‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 45 sur 390 · ÉPAISSEUR DE L'ÉCORCE TERRESTRE · texte numérisé non relu

ÉPAISSEUR DE L'ÉCORCE TERRESTRE

5 kilogrammes et 500 grammes. Voilà donc une donnée précise relativement à la densité du globe terrestre. Nous allons voir. tout de suite combien cette donnée est importante. !

En effet, le globe terrestre est constitué, d’abord! par les roches qui en forment la surface, ensuite par les matières ignées qui forment sa partie centrale. Or, la minéralogie nous apprend quelle est la densité moyenne de toutes les roches qui constituent l'écorce extérieure du globe; cette densité est 2,5 en moyenne, c'est-à-dire deux fois et demie celle de l’eau.

Par conséquent pour que la Terre, prise dans son ensemble, ait une densité égale à 5,5, il est nécessaire que les matières qui constituent le noyau central aient une densité beaucoup plus forte, afin de compenser le défaut de densité des couches superficielles. On a calculé quelle devait être la densité de ces matières, et on est arrivé à cette conclusion que cette densité est voisine du nombre 10. ;

Or, seuls les métaux ont des densités voisines de 10. Il faut donc penser que la partie centrale du globe terrestre est formée de matières métalliques; les phénomènes magnétiques dont la Terre est le siège, ainsi que la constitution des Llaves rejetées par les volcans en éruption, font voir que ce noyau métallique doit être, en grande partie, constitué par le fer.

42. Le degré géothermique et l'épaisseur de l'écorce terrestre. — Mais arrivés à cette conclusion, que le centre de la Terre doit être formé de métaux, il est tout naturel de nous demander à quel état se trouvent ces métaux. Et une expérience d'observation courante va nous donner de bien intéressantes clartés sur ce sujet. C’est un fait bien connu que, chaque fois qu'on descend dans un puits profond, on sent la température augmenter avec la profondeur; cette augmentation est, d’ailleurs, proportionnelle à la quantité dont on descend, etsa valeur moyenne est 1 degré par 33 mètres de profondeur; c'est ce qu'on appelle le degré géothermique.

Cette valeur du degré géothermique nous montre que l'augmentation de température doit être, en chiffres ronds, de 3 degrés pour 100 mètres, soit de 3000 degrés pour 100 kilomètres. Donc, si l'écorce terrestre avait 100 kilomètres d’épaisseur, les couches de matières qui la constituent seraient, à cette profondeur, soumises à une température de 3000 degrés.

Mais, à 3000 degrés, tous les corps sont, non seulement fondus, mais encore volatilisés. Cette valeur de 100 kilomètres est donc une valeur limiteet, selon toute vraisemblance, l’épaisseur de la croûte solide qui forme l'enveloppe extérieure de la Terre ne doit guère dépasser 70 kilomètres.

Au-dessous, les corps sont à l’état de fusion. C’est donc de métaux fondus que doit se trouver formé le «magma » qui constitue le noyau central de notre globe.

Mais il ne faut pas perdre de vue que, si ces métaux doivent être fondus, c’est-à-dire à l’état liquide, ils sont cependant soumis à des pressions absolument colossales, qui atteignent et dépassent, au centre de la terre, des millions d'atmosphères. Et il nous est impossible, d’après nos expériences de laboratoire, où les pressions obtenues n’ont jamais dépassé quelques milliers d’atmosphères, de nous faire une idée de ce que peuvent être des corps fondus soumis à des pressions aussi formidables que celles qui règnent au centre du globe.

Selon toute probabilité, ces matières, quoique fondues, prennent sous l'influence de ces énormes pressions une consistance « pratiquement équivalente à l’état solide », suivant l'heureuse expression du grand géologue Albert de Lapparent. Dans ces conditions, ce ne sera qu'au voisinage immédiat de l'écorce que les couches supérieures de ce noyau central, dégagées de la pression qui agit sur les couches plus voisines du centre, reprennent leur fluidité première et constituent ces matières fondues, ces « laves » que crachent les volcans en éruption.

Ainsi nous sommes arrivés, en partant de la loi de la Gravitation universelle, à déterminer la densité de la Terre et à nous faire une idée de sa constitution générale : un noyau formé de matières en fusion, recouvert d’une écorce d'environ 70 kilomètres d'épaisseur.

70 kilomètres d'épaisseur! C'est, par rapport au diamètre de la Terre, qui est de plus de 12000 kilomètres, une épaisseur proportionnellement bien moins grande que celle de la coquille d'un œuf par rapport au diamètre de celui-ci. IL n'est donc pas surprenant que cette fragile écorce soit agitée de temps en temps de secousses et de convulsions ; il est même véritablement merveilleux que-« cela tienne » sans plus d'accidents!

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