CHAPITRE PREMIER
Laplace montre comment le système solaire toul entier a pu sortir d'une môme nébuleuse originelle, douée d'une température initiale élevée, animée d'un mouvement de rotation sur elle-même et plongée au milieu de l'espace relativement trèsfroid.
Or, non-seulement les découvertes de la science confirment cette conception grandiose à laquelle un petit nomlire de faits seulement , tels que l'inclinaison des orbites les unes sur les autres, le mouvement rétrograde de plusieurs satellites, etc., paraissent provisoirement se soustraire, mais encore ces découvertes autorisent à étendre la théorie en
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question à toutes les parties do l'univers qui tombent sons nos sens.
Au commencement, une masse cosmique unique!
contenait, au moins, toute la matière représentée par la voie lactée et peut-être la substance de tout l'univers. Plongée dans l'espace glacé, celte masse se refroidit , des centres d'attraction se constituèrent dans son sein, autour desquels les diverses portions de la matière, maîtrisées par eux , se mirent à graviter. Ainsi s'opéra la segmentation de cette nébulosité mère, en parties dont chacune constitua une nébuleuse secondaire.
Segmentation des nébuleuses. — Les nébuleuses, si nombreuses dans le ciel, n'ont point encore donné aux hommes le spectacle de cette fissiparité colossale, ce qui doit tenir au peu de durée de nos observations relativement au temps qu'exige le phénomène, car diverses nébuleuses, par les changements qu'elles éprouvent, révèlent le travail de formation dont elles sont le siège.
On sait par exemple qu'IIerschcl , en comparant ses observations des années 1780 et 1783 à celles de l'année 1811 , observations faites les unes et les autres avec les mêmes instruments, trouva que la forme de la nébuleuse d'Orion avait subi une altération. Plus récemment, le P. Secchi a apporté beaucoup
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ORIGINE DU SYSTÈME SOLAIRE Ils
île précision dans ce genre d'étude '. En lin , si nous n'avons pas vu de nébuleuses su fragmenter, l'état de scission plus ou moins avancé qu'on constate chez certaines d'entre elles donne un appui maiiilésk 1 ù la théorie que nous exposons.
Arago n'admet point que la pénurie de preuves directes où nous sommes encore sur ce sujet doive se faire sentir toujours ù nos successeurs, et nous cédons au plaisir de citer ces lignes prophétiques qui lui sont dues : a Dans l'avenir, dit-il % il suffira d'un double coup d'œii jeté sur les nébuleuses de l'époque et sur les portraits admirables do délicatesse et de fidélité que tes astronomes en font aujourd'hui, pour décider si le temps altère sensiblement les dimensions et les formes de ces groupes mystérieux; mais l'antiquité n'ayant laissé à cet égard aucun terme de comparaison, nous sommes réduits à attaquer le problème par dos voies directes. Cependant, j'ai tout lieu d'espérer que la solution n'en paraîtra pas moins évidente. Les phénomènes que doit amener l'existence de divers centres d'attraction répandus sur toute l'étendue d'une seule el vaste nébuleuse se développeront dans cet ordre : çà
1 Cvmplrs rendus, etc., t. LXV, p. CS3, «I I. LXVI , p. 63. ' Ail rono mie populaire
et là, la disparition de la iueur phosphorescente; la naissance de solutions de continuité, de déchirures dans le rideau lumineux primitif, résultat nécessaire du mouvement de la matière vers les centres attractifs; — l'agrandissement des déchirures, c'est-à-dire la transformation d'une nébuleuse unique en plusieurs nébuleuses distinctes, peu distantes les unes des autres et liées quelquefois par des filets de nébulosité 'très-déliés; — l'arrondissement du contour extérieur des nébuleuses séparées; une augmentation plus ou moins rapide de leur intensité en allant de la circonférence au centre ; — la formation ù ce centre d'un noyau très-apparent, soit par les dimensions, sott par l'éclat; — le passage de chaque noyau à l'état stellaire avec la persistance d'une légère nébulosité environnante; — enGn, la précipitation do cette dernière nébulosité, et pour résultat définitif autant d'étoiles qu'il y avait dans la nébuleuse de ces centres d'attraction .distincts, d
Segmentation des comelej. — Un phénomène qu'on parait fondé a rapprocher de la segmentation des nébuleuses a été observé plusieurs fois. Il s'agit de la division de certaines comètes en plusieurs parties.
L'exemple le plus connu est celui de la comète de liiela, dont la période est de C ans 3/1, et qui
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en 1816* se divisa presque sous les yeux lies observateurs. Suivant le récit de Humboldt 1 , M. Hind avait remarqué dès le 10 dénombre 18io, dans la eomète encore intacte, une sorte de protubérance vers le nord; mais le 21, d'après l'observation de M. Encke, à Berlin, on n'apercevait aucun indice de séparation. La division, déjà effectuée fut reconnue, pour la première fois le 17 du même mois dans l'Amérique septentrionale, et en Europe vers le milieu et à la fin du mois de janvier 1816. Le nouvel astre, le plus petit des deux, précédait le plus grand dans la direction du nord. L'éclat de ebacune des deux comètes était ebangeant, de sorte que le second astre, augmentant peu à peu d'intensilé, surpassa quelque temps en lumière la comète principale. Les enveloppes nébuleuses qui entouraient ebaque noyau n'avaient aucun contour déterminé; celle qui entourait la grande comète offrait un gonflement peu lumineux vers le sud-ouest, mais la partie du ciel qui les séparait fut notée par M. Struwe , à l'observatoire de Pulkowa, comme libre de toute nébulosité. Quelques jours plus tard, M. Maury aperçut, à Washington, dcs«rayons que l'ancienne comète envoyait vers la nouvelle, de sorte que pendant
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quelque temps il y eut une sorte de pont jeté de l'une à l'autre. Le 21 mars la petite comète, diminuant sensiblement d'éclat , n'était déjà presque plus reconnaïssablc. On vit encore la plus grande pendant quelque temps; mais le 20 avril elle avait disparti à son tour. Au moment de sa disparition le petit astre était à G2,000 lieues environ du grand; en 1832, quand le P. Secchi les revit, leur distance étaità peu près de 500,000 lieues.
Cette division n'est pas un fait isolé : selon M. Benjamin Valz' deux comètes observées comme les précédentes en 1816, l'une par Vico et l'autre par Brorsen, représenteraient les deux parties d'une même comète originelle. On pourrait citer d'autres exemples, mais il convient de faire remarquer que, dans la nouvelle théorie de M. J. Tyndall, ces fractionnements, au moins dans certains cas, ne seraient que de simples apparences.
Formation des planètes et des satellites; expérience de M. Plateau. — Revenons à la nébuleuse primitive. Nous l'avons vue se diviser en groupes de second ordre; or les actions qui ont donné naissance à ceux-ci se répétèrent au sein de cliacun d'eux. Chacun reproduisit la série de phénomènes qu'avait
i Co-npta rtnéui, t. XXXV, f. 401.
offerts le tout; c'est-à-dire qu'il se fractionna it son tour, et ce fractionnement, poussé de degré en degré jusqu'à ses ultimes limites, donna enfin naissance, entre autres minuscules nébulosités, à celle qui originairement a renfermé la matière diffuse de tout notre système solaire.
C'est dans chacun de ces groupes de dernier ordre que se sont produites les transformations plus spécialement décrites par Laplace.
Animé à la fois, comme nous l'avons dît, d'un mouvement de rotation et, par l'effet du refroidissement, d'un mouvement de contraction vers le centre, l'amas gazeux d'où notre petit monde dérive , a successivement abandonné dans sa région équatoriale une séi'io d'anneaux de plus en plus réduits qui, se contractant eux-mômes, se sont transformés en planètes.
Rappelons l'élégant dispositif au moyen duquel l'ingénieux M. Plateau a procuré la confirmation de l'expérience à une' théorie qu'on eut pu croire privée à jamais de ce contrôle. Un commence par préparer un mélange d'eau et d'alcool , en proportions telles qu'il ait rigoureusement la densité de l'huile d'olive, puis on introduit au milieu de la masse une grosse goutte formée de ce liquide gras. Cette goutte perdant, en vertu d'un principe de phy-
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sïque bien connu, une partie de son poids égale au poids du liquide qu'elle déplace, se trouve, grâce à sa densité égale à celle du milieu qui l 1 entoure, soustraite complètement à l'action de la pesanteur. Comme la matière chaotique , qui se trouvait nécessairement dans les mêmes conditions, elle prend la forme d'une sphère parfaite.
Cette sphère est immobile , mais si on fait passer par son centre un axe vertical métallique doué d'un mouvement de rotation, elle prendra peu à peu le mouvement de cet axe, et on la verra s'apiatir progressivement vers les pôles. La force centrifuge augmentant, si l'on augmente la vitesse, on verra la région équatorialc se rentier de plus en plus, et à un certain moment un anneau se séparera, qui continuera à tourner autour de la planète centrale , comme on l'observe pour Saturne.
En s'aecélérant, l'anneau s'agrandira, et bientôt il se brisera ; sa matière se réunira en un petit sphéroïde, et la planète microscopique se mettra à graviter autour de la miniature de soleil d'où elle est sortie.
11 est impossible, comme on voit, de mieux reproduire les conditions exigées par la théorie; et cette belle expérience nous met en présence de véritables systèmes planétaires artificiels.
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Les mômes phénomènes qui ont donne naissance aux planètes se reproduisant dans celles-ci, ces dernières ont pu, certaines d'entre elles du moins, avoir des satellites, et rien n'empôclie (pue des satellites aient les leurs.
Centre Je rotation du système solaire. — Il faut bien remarquer que la formation des anneaux équatorianx a pu se produire aussi dès la première segmentation de la masse primitive, de façon que chaque système , considère dans son entier, tourne autour d'un centre d'attraction.
fin sait que notre système se meut d'ensemble vers la constellation d'Hercule , jalon apparent le plus voisin de l'immense trajectoire suivie par ce système.
Peut-être , mais ici tout contrôle manque , la voie lactée tourne-t-elle également autour d'un centre particulier.