‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 74 sur 76 · CE QUE C'EST · texte numérisé non relu

CE QUE C'EST

a Guerre, mon amour, il faut bien te le dire, a n'est pas si terrible, en somme, que l'on croit, îtte-moi ces journaux bavards qu'on te fait lire ! Qui n'a rien vu doit rester coi.

$ t'ont mis sous les yeux d'effroyables images ? u sang? Je m'en doutais. De la neige ? Parbleu ! Et puis « la morne Plaine » ?... Ah ! c'est du bel ouvrage, Faut-il être bête, mon Dieu !

o9g LE CIEL DANS L EAU

Écoute. Moi, je parle en connaissant la cause, Car il me semble un peu, la Guerre, qu' « on « la fait ! Eh bien ! c'est bien moins rouge et c'est un peu plus rose . La Guerre... écoute ce que c'est.

Matin, réveil : « Oh ! oh ! c'est blanc partout ! » Le givre... (.Je suppose qu'il a gelé pendant la nuit). Eh bien, mais c'est charmant sur un ciel de vieux cu.vre Ce jeune argent qui craque et luit.

Les hommes, un par un, sortent de leurs tanières. ^ « Gomment va?-Hé! frisco ! -Bien dormit -Bien dormi| <- .T'ai rêvé... » L'un revient d'Agen, l'autre d'Asnières. L'autre... « A propos, et l'ennemi ? «

« L'ennemi ? Tiens, c'est vrai ! que le diable l'emporte ! » Mais, bon Dieu, le voilà ! Sur la route... Chauffé, (> vieni , ça fume... Et qui fumerait de la sorte ? Le voilà, c'est lui... le café!

CE QUE c'est.

Le soleil monte. On voit renaître un paysage, L'affût d'hier, les bois par le soir envahis, ît le ruisseau prudent qui cache son visage...

— « Vraiment c'est un joh pays ! »

Ju avion... j'entends son ronflament d'abeilles... ^ez en l'air : « Où va-t-il ? Bon voyage ! » Un lapin 5'psquive en emportant là-bas ses deux oreilles. Ah ! mettre sur lui le grappin !

Vugmenter d'un civet l'immuable ordinaire ! ilt, troquant son Lebel pour un bon Lefauclieux, îaMsfaire aujourd'hui son rêve cuhnaire... ■

« Ah ! Pécuchon !... — Tais-toi, Micheux.

l'ais-toi... » Voici venir le courrier d(3s familles ; V qui donc ce bonheur se va-t-il ocjbroyer k' pouvoir, à côté de sa femme et ses filles, Un moment s'asseoir au foyer ?

soupe !... On la déguste en battant la semelle. - quart » ayant rendu les cerveaux plus subtils, 'liscute : « Il faudra que l'Espagne s'en mêle, Et les Canadiens, où sont-ils ? )>

« Le Russe a fait du bon travail »... On étudie Ce rouleau compresseur qu'on voudrait plus pressé ; Et, face à l'Occident, sur un fond d'incendie, On voit tout l'Avenir dressé !

« Demain, vois-tu, Micheux, les hommes seront frères En supprimant la cause on « amoche » l'effet. Je supprime le Boche, auteur de nos misères,

Plus de cause, alors... C'est parfait ! »

Et dans le bon terrier, dortoir et réfectoire. Qui nargue la sifflante et se rit de l'éclat. On rentre, et l'on attend la prochaine victoire En grignotant du chocolat.

Le soir vient. De plus près on songe à l'adorée. On rêvasse. — - On répond aux petits mots reçus. Puis on s'endort enfin dans la paille dorée Ainsi que le petit Jésus.

CE QUE c'est.

Voilà, mon cher amour, ce que c'est que la Guerre, Oui t'en parle autrement, par la gorge, a menti ! La vérité, vois-tu, c'est qu'on n'y souffre guère Que de l'absence, mon petit...

L;i Guerre, c'est tout çà. Le reste en vain tintaille

Cependant, tout à l'heure, ils ont tous remarqué Que je ne t'avais point parlé de la « Bataille ».

C'est la place qui m'a manqué.

Tranchées de l'Aisne, 23 Novembre 1914.

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ÉFACE V

TICE BIOGRAPHIQUE IX

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