‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 206 sur 390 · PESANTEUR · texte numérisé non relu

PESANTEUR

Ce que doit être un LEVER DE SOLEIL sur la LUNE. L'absence d'atmosphère à la surface de notre satellite permet à la COURONNE et aux PROTUBERANCES

d'être visibles dans tout leur éclat sur le fond noir du C La TERRE

à son DERNIER QUARTIER, envoie sur le sol lunaire un reflet qui le fait paraître plus éclaire

que la voûte sombre du firmament

IL y a la question de la température : notre projectile-véhicule va se trouver exposé au froid de l’espace intersidéral, dont la température est voisine du zéro absolu, c'est-à-dire de 273 degrés au-dessous du zéro usuel de nos thermomètres.

Les ve où l’on conserve l'air liquide, les bouteilles à dou bles parois entre lesquelles le vide est fait, comme les bouteilles « Thermos », « Majic » et autres, montrent qu'il peut exister des protections efficaces contre le refroidissement. M. Esnault- Pelterie pense que l’on pourrait constituer le véhicule de telle sorte qu'une moitié de sa surface extérieure fût en métal poli et isolé calorifiquement de l’intérieur, l'autre moitié étant, par exemple, couverte de cuivre oxydé formant une surlace noire absorbante. Si la face polie était tournée du coté du Soleil, la température s'abaisserait, tandis qu'elle s'élèverait au contraire si l’on orientait la face noircie dans la direction des rayons solaires.

Toutes les difficultés qui viennent d’être envi es ne sem blent donc pas devoir constituer des impossibilités de principe: mais il va s'en présenter une nouvelle qui, bien qu'otirant une solution « mécanique », n'en pas moins compliquer le problème.

En effet, nous avons supposé que nous appliquions au mo

bile, à l'instant du départ, une accélération égale au 11/10 de i jusqu à une distance de 5 780 kilomètres de la surface terrestre.

Pendant toute cette partie du parcours, les voyageurs auront

celle de la pesanteur, etc

» divièmes de leur poids: on

donc la sensation de peser les or peut espérer que, pour être un peu gènante, cette sensation ne causerait pas de trouble grave à l'organisme humain. Mais ce qui est plus inquiétant, c’est ce qui adviendra à partir de l'instant où la propulsion viendra à ètre supprimée.

A ce moment, les voyageurs cesseraient brusquement de « peser » et ils auraient la sensation de tomber dans le vide avec tout l'appareil qui les contient.

Il est fort possible que l'organisme humain ne puisse pas résister à de pareilles conditions ambiantes, et, pour y parer, il faudrait suppléer à l'absence de la force de la gravitation par la création d'une accélération artificielle constante, produite par le moteur. Si cette accélération est réglée de façon à otre égale à celle de la pesanteur, les voyageurs auront constamment la sensation de peser leur poids normal, qu'ils soient ou qu'ils ne soient pas dans la zone d'attraction d'un ast

Mais alors ce procédé comporterait une énorme ditticulté sous le rapport de la quantité d'énergie nécessaire et reporter

lt

VÉATICUTE ANRORCENCENIRTIAUICEE

re bien plus loin les condi réalisation, difficiles

nous

dé}é bien pourtant, que avons étudiées tout à l'heure.

Si l’on applique le calcul à ce cas, on trouve que le véhicule devrait être retourné à une distance de la Terre égale à 29,5 rayons terrestres et que, à ce moment, la vitesse atteindrait 61700 mètres par seconde. Puis le véhicule retourné serait freiné avec une force égale à son poids terrestre.

Dans ces conditions, le temps employé pour atteindre la Lune ne serait plus que de 3 heures 5 minutes; mais letravail à fournir atteindrait 67200000 calories par kilogramme de combustible, c'est-à-dire 131 fois plus que dans le premier cas. La dynamite serait un « accumulateur » d'énergie encore 47300 fois trop peu puissant; mais le radium le serait encore 433 fois trop. Quant à la puissance nécessaire, elle serait de 4760000 chevauxvapeur ! =

Simaintenant nous voulions supposer ce système à propulsion constante appliqué à un voyage aux planètes les plus rapprochées de nous, et nous rendre compte des durées de ces voyages, nous trouverions que les vitesses maxima qui seraient atteintes seraient respectivement :

PourAVénuS ee Ce 643 kilometres par seconde.

BOUTIMArS CE TE LES 883 — —

ct les temps employés pour faire les voyages seraient :

BOUT ENUS EE ee ee rte 35 heures 4 minutes.

BOUT MATS 2 me 49 — 49 —

Tous les chiffres que nous avons donnés ici sont extraits du remarquable mémoire publié, en 1912, par M. Esnault-Pelterie, dans les comptes rendus des séances de la Société Française de Physique et dans le Journal de Physique.

Les vitesses maxima que nous venons de considérer sont évidemment énormes. Toutefois, certains corps célestes sont animés de vitesses du même ordre, et même, pour certains d'entre eux, supérieures.

En tout cas, seules les énergies que nous semblent contenir les atomes de corps à désagrégation spontanée, comme le radium ou les corps analogues que l’on pourra découvrir, peuvent nous fournir les conditions de puissance et de travail suffisantes pour le but que nous voulions atteindre.

Si donc nous supposions maintenant que nous ayons à notre disposition, dans notre véhicule de 1 000 kilogrammes, 400 kilogrammes de radium, ef que nous sachions en extraire, à notre volonté, l'énergie dans le temps qu'il nous convient, nous verrions que ces 400 kilogrammes de radium, largement suffisants pour le trajet de la Terre à Vénus et retour, le seraient à peine pour le trajet Terre-Mars et retour; de telle sorte qu’un réservoir d'énergie aussi formidable permettrait tout au plus à l'homme de visiter ses voisines immédiates.

Telles sont les conclusions, théoriques on le voit, mais puissamment intéressantes, auxquelles a été conduit M. Esnault- Pelterie en étudiant les conséquences de l’allégement indéfini des moteurs.

Les conclusions du mémoire de M. Esnault-Pelterie devaient, naturellement, tenter l'imagination des littérateurs : cela n’a

Ce que doit être.une belle journée sur VÉNUS dans le brouillard qui entoure la planète de ses perpétuelles vapeurs.

pas manqué. Nous avons rappelé précédemment le roman de Jules Verne, De la Terre à la Lune,basé sur des calculs mathématiques qui avaient été fournis au célèbre écrivain par un des maitres de l'Analyse.

Deux romanciers, MM. Miral et Viger, ont publié un roman tout à fait curieux, l’Anneau de Lumière, où l'action se passe au cours d’un voyage à Mars et à Saturne.

Ils supposent que le héros de l'aventure, un très savant ingénieur, a découvert un corps radio-actif 10 000 fois plus énergique que le radium, et qu'il a également trouvé le moyen d'en extraire, à volonté, l'énergie qui s’y trouve accumulée.

Les voyageurs partent donc dans une « fusée », font une escale sur Mars, où ils trouvent une civilisation bien plus avancée que la nôtre, et arrivent enfin sur Saturne, où ils se trouvent sur un monde en formation, où tous les âges géologiques coexistent, et où, faute de chaleur qu'on ne peut attendre du Soleil trop lointain, la vie n’est assurée que par la chaleur interne de la planète.

A côté de cette étude, — je n'ose pas dire de ce «projet», encore qu'elle soit faite si minutieusement dans les moindres détails, — il convient de citer un autre moyen de lancer dans l'Espace un véhicule-projectile, sans se servir du départ brusque et mortel d’un coup de canon, mais en communiquant graduellement au projectile la vitesse critique nécessaire pour qu'il puisse échapper à l'attraction terrestre.

Ce moyen, dû à la collaboration de MM. Drouet et André Mas, consiste à fixer le véhicule à la circonférence d'une immense roue dont la vitesse de rotation, très lente au départ, irait en s’accélérant de plus en plus jusqu’à ce qu'elle soit suffisante pour que le projectile, abandonné et délivré de ses attaches au moment voulu, s'échappe « par la tangente » comme la pierre s'échappe de la fronde dont on lâche une des lanières.

Les auteurs ont pris comme type la « grande roue » de Paris, mais qui devrait être d'une construction beaucoup plus solide, afin de pouvoir résister à l'effort mécanique que lui imprimerait la vitesse indispensable de 40 tours par seconde! Avyecses 100 mètres de diamètre, elle imprimerait, en tournant ainsi à 40 tours par seconde, à un projectile fixé à sa circonférence et qui serait « lâché » à un moment donné, une vitesse tangentielle supérieure à 12 kilomètres à la seconde, vitesse qui, comme nous l'avons vu, doit suffire à échapper à l'attraction terrestre.

La chose, évidemment difficile à réaliser, n'a rien de théoriquement impraticable ; mais le procédé ne donne pas, comme celui d’'Esnault-Pelterie, le moyen de parer à l'absence de pesanteur à laquelle seraient soumis les voyageurs de l'Espace. Il ne donne pas, non plus, le moyen de se diriger dans l'Espace. De plus, au moment de l'atterrissage sur l'astre visé, il faudrait nécessairement avoir recours au freinage par des fusées, ce qui rentre un peu dans le projet précédent. Enfin, il n'y a pas de moyen de retour, prévu ou même possible!

Quoi qu'il en soit, il était intéressant de mentionner cette étude qui montre une possibilité théorique de plus, pour l’homme, d'échapper à cette attraction terrestre qui le maintient si rigoureusement appliqué contre le sol de cette petite planète, sur laquelle s'écoulent les heures si brèves, et, cependant, si agitées de nos éphémères et fragiles existences.

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