^us un ciel constamment bleu, le ciel de nos rêves, ™ureux sans repos, sans relâche, sans trêves, ''S yeux noyés d'ivresse et d'extase sans fin, ^Ipitants et muets... nous crèverons de faim ! »

... Non, merci, j'aime mieux être plus positive, Encaisser mon loyer lorsque le terme arrive Et renvoyer dehors ceux qui me payent mal Que me nourrir de rêve et mourir d'idéal !

VALENTIN

Le plus clair là dedans, ce qui me paralyse. C'est qu'il va falloir faire à présent ma valise !

(Avec une lassitude comique :)

Ah ! que je n'aime pas les déménagements ;

C'est si dur de courir après les logements

Avec le temps qui court, lorsqu'on a dans sa poche

Sa main quand on l'y met... rien de plus ! On s'accroche

Les talons aux pavés, les coudes aux passants.

(S*attristant par degrés :)

On va le nez en l'air et les esprits absents, Regardant, non le ciel ! mais de vagues pancartes. On parle aux pipelets aussi froids que des Spartes ! On monte un escalier qu'on redescend après, On est triste, on se sent des ennuis de cyprès. On trouve les gens sots, les femmes moins jolies. On marche... on déambule... on s'attarde... on oublie La strophe du matin qu'on aimait bien pourtant ! Et l'on ne rêve plus... mais on songe !...

MAxRIETTE, émue.

Un instant !

Ne vous en allez pas !

l'échéance

VALENTIN

... Qu'il fasse froid, qu'il pleuve, Ou que vienne la nuit ... plus terrible est l'épreuve !

MARIETTE

Écoutez-moi !

VALENTIN

Le cœur alors crève d'ennui, Car il sent que le ciel lui-même est contre lui. Le ciel ! ce vieil ami faisant cause commune Avec les proprios, la mauvaise fortune ! Le ciel qu'on aimait tant, qu'on avait tant chanté, Et qui vient vous trahir aussi de son côté !... C'en est trop ! Le cœur plein n'en peut plus, il déborde Tout à coup par les yeux... et l'on rêve de corde, D'eau profonde, d'oubli...

(Apercevant Mariette qui pleure j)

Qu'est-ce que j'ai fait là !

(Honteux :)

C'est vrai que vous pleurez ?

MARIETTE

C'est si dur que cela ?

VALENTIN, bredouillant un peu.

Mais non !... j'exagérais !... C'était pour... me distraire ! Courir après sa turne... oh ! c'est drôle au contraire ! Suis-je assez ridicule ! A m'entendre on eût dit Que c'était un métier effroyable et maudit !..

Mais non ! C'est amusant comme tout, je vous jure, De marcher devant soi, n'importe, à l'aventure ! Oui, très gai !.. Le chagrin vous ronge !... C'est très gai, Cela vous change un peu !... Puis l'on est intrigué !... Trouve ra-t-on, ou bien ?... Et cette incertitude Redouble l'intérêt. C'est très gai ! D'habitude On déniche sa niche avant qu'il fasse noir, Mais quelquefois aussi l'on est pris par le soir ; Alors, comme Noé, le très vieux patriarche. Pour y passer la nuit on rentre sous son arche :

(Un menu geste arrondi :)

La petite... d'un pont,

(Grand geste :)

OU la grande... des cieux !

(Tristement :)

Je VOUS le disais bien que c'est délicieux !

MARIETTE

Taisez-vous ! Taisez-vous !... Votre gaîté m'écœure, Et votre peine était moins triste tout à l'heure...

VALENTIN

Mais...

MARIETTE

Ne dites plus rien, je sens que vous mentez. Oui, c'est affreux !

VALENTIN

Mais non...

l'échéance

MARIETTE

Taisez vous...

VALENTIN

Je me tais !

(Silence prolongé. •— Valentin se lève et va chercher sa valise, en marchant sur la pointe des pieds comme pour ne pas troubler Mariette qui a l'air de songer...)

Wk- MARIETTE, impatientée par ce jeu.

Eh bien, que faites-vous ?

Mais ? Je fais mon bagage ; crois avoir compris, d'après votre langage, )u'il fallait déguerpir...

MARIETTE

Êtes-vous si pressé ?

VALENTIN

'aime à vite finir ce qui fut commencé.

(Prenant sa valise.)

alise, venez ça ! — Je vais comme une poire eus fendre en dei^x quartiers.

(Il ouvre sa valise. A Mariette :)

Il ne faudrait pas croire la véracité de toutes ces chansons, est le refrain commun de tous les polissons ui n'ont jamais payé leur loyer de leur vie.

(Il bourre son sac.)

Ma petite valise, ah ! que je vous envie : Vous allez tout à l'heure avoir le ventre plein !

(A Mariette :)

Ces gens-là ne sont pas à plaindre.

MARIETTE

Je les plains !

Ils n'ont pas quelquefois de beurre à leur tartine, J Mais bah ! puisqu'ils sont gais ! ■

MARIETTE 1

Les pauvres ! I

valentin, prenant un livre. 5

Lamartine'^

Oh ! confrère divin, ma main vous enfouit

Dans l'onctueux repos de ce bonnet de nuit. — V

(Il dit et place le linge.

Galopin de Musset, venez qu'on vous calfeutre Dans le profond obscur et moite de ce feutre. Shakspeare, disparais en ce gilet pelé.

Vigny —

Gœthe —

Byron —

Et Verlaine ?... Je l'ai.

(Courbé sur sa valise.

l'échéance 197

Groyez-moi — c'est toujours la même ritournelle ! — Homère, disparais dedans cette flanelle, Gela réchauffera tes vieux os refroidis...

(Il a fini, il boucle sa valise et se lève.)

Adieu, petit réduit, qui fus du Paradis Quelque chose comme un amoureux vestibule !

(A Mariette :)

Et vous, dont le regard semblait le préambule D'un conte gentillet de tendresse et d'amour, Je vous quitte aujourd'hui bien à regret. — Bonjour ! I Vous me pardonnerez Ta liberté très grande i De partir sans payer. — Que le ciel vous le rende ! I II le pourrait, je crois, car il est obligeant I Et plein de soleils d'or et d'étoiles d'argent...

J (Avec un regret comiquel)

Adressez-vous à lui. — Pour moi, mademoiselle, Vrai de vrai, je n'ai rien de rien ; — la bagatelle Que j'aime tant vous met la cervelle à l'envers... Tant pis ; car je vous eus laissé ces quelques vers Et m'en serais allé, délivré de ma honte, Vous donnant, quel qu'il soit, un tout petit acompte.

MARIETTE, insinueuse et timide.

Je vais donc, je le vois, beaucoup vous étonner — ^^'^s vers, je les voudrais — voulez-vous les donner?

198 LE CIEL DvVNS l'eâU

VALENTIN

Écoutez. — Ce n'est pas une plaisanterie :

Cela m'est presque égal que sur mon compte on rie —

C'est vrai. Mais de mes vers, qu'on aille rire d'eux !

De ces pauvres petits qui s'en vont deux par deux,

Unis par le malheur autant que par la rime

Menotte dans la main ! — Non, ce me semble un crime !

Ce rieur-là, j'irais jusqu'à le détester —

(Doucement ;)

Et ce n'est pas ainsi que je veux vous quitter.

MARIETTE

Je comprends, cher monsieur, vos craintes... paternelles, On tient à ses enfants autant qu'à ses prunelles. Eh bien, fussent-ils laids — ce qui n'est pas le cas — Je vous promets — bien sûr — que je ne rirai pas.

VALENTIN

Je vous crois — cependant, malgré moi, j'appréhende. —

MARIETTE

Vous refusez ?

VALENTIN

Non. mais...

MARIETTE

C(^ ([lie jo vous demande ?

VALENtlN

Non.

l'échéance

MARIETTE

Pressez-vous, alors, mes instants sont très courts.

VALENTIN

Mais je me figurais d'après tous vos discours...

MARIETTE, impatientée.

Que vous importe enfin tout ce que j'ai pu dire Puisque je vous promets, monsieur, de ne pas rire.

VALENTIN, cédant et lâchant pied.

Vh ! si VOUS promettez...

MARIETTE

C'est promis !

VALENTIN

Que jamais...

MARIETTE

^'est promis !

VALENTIN

Dans ce cas —

MARIETTE

C'est promis ! Je promets !

VALENTIN, à part.

sens ma volonté perdre tout son c mpire. ous le voulez donc ? soit ! — Je m'en vais vous les dire !

MARIETTE, à part.

' ^lormorais bien cher pour les trouver gentils.

VALENTIN

Je les fis ce matin, ils sont donc tout petits.

Et même le dernier venait juste d'éclore

Comme vous entriez. — Qu'ils marchent mal encore,

Que leur tour soit timide ou leur vol incertain,

La chose est naturelle : ils sont de ce matin.

MARIETTE, avec un bon sourire.

Rassurez-les, je suis l'indulgence elle-même.

VALENTIN

D'ailleurs je ne veux pas vous servir un poème. (II. lit.)

« Mon rêve s'est posé sur votre chevelure

(( Et dans le fil ténu de vos cheveux s'est pris,

« Ainsi qu'un pauvre oisel palpitant et surpris

(( S'accroche au vert buisson qu'il frôlait d'aventure

MARIETTE, à part.

Ils sont jolis, ces vers ! —

VALENTIN, à part.

Ils sont jolis, ces yeux !

MARIETTE, de même.

Ah ! ce serait trop beau !

VALENTIN, de môme.

Ce serait trop heureux.

l'échéance

VALENTIN continue:

Il était venu là pour becqueter la mûre, Son pied dans le fouillis n'a pu se démêler ; Mon rêve comme lui s'est posé d'aventure...

(Intentionnellement :}

Et mon rêve aujourd'hui ne peut plus s'envoler ! »

(Silence.)

VALENTIN

'^h bien ! que pensez-vous de tout cela ?

MARIETTE

Je pense

u'il n'était pas besoin d'implorer l'indulgence, t que ces jolis vers, pour être nouveau-nés, Marchent déjà très bien...

VALENTIN, geste de modestie.

Oh...

MARIETTE, tranchante.

Ils sont bien tournés.

*tte pièce est charmante, originale, accorte...

VALENTIN, la parodiant.

Si VOUS flattez encore il faudra que je sorte !... » ailleurs je ne vois plus ce que je ferais là...

MARIETTE

^^^^y' ne flatte pas, je constate, voilà !

Iers me plaît?... .Je dis.

VALENTIN

Eh ! faisais-je autre chose Lorsque je vous disais que je vous trouvais rose Et séduisante aussi Non, non, je constatais ! Et je constate encor d'ailleurs. — Mais je me tais. J'oubliais que ce soir il fera froid sous l'arche, Et qu'avant de trouver il faudra que je marche.

(n empoigne sa valise.)

Adieu donc.

MARIETTE, à part.

Je voudrais maintenant qu'il restât...

Comment faire ?

(Haut :) I

Monsieur, monsieur ! ^

VALENTIN, s'arrêtant. j

Senorita ?

* MARIETTE ' I

Vous emportez mes vers — car enfin, je les garde. C'était bien convenu...

VALENTIN

Ma foi, c'est par mégarde, — Ces vers sont, en effet, bien à vous.

(Il les lui doxuD

MARIETTE, à mi-voix.

Bien à moi ?,

VALENTIN

Mais oui — vous en doutez ? Pourquoi ? Dites ?

l'échéance

(Bravement :)

MARIETTE

Pourquoi ?

]h ! que suis-je après tout ? Mais rien... la demoiselle V qui vous les donnez ! Or, ces vers sont à celle )ui vous les suggéra, car le vers appartient . qui sut l'inspirer — et non à qui le tient.

VALENTIN

ne vois pas très bien ce qui vous fait conclure —

MARIETTE, lisant;

Mon rêve s'est posé sur votre cli(n'(^knv... » st-elle donc si belle ?

Oh ! je l'imaginais !

' ne l'ai jamais vue, et je ne la connais îs plus qu'on ne connaît le rêve de son rêve... ous autres, rimailleurs qu'un vent d'amour soulève, 3US ne connaissons pas celle que nous chantons, ais, ne la trouvant pas ici, nous l'inventons ! ant ~ et de la sorte il n'est point de rebelle — noureux de l'amour plutôt que d'une belle !... je m'attarde, il est grand temps de me sauver.

MARIETTE, le retenant.

is n'arriv(;-t-il pas quelquefois de trouver e réalité conforme, à votre rêve ?

l'appelant au moins... un peu ?

VALENTIN

Lorsque je lève

Vers vous les yeux, je crois qu'on le trouve parfois. Mon rêve était pourtant... bien beau... mais je le crois ! Non, non ! je n'ai rien dit... Tout autre est ma pensée...

(n barbote.)

Je voulais simplement...

(Tirant sa montr

Oh ! l'heure est avancée !

Il nous faut mettre un terme à ces doux entretiens... Je m'en vais... Ma valise ?...

(n cherche sa valise qu'il a à la main.)

Ah çà, mais... je la tiens...

(Emphatique :)

Déjà sur le sommet a frissonné l'aurore...

MARIETTE, lui barrant la porte.

Et moi, je ne veux pas que vous partiez encore.

( Valentin s'arrête vaguement inquiet. — Silence 1oup<

Et, d'ailleurs, où courir ? où diriger vos pas ? Non ! vous allez souffrir, et moi, je ne veux pas... Pourtant c'est votre faute. — Est-il donc pardonnable Qu'à votre âge l'on soit aussi peu... raisonnable ? Et que pour le plaisir de rêver au hasard, De se tremper dans du soleil comme un lézard Et de s'abandonner au gré de Tinconstance On oublie à ce point... le monde et Texistence ?

(Se rapprochant, timidement audacieuse.)

l'échéance

Pourquoi donc êtes-vous si léger ? si distrait ?

'Elle regarde attentiYeir.ent la pointe de son petit pied, les joues rougissanl le front baissé.)

Je me sentais pour vous un petit... intérêt

Et j'étais déjà prête à faire un sacrifice

Ou même... à renoncer... à certain bénéfice...

(^ais elle se sent trop douce, il faut rattraper la rigueur perdue.)

Mais ce serait toujours à refaire, — et, m'a foi, — Je ne suis pas d'humeur à répéter, vingt fois. Une opération aussi peu profitable !

Car enfin, voulez-vous jouer cartes sur table ? Prendre la vérité par le plus droit sentier ?

bien... vous n'avez pas seulement de métier... Poète, direz-vous ? Mais je vous vois sourire ; Vous ne comptez donc pas sur l'apport de la lyre ! \lors — dites — pourquoi persister, malgré tout, \ lutter quand on sait qu'on n'ira pas au bout ? Pourquoi viser un but qu'on sait ne pas atteindre ? Poursuivre un idéal qu'on ne croit pas étreindre? 3t laisser à ce jeu terrible de vaincu

dernière espérance et son dernier écu !

VALENTIN

'ourquoi le papillon court-il à la chandelle ? 1 sait fort bien qu'il va s'y brûler un bout d'aile... 'lais il y va, fût-il grillé, roussi, bouilh !... Wez-vous déjà vu la foire de Neuilly ?

is

Alors VOUS connaissez ces ballons minuscules,

Rouges, verts, bleus, et gros comme de grosses bulles ?

Qu'un d'eux rompe son fil, le voilà bravement

Parti pour conquérir soleil et firmament ! —

Et cependant, cela ne lui fait aucun doute.

Fragile comme il est, qu'il doit crever en route,

Bien avant, bien avant d'avoir atteint le ciel !

Mais monter — mais monter ! voilà l'essentiel.

Mon Dieu, c'est bien le sort du tout petit poète

Oui de son idéal entreprend la conquête. —

Il n'y a que les grands qui puissent se frayer

Un chemin sûr... mais bah ! l'on p3ut bien essayer !

Et, livrant à son^êve une course suprême.

Il tombe anéanti, mais content tout de même :

Non de l'avoir atteint — mais de l'avoir conçu.

Ne vous en allez, pas

MARIETTE

— voici votre reçu.

VIEILLES LUNES

VIEILLES LUNES

Eh oui ! toujours Pierrot — et toujours Colombine —

En fait de dernier cri — • toujours le même cri —

Des clairs de lune blancs, des soirs, des mandolines,

Et toujours — oh ! toujours — de pauvres coeurs meurtris.

Toujours des yeux brillants aux trous ardents des masques. Des Arlequins sournois, des Juans persifleurs. Des serments, des grelots et des tambours de basques — "^T^iis surtout — oh ! surtout, toujours de la douleur.

Le progrès va. — Le jour qui, chaque jour, s'éveille Apporte dans ses bras des trésors inconnus — Les lendemains toujours étonneront la veille — Le bon temps du miracle est enfin revenu.

Mais quand par nous le ciel plierait d'étoiles neuves, Quand l'homme aurait enfin l'avenir encagé. Les âmes resteraient tristes comme des veuves. Pas une fibre, hélas ! du cœur n'aurait bougé.

Et Ton verra toujours des amantes frivoles, 1 )es rêves impudents sous des fronts virginaux. Et des cœurs déchirés par des cervelles folles, El des crimes d'amour aux pages des journaux. ,

Arlequin roulera toujours sa convoitise, r.(>lombine toujours rira ses rires faux I^L Pierrot, qui toute souffrance synthétise, Vers(4^a sous son fard des pleurs toujours nouveaux.

Les l)a l>il s sont divers ; c'est la même infortune, L'avion va porter nos misères plus haut. (> sont toujours des cris, des larmes, des rancunes ; ( 'mM , vois-Ui, dans le fond, mon pauvn^ ami Pierrot,

VIEILLES LUNES 211

y a jamais rien de nouveau...

sous la lune.

20 Mars 1912.

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