LES TÉLESCOPES
Le grand TÉLESCOPE de l'observatoire de Victoria (Canada). Diamètre du miroir : 1,82. On distingue dans le bas de la figure, au-dessus du personnage debout, le spectrographe fixé à l'instrument.
concave en arrière d’un verre convexe, on apercevait le coq du clocher de la cathédrale beaucoup mieux qu'à l'œil nu. Ils communiquèrent leur étonnement à leur père, qui répéta l'expérience en la variant : la « lunette » était inventée. L'invention est d’ailleurs revendiquée par deux autres Hollandais : Zacharias Janssen et Jacques Metzu. Ce qui est certain, c’est que Galilée l’inventa de son côté à Padoue, en 1609; mais, entre les mains d’un tel observateur, la lunette donna bien vite des résultats étonnants qui eurent pour principale conséquence de confirmer solidement, comme nous l'avons vu, le système de Copernic.
Cette « lunette de Galilée », avec son oculaire concave, avait l'inconvénient d'avoir un champ très limité ; cet inconvénient est supprimé dans les lunettes à oculaire convergent, lequel permet en outre d'y placer un réficule en fils fins et de fixer ainsi exactement la direction de l'axe d'optique de la lunette.
Pour augmenter le grossissement des lunettes, on fit des objectifs d’une distance focale énorme; Huyghens en construisit un qui avait 70 mètres de foyer; inutile de dire avec quelle peine on parvenait, à grands renforts de mâts et de cordages, à manier des lunettes ayant de pareilles longueurs!
Mais, en 1616, le P. Zacchi réalisa un progrès important, et construisit le premier « télescope », en remplaçant la lentille objective par un miroir concave. Gregory, en 1665; Newton et Cassegrain, en 1672, construisirent les télescopes qui portent leur nom : l'emploi de miroirs permettait, à égalité de clarté, de réduire la longueur d'un télescope à moins du tiers de celle de la lunette équivalente.
Cependant des opticiens, Dollond en particulier, perfectionnèrent les objectifs, en les composant de plusieurs verres, ce qui permit de les rendre « achromatiques »; de plus, la théorie des lentilles fut perfectionnée par Gauss; la fabrication du verre réussit à l'obtenir plus homogène. Aussi les lunettes sontelles revenues en honneur, avec des dimensions de plus en plus grandes.
Alors qu'au commencement du xix* siècle le plus grand ob-
jectif était de « 4 pouces » de diamètre (108 millimètres), aujourd'hui on a des lentilles atteignant 60, SO centimètres, même dépassant 1 mètre de diamètre, comme l'objectif de la grande lunette de l'observatoire de Yerkes, dontle diamètre est de 1,03. Quant aux miroirs, grâce aux méthodes pour travailler les surfaces optiques inaugurées par Léon Foucault, on arrive aujourd'hui à les faire jusqu’à des diamètres atteignant 22,50.
Ce n'est pas seulement à l'observation des astres que les lunettes ont rendu service : elles ont servi et servent toujours à la détermination précise de leurs positions et de leurs distances angulaires. Elles remplacent, sur les cercles divisés des instruments d'astronomie, les anciennes alidades, grâce au « réticule » formé de fils fins qui, placé au foyer de l'objectif, fixe avec le centre optique de celui-ci la direction exacte de l'axe optique de l'instrument. Et en munissant les lunettes d'un réticule micrométrique à fil mobile, on a un moyen merveilleux de mesurer, dans le ciel, les très petites distances angulaires. Les lunettes sont, pour ces applications, soit fixées
aux « cercles méridiens », soit adaptées à des montures « équatoriales » qui leur permettent de suivre le mouvement diurne des étoiles, de façon que l'étoile observée demeure toujours dans le champ de l'instrument.
Mais, avec les énormes dimensions des objectifs modernes, la mise en mouvement de la masse énorme constituée par les lunettes et les télescopes peut être délicate; des flexions affectent les tubes et les axes de rotation de ces énormes instruments. Aussi a-t-on pensé laisser le corps de la lunette fixe et horizontal, et a-t-on imaginé de renvoyer, à l’aide d'un miroir commandé par un mouvement d'horlogerie spécial, l’image de l’astre étudié dans le champ horizontal de la lunette immobile.
C'est ce résultat qu'atteint le sidérostat, imaginé par Léon Foucault, dans lequel l’image entière du ciel parait tourner autour de l’astre observé dont l'image amenée au centre du champ parait immobile.
Il était réservé au professeur Gabriel Lippmann, membre de l'Institut, l'illustre inventeur de la photographie interférentielle des couleurs, d'aller encore plus loin et de rendre immobile, par réflexion, l’image du ciel tout entier. A cet effet, il a eu l’idée simple de prendre un axe de rotation parallèle à l'axe du monde, d'appliquer un miroir plan contre cet axe, et de faire tourner ledit axe à l'aide d’un mouvementd'horlogerie tournant en sens inverse du mouvement diurne, mais avec une vitesse moitié moindre, c'est-à-dire ennefaisantqu'untour en 48 heures, au lieu de 24. Comme les angles sont doublés par la réflexion, il en résulte que l'image du ciel, vue dans le miroir, parait immobile et se prète dès lors admirablement à être étudiée au moyen d'une lunette fixe. Cet instrument aussi ingénieux que simple est baptisé le cæœlostat.
[resterait à parler de la construction et des progrès réalisés dans la construction des «horloges astronomiques » : nous en disons un mot au chapitre des «applications de l'Astronomie où nous étudions le problème de l'heure.
Gabriel LIPPMANN (1845-1921)
237. Les Sociétés astronomiques.— L'histoire de l'Astronomie ne serait pas complète si nous n'y parlions des institutions et des hommes qui, au cours des dernières années, ont ête les facteurs de la grande diflusion de cette science dans le public
Il faut constater avec fierté que c'est en France que cette dit fusion a commencé, sous l'inspiration de Camille Flammarion, le plus ardent apôtre de la Science du ciel.
En 1887, l'illustre astronome décida d'organiser un gro ment des personnes qui s'intéressent à la connaissance de l'1 vers, qui s'occupent théoriquement ou pratiquement d'A: