‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 144 sur 390 · DES COMETES · texte numérisé non relu

DES COMETES

nait tous les six ans. Mais en 1846, quand celle se montra, s'était dédoublée et avait pris la forme de deux astres voisies, cheminant dans l’espace avec des vitesses différentes. Quand, six ans aprés, en 1852, la comète reparut, ses deux noyaux étaient à une distance de plus de deux millions de kilomètres l’un de l’autre. Ils ont encore été aperçus au mois de janvier 1866, mais ce fut la dernière fois, et, depuis lors, on n'a plus revu la comète de Biéla. Elle devait reparaïître en 1877; on n'en a aperçu que des fragments innombrables sous la forme

d'une multitude d'étoiles filantes provenant de la désagrégation de son noyau. (Voir la figure de la page 156. 136. La constitution des comètes. — Quelle est donc la

constitution de ces astres singuliers ?

formés et de quels matériaux?

Tout d'abord, un premier résultat de l'observation, c'est que leur masse, malgré l'énormité de leurs dimensions, est extrémement faible.

Ainsi, quand une comète vient à passer dans le voisinage d'une planète, le mouvement de celle-ci ne subit, de ce fait, aucune perturbation, non plus que celui de ses satellites, ce qui ne peut s'expliquer que dans le cas où la masse de Ja comète est négligeable par rapport à celle de la planète.

Quand, en 1770, la comète de Lexell s'est rapprochée de la Terre à moins de deux millions de kilomètres, Laplace avait calculé que si sa masse eùt été seulement la cinq-millième partie de celle du globe terrestre, la perturbation qui en serait résultée eût été suffisante pour faire varier de {rois secondes la durée de l'année; aucune variation de ce genre n'a été observée, alors que les astronomes pourraient en observer de cent fois plus faibles.

En se basant sur des mesures photométriques, l’astronome Orloff a déterminé récemment la masse du noyau de la comète Ts 2x 10° de celle de la Terre. Cette masse est donc inférieure à trente millions de tonnes, c’est-à-dire qu'elle est négligeable vis-à-vis de celle du globe terrestre, qui est, comme on le sait, de 6,10xX10°! tonnes.

Une comète de moyenne grandeur doit, d'après les calculs de Roche, avoir une masse fotale égale à celle d'une sphère d'acier de 160 kilometres de diamètre, soit la 300 000° partie environ de celle de la Terre. La densité movenne, dans ces conditions, serait inférieure à la 9000€ partie de celle de l'air atmosphérique.

L'analyse spectrale nous a donné quelques indications précieuses relativement à la constitution des comètes.

Le spectre de la lumière provenant des comètes a l'apparence d'un spectre continu au milieu duquel se voient quelques raies brillantes. La partie continue du spectre provient évidemment de la lumière solaire réfléchie et dilusée par la comète; et cela prouve que la masse qui constitue la comète n'est pas entièrement gazeuse, mais qu'elle contient des parcelles condensées à l'état solide, sans quoi la lumière la traverserait sans ètre diffusée.

Les raies brillantes nous manifestent la présence de gaz auxquels elles correspondent, et ces gaz sont : le cyanogène, les carbures d'hydrogène et l’oxyde de carbone. L'atmosphère cométaire contient donc du carbone, de l'azote, de l'hydrogène et de l'oxygène qui sont les éléments constitutifs de ces gaz composés.On a mème cru constater la présence du sodium dans le spectre de la grande comète qui fut observéeen 1851.

D'ailleurs, en chauffant dans un tube de Crookes traversé par la décharge électrique un fragment de météorite, ou de « pierre tombée du ciel »,ona pu étudier spectroscopiquement la nature des gaz que dégageait cette opération, et on a constaté que c'étaient les mèmes que ceux que l'analyse spectrale décelait

Comment sont-ils

de Halley; il a trouvé que cette masse est voisine de

dans les comètes.

Il est donc légitime de penser que le noyau des comètes est composé de parcelles solides, analogues aux météorites. Ce noyau renferme des éléments de toutes les grosseurs, depuis celle d’un grain de poussière jusqu'à des morceaux pesant plusieurs tonnes : ces éléments se comportant à la façon des petites planètes décrivant leur orbite ou des éléments de l'anneau de Saturne: ils parcourent de compagnie l'orbite de la comète et leur réunion en constitue le noyau. Mais ils y sont très clairsemés, très éloignés les uns des autres, puisque l'on peut observer de petites étoiles à travers le noyau d'une

comète. C'est cette dissémination des éléments qui en rend la masse si petite.

Reste la queue.Comme nous l'avons dit en commençant, cette queue est toujours tournée du côté opposé au Soleil, comme si celui-ci « soufflait dessus ». Voici comment, d'après lesthéories nouvelles de la physique moderne, on peut expliquer cette particularité.

Nous avons vu, en étudiant la constitution physique du Soleil, que cet astre émettait des « poussières cosmiques », produites par ses éruptions: ces poussières, chassées loin de lui par la pression de radiation, peuvent s'agglomérer en grains plus ou moins gros et constituer même des « météorites » d'importance plus considérable. Ces météorites forment le noyau des comètes.

Mais, quand ces météorites sont « captées » dans la masse cométaire, au moment où la comète se rapproche du Soleil, la

MOUVEMENT d'une comète et POSITIONS successives de la QUEUE toujours OPPOSÉE au Soleil

chaleur dégagée par l'astre central expulse de la partie solide les gaz qui y sont inclus, et qui se détendent brusquement dans le vide qui les environne.

D'autre part, le Soleil émet en permanence des «électrons » ou atomes d'électricité négative, qui deviennent des centres de condensation de la matière dans laquelle ils cheminent.

Ainsi se forme un brouillard, fait de minuscules gouttelettes, dont chacune subit, de la part de la lumière solaire, l'eflet « de la pression de radiation », qui a pour ellet de tourner leur ensemble dans la direction précisément opposée à celle du Soleil, comme si celui-ci, par un souffle puissant, les chassait dans la direction opposée à la sienne.

137. Les orbites des comètes et leur origine Nous avons dit que la forme des orbites cométaires, leur très srande ellipticité, l'inclinaison de leurs plans sur celui del écliptique, les différenciaient absolument des orbites planétaires de notre système. Cependant, malgré la variété de forme de ces orbites, celles-ci ont un point de contact commun; elles sont toutes déterminées par l'immuable loide Newton, ou de la Gravitation universelle.

De même que tous les autres astres, une comète est un corps « attiré » par une masse prédominante., Seulement, dans le cas de l'attraction ordinaire, deux cas bien diflérents peuvent se présenter. Ou bien le corps considéré, au moment où il entre dans le champ de l'attraction solaire, possède une vitesse dirigée vers le centre de cet astre, ou bien il possède une vitesse qui lui imprime un mouvement en vertu duquel il irait passer à côté du Soleil sans le rencontrer.

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