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L'ESPACE

LA CRELAMIVIME

la plupart, connues et énoncées bien avant qu'Einstein en eùt fait le corps de doctrine auquel il a attaché son nom.

Au premier rang des conquêtes de la science moderne, il convient de placer tout ce qui est relatif à la construction intime de la matière, à la structure, à la disposition, au mouvement des atomes et des molécules qui la constituent, celles-ci n'étant que les groupements de ceux-là.

Par des considérations basées sur des expériences délicates, mais décisives, réalisées dans les domaines, aujourd'hui confondus, de l'Optique et de l’Electricité, les physiciens sont arrivés à concevoir chaque a/ome de matière, c'est-à-dire chacune de ces particules ultimes dont sont formés les corps, comme un véritable système planétaire. Au centre de ce système, jouant le role du Soleil, est un noyau chargé d'électricité positive, qu on appelle un ion, tandis qu autour de cet « ion circulent, avec des vitesses énormes, des particules d’une tenuite négative, et qui jouent, vis-à-vis de l'ion autour duquel ils

inimaginable : cesont les électrons, chargés d'électricité

gravitent, le rèle queles planètes jouent vis-à-vis du Soleil. Les atomes de chaque corps ont des noyaux diférents; les électrons qui tournent autour de ces noyaux sont, au contraire, tous de constitution identique :

suivant la nature du corps considéré, et c'est à ces nombres différents qu'est dû, ainsi qu'au noyau central, le caractère plomb, cuivre, or,

seulement leur nombre varie

qui ditiérencie chaque sorte de matière :

oxygène, hydrogène, mercure, etc.

Le nombre de ces ions et de ces électrons est elrayant pour l'esprit: un globule de métal de la dimension d'un plomb de chasse n° 6 doit rentermer au moins huit sextillions de parcelles distinctes. Et pourtant, même dans le corps solide le plus dur, comme le diamant, ces ions, ces électrons ne se tou-

La grande NÉBULEUSE et les RÉGIONS VIDES autour de

Photograplue prise par E.-E, Barnard à l'Observatoire Yorkes (pose, 4

Ophiucus,

Jo mn

LA VARIABILITE

chent pas : le diamètre des noyaux est de l’ordre de grandeur d'un trillionième de millimètre et l'électron qui tourne autour de lui s'en trouve toujours distant de 50 milliardièmes de millimètre, en moyenne, dans le cas de l'atome d'hydrogène.

Il y a donc analogie entre les mouvements planétaires et les mouvements intraatomiques, les deux mouvements devant être, selon toute probabilité, régis par les mêmes lois. Mais dans le cas des mouvements atomiques, les vitesses doivent atteindre des chifires invraisemblables. Tandis que dans notre système solaire, la planète la plus rapprochée de l'’astre, Mercure, fait sa révolution en SS jours, en marchant sur son orbite à la vitesse moyenne de 48 kilomètres à la seconde, dans un atome d'hydrogène, un électron, gravitant autour de l'ion central, parcourt sa trajectoire à raison de 2000 kilomètres par seconde, et, pendant ce faible temps, accomplit 620000 milliards de révolutions autour de son noyau central.

Fantaisies de savants! allez-vous dire en lisant ces chiffres; rêves de choses que l’on n'a jamais vues! Imagination de l'esprit! Eh bien! c'est le contraire.

Des calculs rigoureux, basés sur des erpériences de physique d'une merveilleuse précision et faites par des méthodes inattaquables, ont permis de dénombrer ces électrons, ces ions, ces atomes, d'en mesurer les vitesses. C'est à l’illustre physicien anglais sir William Crookes que la physique moderne est, en somme, redevable de ces étonnantes conquêtes, car c’est le « tube de Crookes »

qui est l’œuf d'où sont sortis les rayons cathodiques, les rayons X et, indirectement, l’admirable découverte de la radioactivité faite par Henri Becquerel en 1896, découverte qui a conduit Curie à celle du radium, deux ans plus tard, en 1898. Ce n’est pas ici le lieu d'exposer le détail de ces expériences dont la des cription suffirait à remplir un livre comme celui-ci, par les épisodes du plus passionnant des « romans de la science » qu'elle constitue : mais les faits existent, confirmés maintes et maintes fois, et les résultats indiscutables auxquels ils ont conduit ont aujourd'hui un caractère de probabilité qui confine de bien près à la certitude.

Mais, puisque les électrons sont animés de vitesses aussi fantastiques, ces mouvements doivent représenter une quantité tabuleuse d'énergie? C’est la vérité : 20 kilos de charbon, complètement « désagrégés » au point de vue atomique, fourniraient autant d'énergie que les 60 millions de tonnes de houille que consomme annuellement l'industrie française. Le génie prophétique du Dr G. Le Bon l'avait pressenti; dans son livre admirable sur l'Evolution de la matière, le grand penseur avait souligné l'importance de cette formidable « énergie intraatomique DA

Et, puisque ces électrons sont identiques pour tous les corps qui ne diflérent que par les modalités de

Sir William CROOKES (1832-1919).

leurs assemblages, on se trouve ramené naturellement à cette antique conception des alchimistes :

l'unité de la matiere, et, par conséquent, la possibilité de sa transmulalion.

Les étoiles chaudes ne renferment pas tous Îles corps que contient le Soleil : les atomes de ceux-ci sont donc désagrégés par la haute température stellaire, ce qui a permis à l'é-

Le D' Gustave LE BON.

RLOLET

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