‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 78 sur 390 · CHROMOSPHÈRE ET LES · texte numérisé non relu

CHROMOSPHÈRE ET LES

PROTUBERANCES

représentations de ces grandioses phénomènes, jets de flammes immenses, formés de ces vapeurs métalliques incandescentes et dont l'élévation atteint parfois deux cent et trois cent mille kilomètres ! C'est quand les protubérances sont maxima que se produisent également les maxima del'activité solaire, et que les phénomènes terrestres dont nous avons parlé tout à l'heure : magnétisme, aurores polaires, courants telluriques, etc..…, accusent cette variation, absolument comme le détecteur d’un appareil de télégraphie sans fil accuse l’arrivée de l'onde électrique qui vient l'impressionner à travers l'espace.

Les protubérances varient énormément dans leurs formes et dans leurs dimensions : les unes sont des jets verticaux, d’autres sont incurvées, d’autres enfin voient leur partie supérieure s'étaler en nappes horizontales comme la fumée sortie d'une cheminée, après un long parcours vertical dans l'air.

Il ya toujours, en tout temps, des protubérances plus ou moins importantes sur le bord du disque solaire: mais, à certains moments d'activité poussée à son paroxysme, on observe d'immenses éruptions dont les dimensions atteignent le tiers du diamètre de l’astre. Ces éruptions comportent des vitesses gazeuses formidables et qui peuvent atteindre, d’après des mesures précises, jusqu'à cent kilomètres par seconde.

Les protubérances, manifestation de l’activité solaire, suivent, comme les taches, la loi de périodicité undécennale. Mais, à l'inverse des taches, elles ne sont pas limitées à certaines latitudes et s'observent sur tout le contour du Soleil. Elles sont, cependant, en relation avec les facules et semblent naître de celles-ci, ce qui n'est pas surprenant, les facules étant la première manifestation de la poussée interne due à l'énergie solaire.

On divise généralement les protubérances en protubérances quiescentes, sortes d'immenses nuages moins brillants, reposant directement sur la chromosphère, composés d'hydrogène, d'hélium et de calcium, et dont la hauteur atteint 150000 kilomètres, et en protubérances éruptives, immenses jets de vapeurs diverses : magnésium, fer, sodium, qui peuvent atteindre des dimensions énormes, jusqu'à 400000 kilomètres de hauteur, et dont les variations se font avec une vitesse qui dépasse plusieurs centaines de kilomètres à la seconde. Au cours de l’éclipse totale du 29 mai 1919, on a même observé une immense protubérance en forme d’arche, de 547000 kilomètres de largeur et de 319000 de hauteur, qui a été photographiée par les observateurs de l'éclipse (photographie en tête du chapitre).

71. Le spectrohéliographe.— Les flocculi et les filaments. — La méthode de Janssen et Lockver permet d'étudier la chromosphère et les protubérances en tout temps, mais elle ne permet cette étude que sur les bords du disque solaire. Il est cependant du plus grand intérêt de pouvoir étudier l'atmosphère solaire sur toute la surface de son disque, et de pouvoir faire cette étude en tout temps. C'est à quoi sont arrivés, en France, M. Henri Deslandres, membre de l'Institut, directeur de l'observatoire de Meudon, et en Amérique M. Hale, à l'observatoire de Yerkes, en imaginant les appareils merveilleux appelés spectrohéliographes.

Ces instruments se composent en principe d'un spectroscope

Aspect de protubérances solaires QUIESCENTES.

LE” SPECTROHELIOGRAPEHE 6:

ordinaire comportant la fente qui sert de point d'émission à la lumière. Mais

La Terre

un seconde fente, limitée par deux volets mobiles, peut étre placée en Coinci- @ dence avec l’image du spectre fournie par

la première fente, et on peut la régler de telle façon qu'elle isole la radiation particulière dont on veut faire l'étude.

Dans ces conditions, l'observateur voit donc l’image de la raie étudiée comme si l’objet lumineux n'émettait que la seule radiation correspondant à cette raie.

Mais si l’on fait rapidement tourner le spectroscope autour de son axe, la première fente balaie successivement toutes les parties de l’image de l’astre, et, par suite de la persistance des impressions lumineuses sur la rétine, on aperçoit ainsi une véritable image monochromatique de l'objet lumineux visé, exactement comme si celui-ci n'émettait que des radiations de l'espèce unique correspondant à celle qui est encadrée par la seconde fente.

C'est ordinairement la principale raie rouge de l'hydrogène qui sert à obtenir les épreuves spectrohéliographiques : on peut arriver, ainsi, à analyser tous les mouvements des jets éruptifs qui sont principalement constitués par de l'hydrogène porté à l’incandescence.

Mais, si l’on se bornait à cette étude, nos connaissances sur la chromosphère seraient incomplètes. Aussi utilise-t-on les raies H et K du calcium dont nous avons eu l'occasion de parler, ces raies violettes dont la lumière est facile à photographier.

A l’aide de clichés spectrohéliographiques obtenus avec la raie K, on a pu constater, au-dessus de la photosphère, l'existence de vapeurs de calcium, localisées en nuages, et le plus souvent au-dessus des facules; on désigne ces nuages sous le nom de /loccu li.

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