Aslronomie populaire, IV
observateurs soient arrivés à des résultats difTérents. L'axe de rotation de la planète serait alors presque couché sur l'orbite de la Terre ; si cet axe est tourné vers notre globe, l'ellipsoïde nous semblera circulaire; s'il est dans une direction rectangulaire avec la première, il apparaîtra sous la forme d'un disque aplati. La figure 189 explique clairement et la différence de position et celle qui en résulte pour la forme apparente du disque. D'après les observations faites en 1870, 1871 et 1872, par M. W. Buffham, ce savant serait parvenu à constater l'ellipticité du disque d'Uranus, et l'existence de taches brillantes, ainsi que d'une ligne sombre voisine du
Fig, 189. Apparences d'un globe aplali vu dans deux directions rectangulaires.
centre du disque ; du mouvement des taches, cet observateur a cru pouvoir déduire une durée de rotation de 12 heures, l'axe de la planète étant incliné de 80° sur l'orbite ; le sens du mouvement de rotation serait direct. Mais ces observations nous paraissent trop incertaines encore pour ne pas avoir besoin de confirmation.
Je viens de parler des satellites d'Uranus. Uranus est en effet le centre d'un petit monde, peuplé comme celui de Saturne, outre la planète principale, de 4 lunes ou satellites qui tournent dans des plans à peu près perpendiculaires au plan de l'orbite. Ces quatre corps dont les révolutions durent depuis 2 jours 1/2 pour le plus rapproché, jusqu'à 13 jours 1/2 environ pour le plus éloigné d'Uranus, compensent peut-être,
pendant les nuits de la planète, par la réflexion de leur lumière, la faible intensité de la himière qui éclaire ses jours. Le Soleil en efl"et n'apparaît, dans Uranus, que comme un faible disque dont l'étendue superficielle .est 370 fois moindre que celle du disque solaire vu de la Terre. La lumière et la chaleur y arrivent donc réduites dans une pareille proportion, c'est-à-dire 370 fois moindres que les nôtres.
Nous donnons ici les dimensions relatives des orbites des quatre satellites, supposées rabattues sur le plan de l'orbite de la planète centrale. J'ai dit qu'en réalité, leurs mouvements s'eff"ectuent dans une direction perpendiculaire à ce plan. Une autre particularité, unique dans le système solaire, distingue
Orhite
Fig. 190. Système des quatre satellites d'Uranus ; oi'bites projetées sur le plan de l'orbite de la planète.
encore le monde d'Uranus : le sens des mouvements des satellites y est rétrograde, c'est-à-dire inverse de celui de tous les mouvements connus des satellites et des planètes. Cette anomalie tient peut-être à la même cause que la très-grande inclinaison des orbites. Voici les noms, les distances au centre d'Uranus et les durées des révolutions de ces quatre corps célestes' :
Distances en Distances Durées
rayons d'Uranus. en kilomètres. des révolutions.
Ariel 7.44 197 000 2J la"" 28"
Umbriel 10.37 275 000 4 3 27
Tilania 17.01 450 000 8 16 52
Oberon 22.75 600 000 13 11 6
1. On a cru quelque temps à l'existence de huit satellites d'Uranus; deux ayant été découverts par W. Herschel auraient décrit des orbites beaucoup plus étendues que les quatre satellites dont nous venons de parler. Les deux autres auraient été compris entre le second et le troisième, et entre celui-ci
Des variations dans l'intensité lumineuse de ces corps, si difficiles à observer à cette énorme distance, ont fait croire à d€s mouvements de rotation que l'analogie d'ailleurs porte facilement à admettne, mais qui sont jusqu'ici purement hypothétiques. On ne sait rien de plus positif sur leurs passages dans l'ombre projetée par Uranus, sur leurs éclipses et sur celles du Soleil qui doivent résulter de leurs passages devant le disque de ce dernier corps. On peut présumer cependant qu'il y a dans ces phénomènes, comme dans les phases des satellites, leur présence simultanée ou leur absence au milieu du ciel des nuits d'Uranus, une grande variété d'apparences pour la planète centrale du système : c'est comme une répétition du monde de Jupiter.
Quant à la constitution physique d'Uranus, les observations restent à peu près muettes jusqu'à présent. Aucune particularité du disque n'est visible à une telle distance ; cependant M. Lassell, en 1862, a distingué une ligne sombre qui paraît avoir été revue dix ans plus tard, par M. W. Buffham, avec quelques autres taches brillantes et mobiles, ainsi qu'on l'a vu plus haiit. Les calculs astronomiques nous renseignent seulement sur la masse, qui est quinze fois celle de la Terre, de sorte qu'en tenant compte du volume, on ne trouve pour la densité de la matière qui compose le globe d'Uranus que le sixième environ de celle de la Terre : c'est un peu plus de la densité de la glace.
La lumière d'Uranus est généralement d'un bleu pâle, d'après le cap. W. Noble, qui résume ainsi les souvenirs de
et le quatrième. Mais on n'a revu positivement ni les uns ni les autres. Les quatre satellites aujourd'hui reconnus ont été baptisés des noms à'Ariel, Umbriel, Titania et Oberon. M. Lassell, qui a étudié avec une grande attention la planète Uranus et qui en a exploré les alentours avec un télescope d'une grande puissance et dans les meilleures conditions atmosphériques, regarde les quatre satellites ainsi nommés comme étant les seuls dont l'existence soit Lien prouvée. J. Herschel, dans la 6'^ édition de ses Outlines of astronomy , adopte cette opinion, qui paraît fort vraisemblable.
ses impressions visuelles, pour 18 années d'observations faites à des intervalles inégaux. Cependant, cet observateur a cru remarquer, en mars 1875, une altération dans la couleur de la planète, couleur devenue plus brillante, plus blancbo et même légèrement jaunâtre, tellement tout vestige de la nuance bleue avait disparu. M. Vogel a fait l'analyse de cette lumière, trop faible pour qu'on y distingue les raies de Frauuhofer. Le spectre d'Uranus lui a présenté plusieurs bandes sombres. « Il est hors de doute que ces bandes, dit-il, résultent de l'absorption des rayons solaires dans une atmosphère enveloppant cette planète..., une des bandes coïncide exactement avec une bande des spectres de Jupiter et de Saturne. » Ces indices, bien faibles encore, marquent toutefois entre les trois planètes une certaine analogie de constitution. A la surface d'Uranus, la pesanteur agit avec une intensité légèrement plus forte (d'un 20""^) qu'à la surface de la Terre, de sorte que les conditions d'équilibre et de mouvement des corps y sont à peu près les mêmes qu'à la surface de notre globe. Notons toutefois cette différence, que les couches superficielles d'Uranus ont sans doute une grande légèreté spécifique.