‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 280 sur 390 · Les vulgarisateurs de l’Astronomie · texte numérisé non relu

Les vulgarisateurs de l’Astronomie

— Toutefois, malgré l’effort desamateurs, malgré l'extension des Sociétés astronomiques, il fallait autre chose pour faire pénétrer dans l'esprit de la masse l'idée, l'importance de la science du ciel; il fallait agir sur la foule par NA le livre, par l'article de

+ journal ou de revue.

C'est le rôle qu'ont joué, au cours du xix° et du xx® siècle, les grands écrivains scientifiques dont nous allons maintenant parler, et qui furent, au vrai sens du mot, les « vulgarisateurs de l’Astronomie ».

Certes, ils sont nombreux, ceux qui ont, par la plume, essayé de répandre dans les masses les notions essentielles de la science astronomique; mais, faute de pouvoir les mentionner tous, nous nous bornerons à citer quelques noms qui, entre tous les autres, ont réalisé avec la plus grande perfection cet idéal, si difficile à atteindre, de rendre la science accessible à tous sans porter atteinte à son exactitude : en un mot,de réunir la clarté et la précision.

Le premier de tous, parce qu'il conciliait une science profonde avec un talent d'exposition exceptionnel, fut Arago, né en 1786 et mort en 1853. D'une organisation étonnante, Arago fut reçu à 17 ans à l'Ecole polytechnique et était, à 20 ans, membre du Bureau des longitudes. Il mesura avec Biot, au prix de mille péripéties, la méridienne de France. Rentré en France en 1809, il fut professeur à l'Ecole polytechnique, où son enseignement se fit remarquer immédiatement par une clarté sans égale: en 1829, il devient directeur de l'observatoire de Paris.

C'est alors que se révéla sa prodigieuse faculté de vulgarisation. Il écrivit son Astronomie populaire, qui restera Île type de l'ouvrage accessible à tous, et cependant d'une haute tenue scientifique. Ses notices, publiées dans | « Annuaire du Bureau des longitudes », demeureront toujours des chefsd'œuvre. Avec une prescience géniale, due précisément à la clarté de son esprit, il devinait les découvertes et pressentait les hommes. C'est lui qui, le premier, comprit l'utilité qu'aurait, pour l'Astronomie, la photographie, que Daguerre et Niepce venaient de découvrir; c'est lui qui engagea Leverrier, alors jeune astronome = sous ses ordres, à entreprendre ces ad- L

François ARAGO (1786-1853)

mirables calculs qui le conduisirent à la découverte de la planète Neptune.

Et, toujours, malgré sa clarté, son exposition conservait à la science qu'elle diflusait sa dignité et son exactitude.

En un mot, Arago fut le premier, le plus grand des « vulgarisateurs »,dans le sens le plus élevé du mot, et il montra, dans toute son œuvre, qu'il est possible de «vulgariser »sanstomberà«vulgairiser ».

Un autre grand savant, qui fut aussi un vulgarisateur remarquable, fut Léon Foucault, l'auteur du pendule du Panthéon, le mesureur de la vitesse de la lumière, le constructeur des télescopes.

Chargé de très bonne heure de la chronique scientifique au Journal des Débats, il apporta dans l'exercice de cette fonction, outre ses grandes qualités de clarté et de précision, une impartialité toujours courtoise, mais inflexible: il fut le modèle des «critiques » scientifiques.

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