CHAPITRE II
La théorie de Laplace repose sur l'unité des forées mécaniques qui régnent sur les globes et règlent les rapports de ceux-ci; — la théorie tic l'évolution sidérale, que nous allons soumettre au lecteur , ou , en d'autre termes, la théorie des transformations successives des globes, s'appuie sur l'unité de constitution de ceux-ci et sur l'unité des phénomènes géologiques qu'ils présentent.
Toutes choses égales d'ailleurs, les globes se refroidissent d'autant plus vite qu'ils sont plus petits. On peut donc , en les prenant successivement de volumes moindres, les étudier pour ainsi dire à des âges différents. Pour imiter une célèbre comparaison
1SB GEOLOGIE COMPAREE
d'Herscbel : de môme que dans une foret de chênes on sait, en examinant un certain nombres d'arbres, ce qu'ûtaittel arbre en particulier, et ce qu'il deviendra; de même on peut , par une simple comparaison entre les planètes, connaître les phases qu'un globe a traversées et celles qu'il lui reste à parcourir.
D'ailleurs , l'âge réel des globes se compose à la fois de l'âge absolu, c'est-à-dire du temps écoulé depuis leur séparation primitive du résidu central , et de l'Age relatif, qui dépend surtout du volume et des variations delà constitution chimique, causes évidemment déterminantes de la plus ou moins grande vitesse du refroidissement.
5 I . — É<al slellalre.
Dans notre système, l'astre le plus jeune est évidemment le soleil. Certes, il ne représente plus exactement la masse primitive, mais c'est lo corps sidéral qui s'en rapproche le plus.
Passage Je l'état nébuleux à l'état stellaîre. — Deux caraeléres surtout distinguent le soleil des nébuleuses : 1° la séparation plus complète , en zones successives, des vapeurs de densités diverses qu'il renferme ; 2" sa luminosité, qui résulte, comme on l'a vu, du refroidissement de sa région externe.
ÉVOLUTION SIDÉRALE. ii'J
Il est facile de trouver des étoiles plus jeunes encore que le soleil, c'est-à-dire moins refroidies que lui. On les reconnaît au moyen du spectroscope , ù leur moindre éclat et surtout à la plus forte épaisseur de leur atmosphère absorbante.
L'étude des diverses phases par lesquelles passe une étoile sous l'influence du refroidissement est extrêmement intéressante. Parmi ces phases, deux sont tout à fait principales : elles sont caractérisées, la première par une luminosité très-faible, révélant une constitution toute gazeuse; cette faiblesse d'éclat est le cas de beaucoup d'étoiles, comme aussi celui des nébuleuses dont nous avons signalé l'état gazeux; la seconde phase est caractérisée , à l'inverse de la première, par la vivacitéde la lumière résultant de la condensation des éléments gazeux périphériques sous la forme d'une poussière solide ou liquide, ce qui est le cas du soleil. Cette poussière joue le rôle du carbone, de la chaux ou de la magnésie dans nos flammes artificielles; elle rayonne énergiquement.
Or, entre ces deux phases s'établit une lutte de longue durée, qui modifie sans cesse l'état de la sur- •face de l'astre. La substance gazeuse du soleil parait être jusqu'aux plus grandes profondeurs, dans un mouvement continu, et les immenses remous qui y prennent naissance sont vraisemblablement causés
par les réactions diverses et par le triage des matières d'après leurs densités. Ces mouvements amènent à la surface des gaz provenant des profondeurs, et dès lors très-chauds, et il en résulte des échauffeinents locaux qui volatilisent par places ia photosphère et donnent lieu au phénomène des lâches. Le ciel nous offre au complet toute la série des termes qu'on peut concevoir entre les étoiles nébuleuses et les astres complètement brillants, c'est-à-dire dépourvus de taches.
Rapports mutuels des disparitions, des intermittences et des apparitions d'étoiles. — C'est à des réchauffements du genre de ceux qui viennent d'être cités que se rapportent les disparitions d'étoiles signalées bien des fois, ainsi que les intermittences que présentent d'autres astres; c'est au contraire par des refroidissements que s'expliquent les apparitions subites qui ont été constatées.
M. Fayo a émis l'idée ' que les étoiles disparues, les étoiles variables et les étoiles nouvelles représentent les diverses phases d'un même refroidissement; idée bien différente, comme on va le voir, de celles que les astronomes des siècles précédents se faisaient do ces phénomènes.
La première étoile périodique dont les variations
1 Home ia cours ickmifi,)vn, I. Ht, p. GL7.
aient frappé les observateurs est a de la Baleine (mira Celi). Elle futsignalée par Fahricius, l'un des auteurs de la découverte des taches solaires, et Bouillaud essaya d'en donner la théorie. Il supposa que l'étoile, possédant une face obscure et une face brillante, tournait sur elle-même, de faron à nous présenter successivement et périodiquement des disques différemment brillants.
A partir de cette époque le nombre des étoiles variables observées s'accrut rapidement, et la connaissance plus approfondie des faits fit justice des opinions de Bouillaud : les irrégularités des périodes de mira Celi, qui varient de 300 à 367 jours quand elles ne sont pas, comme cela s'est présenté une fois, d'une durée de quatre années, suffirent à en montrer le peu de réalité.
En même temps ces opinions furent contredites non moins formellement parl'étude du phénomène desapparitions d'étoiles, phénomène dont on ne put méconnaître longtemps !e lien aveclc3 variations des astres périodiques, auxquelles les rattachent des transitions insensibles. Du même coup, il fallut renoncer aux idées de Tycho et de Kepler, pour qui les étoiles nouvelles étaient dues à l'agglomération subito de matière cosmique, jusque-là éparpillée dans l'espace, età l'idée de Newton, qui voyait dans ces étoiles des so-
Icils éteints , rallumés tout à coup par le choc d'une comète.
La question s'est considérablement simplifiée quand on eut reconnu, à la suite des découvertes de M. Schwabo, qué le soleil , dont l'étude est comparativement si facile, rentre dans la catégorie des étoiles variables. Ses variations sont faibles, il est vrai, mais M. Wolff (de Zurich) a pu néanmoins en déterminer la période comprise entre 8 et 1 a ans.
Nous avons insisté sur ce point que les changements d'éclat du soleil sont dus, sans aucune espèce de doute , à des particularités de sa constitution physique, et spécialement à la quantité plus ou moius grande de ses taches : celle explication s'applique à toutes les étoiles variables.
De plus, maintenant qu'on a fait du ciel un catalogue si complet, on trouve que les prétendues étoiles nouvelles ne sont que l'exaltation d'étoiles variables, dont les éclats extrêmes sont très-différents l'un de l'autre , et qui atteignent rapidement leur maximum. Ainsi, pour ne citer qu'un seul exemple, l'étoile de Jansscu, qui apparut en 1000 avec un éclat correspondant à la troisième grandeur, et qu'on crut de nouvelle formation, disparut en 1C2I après avoir subi des variations successives. Elle reparut en 16jî», époque où Cassinî la suivit, puis en 1(503 d'après les
observations d'IIévélius. Elle est maintenant connue comme étoile permanente, et portée dans les catalogues sous la lettre P du Cygne.
On a donc le droit de dire que les étoiles nouvelles et les étoiles variables sont deux formes du même phénomène. Des études récentes ont fait connaître de chacune de ces formes un nombre infini de variétés.
Certaines étoiles variables , comme Algol et P de Céphée, offrent des périodes presque constantes, tandis que d'autres, par exemple 11 de l'Écu deSobiesky et leaolcil, sont excessivement irrégulières. La durée des variations va de trois jours à dix ans et plus. L'éclat maximum est pour les unes considérable (de troisième grandeur par exemple), et très-faible pour les autres (do septième, de huitième et même de neuvième grandeur). Enfin, !a marche des variations est différente suivant l'astre dans lequel on l'étudié : tantôt les oscillations sont si irrégulières qu'on est inhabile à dire quelle loi les régit; tantôt, au contraire, un ou même deux maxima apparaissent avec la plus grande netteté.
D'ailleurs , il ne faut paseroire qu'aucun caractère commun ne relie entre eux les astres périodiques r la rapidité avec laquelle leur éclat augmente et la lenteur avec laquelle il diminue, après le maximum ; la
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longue durée du minimum ou de l'invisibilité, comparée à la soudaineté de l'exaltation lumineuse sont des traits de famille bien évidents. « Les analogies entre ces deux catégories d'étoiles, sont non moins frappantes que lesdïfférences, dit M. Faye, dans le travail auquel nous venons de renvoyer; on passe des unes aux autres par des gradations presque insensibles , en sorte que les faits nombreux que nous possédons aujourd'hui nous conduisent à examiner si les étoiles variables et les étoiles nouvelles ne seraient pas autre chose que les états successifs d'un même phénomène dont le ciel nous offrirait à la fois toutes les phases : les étoiles à éclat constant, les étoiles à faibles variations périodiques, les étoilcsà périodes irrégulières, celles qui s'éteignent presque dans leurs minima, celles qui cessent de varier pendant un temps plus ou moins long, mais qui reprennent de l'éclat et subissent alors des variations considérables pour s'affaiblir de nouveau pendant un long laps de temps. Ne dirait-on pas que ce sont là les phases successives et de plus en plus dégradées de la vie d'une môme étoile ? Phases qui , pour cette étoile unique, embrasseraient des myriades de siècles, mais que le ciel nous offre simultanément quand on considère à la fois tous les astres qui y brillent. » Toutefois, il faut bien remarquer, comme tous l'a-
vonsdit, que la période du plus grand C-clat occupe le milieu entre deux périodes relalivemenl sombres, la nébulosité totale et le passage à l'état planétaire.
Diminution progressive du volumedes étoiles. — Eu même temps que ces phénomènes se produisent , l'astre se contracte et se rapetisse : nous devons , à ce propos , rappeler que pour rendre compte de la puissance et des caractères généraux de la végétation à d'anciennes périodes du globe, SI. II. Lecoq suppose que le soleil était alors bien plus volumineux qu'aujourd'hui et qu'il répandait bien plus de chaleur.
5 !.. — Ktat planétaire.
A la suite des phases qui viennent d'être décrites, un phénomène tout différent prend naissance : la croûte condensée, depuis longtemps trop épaisse pour que les taches puissent encore se produire, commence à se refroidir assez au dehors , pour s'assombrir peu à peu. Elle finit à la longue par perdre toute lumière propre : de soleil qu'il était par rapport au corps circulant autour de lui, l'astre devient planète pour le centre autour duquel il gravite.
Cette croûte condensée n'est pas l'épiderme du globe. C'est une cloison établie entre le noyau
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interne toujours lumineuxet les matières moins denses qui, gazéifiées par une énorme chaleur, forment ce qu'on appelle l'atmosphère. Elle est le point de départ d'une double formation : à l'intérieur, elle s'accroît sans cesse en épaisseur, par suite de la soliditication successive des parties sous-jacentes ; à térieur, elle reçoit les uns après les autres, dans ordre déterminé par leur degré de volatilité, les duils condensâmes que renferme l'océan gazeux.
nptions plus ou moins importantes, dont les îs de montagnes et les volcans actuels de la nous offrent la représentation bien affaiblie. momènet priscnlês par Jupiter. — La planète r parait être en ce moment le théâtre de pliéaes de ce genre. Pendant les mots d'octobre et vembre 1889, elle a présenté en effet un spectacle d'une beauté singulière et presque sans autre exemple. Les bandes de la planète, plus nombreuses que d'ordinaire, présentaient une plus grande variété de couleurs que jamais. La bande équatoriale, qui depuis des années était la partie la plus brillante de la planète, fut dépassée en éclat par les bandes du nord et du sud. D'habitude rien no faisait tache sur le fond lumineux de cette bande; à
do fréquentes reprises on y vit se produire l'apparence de nuages accumulés. Elle était généralement incolore, brillant d'un gris d'argent et d'un gris perlé; elle devint d'un jaune profond, ressemblant beaucoup à la couleur de l'or déposé par la pile.
M. Jolm Browning, à qui l'on doit ces importantes observations, adonné delà pianote une description complète'. Les pôles sont bleus, écrit-il, et les bandes qui en sont le plus rapproebées présentent une teinte foncée de la même couleur. Les bandes brillantes voisines sont d'un blanc perlé, et leur éclat l'emporte sur celui de toute autre partie de l'astre. Les bandes soin b l'es sont d'un rouge de cuivre, et elles sont séparées par la ceinture équatoriaîe, qui est d'un jaune d'or.
l'r* ' I r- iiH-juj-nf-riiin r. mplji ■ . * f. ii il '.ni-
très, coïncident avec la présence dans l'atmosphère de Jupiter de vapeurs inconnues dans la nôtre; ils conduisent à faire admettre que la plus grosse des planètes de notre système n'a pas encore perdu la faculté de luire quelque peu par elle-même. On a vu d'ailleurs précédemment que Neptune etUranusont une lumière propre.
i UaunlUf IW/icH of tht royal citnmomicol Socitty, t. XXX, p. M, 7S, 153 el 330; I. XXXI, p. 33.
Formation du revêlement granitique. — En même temps que la croûte se consolide, elle subit extérieurement la double action d'une très-forte chaleur et d'une énorme pression : la pression de l'épaisse atmosphère qui la recouvre. Aussi les masses qui constituent cette croûte prennent-elles des caractères que la fusion simple ne saurait leur donner : le granité et le gneiss sont les représentants lithologiques les plus importants de cette période.
Condensation des mers. — Pendant la formation de ces roches, l'épaississement ininterrompu de la paroi qui les sépare du foyer incandescent fuit que la température externe s'abaisse progressivement. Il vient un moment où l'atmosphère, débarrassée de ses parties les plus denses, laisse déposer, à l'état liquide, les eaux qu'elle retenait en vapeurs. Ainsi se fait la première mer, dont les eaux, saturées de toutes les matières solubles et portées à une température considérable, réalisent des ré;tclionscfiimiques variées aux dépens des masses qui constituent son bassin.
Soutènement des continents. — Les bossellements de la surface se continuent, et les premiers continents apparaissent. A peine formés, ils subissent les attaques des flots, qui, les désagrégeant peu à peu, transportent leur matière pulvérisée dans les bas-fonds, où s'accumulent ainsi les premiers sédiments.
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Sans cosse, ce puissant mécanisme fonctionne : les fonds de mer so soulèvent, et deviennent des continents; les continents s'affaissent et deviennent des fonds de mer : mouvements alternatifs qui rap pellent ceux d'une poitrine gigantesque. Et la formation de nouvelles couches stratifiées, la désagrégation partielle des couches d'ancienne formation suivent leur cours, toujours déplacé et toujours ininterrompu.
Apparition de la vie organique. — C'est ainsi que peu à peu les conditions de la surface se modifient, s'adoucissent. Les eaux de la mer, qui étaient bouillantes, deviennent tiodes; et l'atr, maintenant transparent, laisse arriver jusque dans ses profondeurs ta lumière d'un soleil colossal. Un phénomène nouveau se déelare : l'apparition delà vie organique.
Au fond des mers, premier théâtre des êtres organisés, des algues élémentaires et des animalcules se montrent d'abord. Des polypiers, des foraminifères, des spongiaires, des coquillages, des crustacés même ne tardent pas à les y joindre , et pour la plupart à développer une incomparable activité architecturale. A l'aide de matériaux impalpables extraits de l'onde, de petits êtres gélatineux, plus forts que les vents et les flots, bâtissent les récifs, les atolls, les archipels ; ajoutent d'énormes assises à l'entassement des ter-
1 ru CÉOLOOIE COMPARÉE.
rainsstralifu''s; construisent des chaînes de montagnes qui sont leurs pyramides et édifient les continents sur lesquels nous nous enorgueillissons d'élever des bâtisses qui, comparées au travail de ces bestioles, ne font pas la ligure d'une taupinière auprès (l'une cathédrale.
Un même temps que ces étonnants ouvriers se meltent à l'œuvre, les portions arides des continents se couvrent d'autres organismes, non moins délicats, les lichens, qui, au moyen île misérables crampons, surmontent les résistances de la roche la plus dure, et l'émiettent; qui s'en assimilent certains éléments,
masse des débris accumulés par eux, donnent naissance à une première terre végétale, qui permettra l'éclosion d'êtres plus parfaits.
A leur tour, ceux-ci, par des procédés analogues, fourniront à la vie les moyens de s'élever encore d'un degré, et ainsi de suite jusqu'à ce que, à la faveur du système de rotation qui soumet alternativement toutes les parties du globe à l'action épuisante des météores atmosphériques el à l'action fécondante de la menstrue océanique, la vie ait atteint son apogée.
Apparition île l'homme. — Los animaux apparus les premiers dans l'océan primitif, comme les premiers représentants de la faune continentale, n'ont
fait qu'ouvrir le long défilé do toute la série animale. Mais à mesure que celle-ci 53 développe le rôle de la vie change, et tandis que dans ses premiers représentants son adieu ^énlo^ique était immense, elle devient presque nulle chez ses représentants les plus élevés. Après avoir, parles premiers, réalisé le milieu nécessaire à la production îles seconds, elle tend par !o moyen des seconds à assurer la manifestation d'un principe, autre et plus élevé que le sien, qui, répandu ça et là à l'état de lueur diffuse dans ces régions privilégiées de l'animalité, va prendre dans un être qui formera le couronnement de la série biologique, dans l'homme, toute la Iï\ité et toute l'intensité d'éclat compatibles avec l'existence terrestre.
L'isthme de Suez ouvert; le montCenis percé; en Californie, des montagnes nivelées par les chercheurs •l'or; partout d'immenses remblais opérés; la Hollande conquise sur les (lots ; la mer de Haarlcm dessécbéc; le dessèchement des étangs et des lacs; l'immersion des terres basses; la création de lacs artificiels au moyen de barrages; l'endiguement des fleuves et des rivières ; le creusement des canaux; lo forage des puits; l'irrigation et le drainage; le colmatage qui détourne au profit des terres le limon fertilisant que les cours d'eau portent à la mer ; la fixation des dunes; des cavernes ouvertes par l'ex-
ploitation des carrières; l'emploi des combustibles minéraux, versant dans l'atmosphère et restituant au cercle de la vie organique des dépôts de force, immobilisés dans les profondeurs du sol : ce sont là quelques travaux ayant un caractère géologique trèsmarqué, puisque les agents chimiques et géologiques qui ont donné à la terre son relief actuel en ont fait et en font encore aujourd'hui de pareils. Le même caractère se trouve également en des travaux qui n'existent encore qu'à l'état de projet, mais qui sont physiquement et Humainement faisables quoiqu'ils puissent n'être jamais exécutés. Tels sont : la création île mers artificielles et en particulier celle de la mer de Galilée ; la transformation des détroits en isthmes par de simples remblais; la fertilisation des déserts par le forage des puits artésiens ; la fabrication de la terre végétale au moyen de torrents artificiels prenant dans la montagne, pour les transporter dans les plaines, des débris de roche qui se transforment, chemin faisant, en limon fertilisant. Notons que faites ou à faire ces choses ne sont encore que des œuvres d'apprenti, l'homme nes'étant querécemmentmisà l'école delà science. Cependant, elles n'auraient besoin dès aujourd'hui que d'être amplifiées, et la civilisation leur procurera cet agrandissement par le seul fait de sa durée, pour prendre
rang, parla multiplicité et l'importance do leurs conséquences, parmi les œuvres principales de la nature. Chacune des opérations précitées a en effet pour résultat, parfois indirect, souvent imprévu, toujours assuré, do modifier en quelque chose les caractères physiques de la région où elle s^exécute. Par elles l'homme a appris, ce dont il était loin de se douter, qu'il peut avoirune action modificatrice sur les vents, sur les météores aqueux, sur la température de l'air et, de proche en proche , sur tous les éléments climatologiques ou, d'une façon générale, sur les conditions biologiques de la surface terrestre. Par l'acquisition et par l'exercice systématique de ce pouvoir, il peut exercer sur sa destinée et sur celle des êtres dont l'existence est associée à la sienne une influence à la longue tout aussi considérable que celle qu'ont eue surson passé les agents géologiques qui ont constitué le milieu dans lequel il a vécu.
Vie du globe. — Arrivé à ce point , le globe est parvenu à la plénitude de la vie. Il vit en effet, et comment, après le rappel des faits qui précèdent, pourrait-on mettre la chose en doute?
Le foyer interne qui, pour un regard superficiel, établit une différence si marquée entre la terre et les êtres supérieurs est une analogie d'ordre élevé : ta terre a une chaleur propre.
La rigidité de la substance, autre différence apparente, n'est qu'une apparence trompeuse, un fait mal observe ; la flexibilité de 1 ecorce solide , simple pellicule, comparée au diamètre du noyau qu'elle recouvre , étant une des clefs principales de l'histoire de la planète.
Comme la plupart des êtres vivants, la terre réunit en elle tous les étals physiques de la matière; des solides, des liquides et des gaz. Chez elle, comme chez tous les êtres vivants, on douve des parties diverses par la structure, par les propriétés et par les degrés de vitalité. Chez elle, comme chez eux, des fonctions spéciales sonlat trihuées à des organes, à des appareils et ù des systèmes déterminés; les volcans et les glaciers, les végétaux dans leur ensemble et les animaux dans leur totalité en sont des exemples. Enfin, pour la terre, comme pour tout être vivant, l'état sous lequel elle se présente à un moment donné n'est que le résultat du conflit perpétuellement établi entre sa force propre et le milieu dans lequel elle est plongée.
La terre est le théâtre d'un nombre infini de circulations variées, dans le cours desquelles, comme dans les circuits analogues chez les végétaux et les animaux, les molécules peuvent ne point éprouver de changements ou n'éprouver que dos changement
d'état, ou subir des transformations chimiques. Les eaux, dans l'air, sous terre et dans l'eau même, sont assujélies à parcourir de nombreux circuits de ce genre. Le nuage, la pluie, le fleuve, l'océan, marquent les étapes de la circulation atmosphérique et superficielle de l'eau. Par suite de la porosité des roclies, l'eau pénètre dans !e sol jusqu'à des profondeurs où elle acquiert une température qui lui permet de dissoudre des matières variées ; ainsi modifiée et chargée des produits de estte extraction, elle remonte à la surface par les canaux que forment les fissures du sol, et réapparaît au grand jour sous forme de jets de vapeur ou de sources thermales ; c'est la circulation souterraine de l'eau qui peut-èlre rend compte du phénomène des volcans. Enfin, dans l'eau même, l'eau décrit des circuits nombreux qui ne sont autres que ces grands courants réguliers dont nous avons parlé dans la première partie de ce travail.
Pareils systèmes sout constitués dans l'atmosphère au profit des gaz, par le mécanisme des vents généraux. Et quant aux exemples de circulations accompagnés de changements chimiques, il suffit de citer celles que déterminent les êtres vivants. Pour leurs effets , les transformations ducarboneen donnent un des plus remarquables exemples qu'on puisse citer.
Chez la terre, comme chez les animaux , chaque fois qu'une cause quelconque produit son effet, on peut être certain qu'il existe à coté une cause antagoniste développant l'effet inverse; et c'est ainsi que le globe, tout en suivant les phases de son développement, tend, comme un être organise, à conserver son état primitif d'équilibre.
Le double fait de la destruction et de la production des montagnes fera bien comprendre celte statique du globe. Plusieurs causes contribuent à la destruction des montagnes : c'est d'abord la pluie, qui creuse et élargit sans cosse les vallées, et qui peut même déterminer des éboulements de quartiers de montagne comme celui du Uossberg, qui en 180(1 ensevelit sous ses débris le village de Goldau; la pluie constitue, à vraiment parler, le plus puissant agent géologique de ia surface; — ce sont encore les glaciers, qui empruntent aux pics élevés les matériaux de leurs moraines; — ce sont aussi les torrents de montagne, dont le volume et la vitesse rendent l'énergie démolissante si considérable; — c'est la mer enfin, qui corrode avec tant d'énergie les falaises du littoral. Ces divers agents concourent, avec l'accumulation des sédiments dans les fonds, à conduire progressivement la surface du globe vers un nivellement général. Mais à coté de ces actions
concordai) les il en est d'autres, inverses, c'csl-àdirc dont l'effet est de déterminer des inégalités de l'écor ce terrestre. Les failles dont celle-ci estliacliée, et (juï limitent si nettement les chaînes de montagnes, montrent, par les rejets qu'elles présentent si souvent, comment les couches du sol ont été dérangées de leurs situations originelles; et les mouvements lents de soulèvement et d'affaissement , si manifestes par exemple au Chili et en Scandinavie, nous apprennent comment des continents tout entiers peuvent s'élever au-dessus des mers , an fond desquelles leurs couches se sont successivement déposées. Grâce à ces deux, ordres d'actions antagonistes, l'état d'équilibre du globe se maintient d'une manière plus ou moins invariable.
Par cela même que la forme planétaire constitue l'état adulte des astres, la réalisation de cette forme est nécessairement suivie de phases dont ce qui se passe chez les êtres vivants fait pressentir le caractère : ce sont des phases de déclin, rattachées par des intermédiaires insensibles à la période d'apogée.
Le refroidissement continuant toujours, la croûte épaissit do la circonférence vers ie centre, et eH
même tomps un fait qui s'était produit dès le début, mais qui n'avait eu jusqu'alors que des conséquences négligeables, devient considérable : ce fait, c'est l'absorption des eaux et de l'atmosphère.
Absorption tics eaux. — Les eaux, pénètrent de proche en proche dans l'épaisseur des roches. Il est de connaissance vulgaire que les pierres qu'on extrait des carrières et des mines sont saturées d'humidité. Exposées à l'air, elles se dessèchent par la volatilisation do leur rau de carrière, c'est l'expression usitée. Il résulte de là que la formation des terrains stratifiés, qui sur certains points ont des épaisseurs si considérables, a fixé des quantités énormes d'eau, qui auparavant étaient liquides et faisaient partie de l'océan. Ce que l'on soit moins généralement, c'est que les mûmes tervains qui supportent les couches de sédiment et constituent à proprement parler l'assise du globe, absorbent aussi beaucoup d'eau. Dans un travail spécial 1 Duroclier a déterminé la proportion centésimale d'eau que renferment normalement les éléments des roches cristallines, et il a trouvé pour la moyenne le nombre 0,0127.
Or, l'épaisseur de l'assise cristalline allant cons-
1 Hultct.ntlc la Soeiiti g Jologlftu Je Frimer, 2< série, I. X, p. 4ït.
Uimmcnt en augmentant, par suite dos progrès du refroidissement intérieur, et, d'un autre côté, de nouvelles couches sédimentaircs s 'ajoutant sans cesse aux précédentes, la quantité d'eau que la croûte peut absorber s'accroît elle-même à chaque instant. L'eau de ta surface ainsi aspirée imprègne donc une épaisseur de plus en plus grande de matériaux solides, et l'océan actuel , si considérable que soit son volume, n'est évidemment qu'un résidu de la mer, bien plus considérable, des époques primitives.
Ceci peut être vériûé, en quelque manière, car beaucoup de faits s'accordent à montrer que l'océan îles anciennes périodes couvrait bien plus de surface que celui d'aujourd'hui. C'est à peine si pendant le dépôt des terrains siluriens, et à plus forte raison pendant celui des couches antérieures , on reconnaît quelques points du globe non recouverts par les eaux marines. Depuis lors la surface des parties émergées a acquis une étendue progressivement croissante.
Absorption île F atmosphère . — On peut répéter pour l'air ce qui vient d'être dit pour l'eau : notre atmosphère et notre océan sont simultanément bus par la partie solide de notre globî, et l'on peut assurer que plus la terre vieillira plus l'océan restreindra
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ses limites, plus l'atmosphère diminuera d'épaisseur.
Un coup U'œil jeté sur les planètes qui gravitent avec nous autour <iu soleil fera ressortir la justesse de celte prédiction.
Alisor/iliiDi de l'océan et de l'atmosphère dans les planètes. — Relativement à l'époque do leur séparation , les planètes sont d'autant plus âgées qu'elles sont plus distantes dn soleil. lït si en même temps elles sont de volume et de constitution comparables, leur âge réel croit régulièrement avec leur dislance. C'est ce qui a lieu très-nettement pour les quatre planètes dîtes intérieures, savoir Mercure, Vénus, la terre et .Murs.
gtilières de leurs densités, et qui sont dues au degré inégal de leur développement, on reconnaît aisément que, ramonés aux. mêmes conditions et, par exemple, au refroidissement total, ces astres pèseraient d'autant plus qu'ils sont plus voisins du soleil. Déjà Mercure, qui est la plus jeune des planètes que nous puissions observer, est en mémo temps lu plus dense ; et la terre et Murs vont , sous ce rapport , en décroissant régulièrement. Quant à VénuS, sa densité, plus faible que celle de notre globe, montre qu'elle est moins refroidie que lui, ce qui
ÉVOLUTION SIDÉRALE. iai
lient, avant tout, à sa position plus centrale et peutêtre aussi à sa constitution chimique.
Le même fait d'une évolution progressive ressort nettement de la comparaison des atmos pli ères de ces quatre planctes. Mercure est enveloppé d'une couche aériforme épaisse et très-dense, qui reproduit sans lîoule dans ses traits essentiels celle qui entourait la terre primitive; l'atmosphère de Vénus, déjà considérablement épurée, est encore très-élevée, comme le prouve l'intensité du crépuscule qu'elle produit; et notre enveloppe aérienne, transparente et pure, sert de transition entre Ja précédente et colle qui entoure Mars d'une couche relativement très-mince.
On retrouve la même série, quant à la grandeur de la mer dans ces divers astres, au moins dans ceux, où la mer peut être ohservée. Ainsi , comme on l'a déjà dît, tandis que sur la terre l'eau couvre les trois quarts de la surface du globe, sur Mars, qui est liien plus flgé, elle n'en baigne que la moitié.
I.a hauietircomparécdes montagnes donnerait sans ilonte un résultat concordant si elle avait pu être l'objet de mesures suffisamment précises. Sur Mercure, où l'observation est très-difficile , on n'a étudié (et encore indirectement) qu'une seule montagne qui atteint 20,000 mètres; et rien ne donne à croire qu'il n'y en ail pas de beaucoup plus hautes.
Sur Vénus, qui a été beaucoup mieux observée, on a évalué à 44,000 mètres l'élévation des plus grands pics. Sur la lerre les montagnes les plus hautes n'ont pas i),000 mètres; Mars continue sans doute cette marche décroissante.
Mais, après ce dernier, la série est brusquement interrompue. Sans parler des astéroïdes, sur lesquels nous reviendrons plus loin, on trouve que Mars et Jupiter diffèrent profondément l'un de l'autre.
C'est ici le lieu de rappeler, en y insistant, la distinction faite, en terminant notre première partie, entre les trois groupes de planètes qu'il convient de distinguer. On a vu comment chacun de ces groupes correspond jusqu'à un certain point à l'une des trois enveloppes, gazeuse, liquide et solide du globe terrestre; a le soleil, représentant disions nous, le noyau encore à l'état de fluidité ignée que renferme notre planète , Neptune et L*ranus répondent à l'atmosphère, Saturne et Jupiter à la masse liquide, et le reste aux roelios solides. » Nous pouvons chercher comment on doit expliquer cette constitution remarquable du système solaire, et les observations spcctracles dont le soleil a été récemment l'objet viennent vivement éclairer la question .
ËVOLLTIOS S1DÈBALE,
Cannes des différences réciproques des planètes. — En effet, dans le soleil les vapeurs, malgré la diffusion dont elles sont le siège, et qu'on ne saurait nier, sont rangées, au moins dans la partie visible, suivant un ordre conforme à celui de leurs densités. Les plus légères forment les couches les plus extérieures, et dunsle fond destaelieson trouve des gaz relativement très-lourds. Le mémo fait s 1 est nécessairement produit dans la grosse nébuleuse originelle dont le soleil actuel représente le résidu. De façon que, maigre l'unité qui les relie , les diverses planètes sont formées de matériaux différents provenant de couches diverses de la nébuleuse.
Considérées à ce point de vue, les planètes supérieures correspondent, dans la série astrale, aux êtres atteints d'arrêt de développement dans la série organique. Formées d'éléments qui, par leur nature même, sont ineapablcsdc recevoir, parle fait du refroidissement, les caractères que nous offrent les matériaux del'écorce solide du globe , elles ne peuvent traverser que les premières phases de l'évolution sidérale, et s'arrêtent à un terme qui correspond, si on nous permet l'expression , à l'état embryonnaire des globes plus complets.
Avenir du globe terrestre. — - Toutes choses égales d'ailleurs, les satellites, étant plus petits que les
planifies autour desquelles ils gravitent, on doit les considérer comme plus âgés que celles-ci. Ainsi, la lune est plus âgée que la terre et représente l'état auquel cette dernière parviendra plus tard. Ce qui caractérise la lune, c'est, comme on sait, l'absence d'eau et d'air. On doit se demander si le pliénomène, décrit plus haut : savoir, l'absorption de la mer et de l'atmosphère par les masses profondes, n'amènera pas, en se continuant, la dessiccation complète de l'astre sur lequel nous vivons.
Évidemment, l'épaisseur de la croûte terrestre consolidée est bien peu de chose par rapport au rayon du globe. Nous en avons la preuve dans l'activité volcanique de toutes les régions et dans les mouvements généraux qui agitent d'une manière ininterrompue l'enveloppe encore flexible qui nous supporte. Par le fait seul de son épaississement , la masse solide absorbera donc encore beaucoup d'eau.
Un calcul bien simple, effectué par M. Ssomann ', nous conduit à cette conséquence irréfutable qu'en partant des données acquises, l'eau de la mer tout entière ne suflirait pas, à beaucoup prés, n l'hydratation moyenne des masses profondes en
i Bulletin ik la Soâiti gcvloghpe de F'-ice, î'iôrie, l. XVJII, f, Ï3Ï.
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voie de solidification. L'océan en effet, d'après l'estimation du géologue qu'on vient île nommer, représente ta 21,000"" partie du poids du globe, ce qui, réduit en centièmes, donne le chiffre 0,00i2 pour la proportion d'eau contenue dans le globe tout entier. Or, on vient de voir que la moyenne fournie pour les roebes est de 0,0127, c'est-à-dire trois fois plus grande; l'océan serait donc totalement absorbé bien avant que le refroidissement ait gagné le centre.
On se représente itisémrat les phases de cet inévitable dessèchement : l'appauvrissement successif de la vie animale et végétale et notre constitution climatérique remplacée par de subites alternatives de chaud et de froid que des nuages et des pluies, de plus en plus rares, atténuent de moins en moins.
.Mais ce n'est pas tout. Sons la double influence de l'appel vers le centre, dû an refroidissement, et de la pression atmosphérique, les régions superficielles se dessèchent an profit des masses profondes; dans le vide ainsi produit l'air pénètre peu à peu, et l'astre, depuis longtemps impropre à la vie, devient désormais le domaine du silence. Enfin, après avoir vu s'éteindre les êtres animés qu'il portait et disparaître les eaux qui le baignaient, il perd
IBfi GÉOLOGIE COItPAHÉE.
jusqu'à son ciel : une profondeur noire l'environne de toutes parts.
C'est un astre mort, un cadavre.
État actuel île la lune. — Notre satellite, la lune, présente maintenant ees conditions : son atmosphère, presque complètement, sinon coniplélement absorbée, stagne dans les vallées les plus basses; depuis longtemps l'eau liquide n'existe plus à sa surface.
Cependant, la lune n'a pas perdu encore la totalité de sa chaleur originaire ; et c'est à cette occasion que, sans en chercher ici la cause, on peut citer les faits signalés par M. Birt ' , d'après qui la lune offre certains points dont la teinte varie un peu suivant les circonstances.
On voit donc que la lune, quoique évidemment plus âgée que les autres globes, n'est pas arrivée elle-même à la dernière des phases que traversent les astres. Comme il n'existe, à notre connaissance, aucun globe plus avancé qu'elle en refroidissement, il est naturel île se demander si, à un moment donné (le leur histoire, les astres ne changent pas de forme : les météorites, si différentes par leur nature fragmentaire de tous les corps cé-
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EVOLUTION SI D ÊnALK. 187
lestes dont nous venons de parler cl analogues par ce caractère aux astéroïdes, nous fourniront plus loin, en même temps que ceux-ci, l'occasion d'examiner cette question.