COUP D'OEIL D'ENSEMBLE
A la planète Neptune se termine, dans l'état actuel des connaissances astronomiques, le système du monde planétaire, mais non pas, tant s'en faut, la sphère d'attraction du Soleil. D'autres corps célestes ou des agrégations de matière imparfaitement condensée circulent encore dans les mêmes régions ; mais comme les uns et les autres se distinguent profondément des planètes, il était nécessaire d'en faire un groupe distinct de celui que nous venons d'étudier et de décrire.
Avant de quitter le monde planétaire proprement dit, on peut se demander si les orbites de Mercure et de Vénus forment bien ses limites réelles, s'il n'y a pas entre Mercure et le Soleil une ou plusieurs planètes, que leur proximité des rayons de l'astre a empêché jusqu'ici d'apercevoir; si, au delà de Neptune, il n'existe pas aussi d'autres planètes que leur éloignement et la lenteur de leur mouvement propre ont fait échapper jusqu'à ce jour aux regards des astronomes.
En ce qui regarde les planètes plus éloignées que Neptune, on n'a pu faire encore que des hypothèses entièrement con-
jectiirales. Ni l'observation directe, ni la théorie n'ont fourni aucun élément du problème. Les observations de Neptune, faites depuis J846, époque de la découverte réelle, paraissent jusqu'ici absolument conformes à la théorie ; elles ne révèlent aucune perturbation qu'on puisse mettre sur le compte d'une planète inconnue.
Il n'en est pas de même de la question posée, il y a longtemps déjà, sur l'existence de planètes plus rapprochées du Soleil que Mercure, ou intra-mercurielles, selon l'expression consacrée. Un assez grand nombre d'observations, faites depuis un peu plus d'un siècle, se rapportent toutes au passage, devant le disque solaire, de points noirs de forme arrondie, dont le mouvement a paru totalement différent de la rotation des taches du Soleil. De tels passages ne sont-ils pas l'indice de l'existence d'une ou plusieurs planètes inconnues? Jusqu'en 18S9, la question resta indécise ; mais à cette époque, la publication des travaux de M. Le Verrier sur les planètes inférieures, coïncidant avec une observation fort précise due à un médecin français, M. le D' Lescarbault, d'Orgères, fit croire un instant aune solution. Cet observateur avait vu, le 26 mars 1859, et suivi pendant 77 minutes le passage d'un corps noir de forme ronde sur le disque solaire. De son côté, M. Le Verrier venait d'être conduit, par la constatation d'inégalités séculaires dans le mouvement de Mercure, à admettre qu'il existe quelque matière, planète ou anneau d'astéroïdes, entre Mercure et le Soleil ' .
1. Les observations des passages de Mercure sur le Soleil ont indiqué un déplacement progressif du périhélie de cette planète, qui s'élève à 38'' par siècle. Cette perturbation séculaire, M. Le Verrier en a cherché la cause, et ce ne peut être, selon lui, que l'effet de « l'attraction d'une planète intramercurielle, ou plutôt d'un groupe d'astéroïdes placés entre le Soleil et Mercure. Distribués sur un anneau, ces astéroïdes produiraient bien un mouvement progressif du périhélie, tandis que les actions périodiques se détruiraient. »
« Le déplacement du périhélie, dit encore ailleurs M. Le Verrier, est
L'observation de M. Lescarbault fut naturellemeut considérée comme une vérification de la prévision théorique, et l'on attendit des confirmations ultérieures de cette intéressante coïncidence. La planète Vulcain — c'est le nom dont on la baptisa — fut donc attentivement cherchée, mais sans succès, lorsque, il y a aujourd'hui un mois, une observation nouvelle, faite àPéckeloh par M. Weber le 4 avril 1876, et signalée par M. R. Wolf, souleva de nouveau la question. Toutes les observations antérieures, au nombre de plus de trente, furent passées en revue, discutées et comparées. Cinq ont paru à M. Le Verrier se rapporter à un même astre qui serait décidément la planète Vulcain :
12 mars 1849, J. Siclebotliam.
26 mars 1859, D'' Lescarbault.
20 mars 1862, Lummis.
10 octobre 1802, Fritsch.
2 octobre 1839, Decuppis.
La nouvelle planète décrivant une orbite presque circulaire, aurait pour moyenne distance au Soleil, 0.205, un peu plus du 5"" de celle de la Terre, et pour période de révolution 33 jours 0225.
Revenons aux dimensions actuelles du système planétaire. Le diamètre de l'orbite de Neptune peut être considéré comme celui d'une sphère embrassant le monde
l'indice le plus sûr, quand il doit être aug.menté, de l'existence d'une matière cosmique encore inconnue, et circulant comme les autres corps autour du Soleil. Peu importe que cette matière soit agglomérée en une seule masse, ou disséminée en une foule d'astéroïdes indépendants les uns des autres. Pourvu que ses parties circulent toutes dans le même sens, leurs effets s'ajoutent entre eux pour imprimer au périhélie un mouvement direct. La conséquence est très-claire. Il existe dans les environs de Mercure, entre la planète et e Soleil sans doute, une matière jusqu'ici inconnue. Consiste-t-elle en une ou plusieurs petites planètes ou bien en des astéroïdes ou même en des poussières cosmiques? La théorie ne peut prononcer à cet égard. A de nombreuses reprises, des observateurs dignes de foi ont déclaré avoir été témoins du passage d'une petite planète sur le Soleil; mais on n'est parvenu à rien coordonner sur ce sujet. »
(Remarques sur l'ensemble des théories des huit planètes principales.)
planétaire dans son ensemble; or, il est égal à 60 fois la distance du Soleil à la Terre, ou à 8 milliards 890 millions de kilomètres. Telles sont les dimensions diamétrales du système. La lumière mettrait à le ti^averser de part en part 8 heures et 17 minutes; un boulet de canon, qui conserverait une vitesse uniforme de 4o0 mètres par seconde, ferait cet immense trajet en 626 ans; il faudrait 845 ans à une onde sonore. L'épaisseur du monde planétaire est beaucoup plus petite. En l'évaluant dans un sens perpendiculaire au plan de l'orbite de la Terre, elle est de 19 à 20 fois moindre que l'étendue diamétrale, c'est-à-dire égale à 470 millions de kilomètres environ. Si toute la matière du Soleil et des planètes était uniformément répartie dans la sphère qui s'étend jusqu'à Neptune, sphère dont le volume équivaut à 338 quatrillions de fois le volume du globe terrestre, la densité de l'espace supposé homogène, ainsi rempli, serait environ un demi-trillionième de la densité de l'eau ; l'hydrogène, le plus léger des gaz connus, serait donc plus de 400 millions de fois aussi dense.
Les planètes aujourd'hui connues se rangent naturellement, nous l'avons dit, en trois groupes qui se distinguent les uns des autres par des caractères assez nettement tranchés, comme aussi les corps célestes de chacun de ces groupes ont entre eux de nombreuses similitudes. Entrons à ce sujet dans quelques détails.
Le groupe des planètes moyennes , c'est-à-dire de moyenne grosseur, comprend Mercure, Vénus, la Terre et Mars : ce sont les quatre planètes les plus rapprochées du Soleil. Au contraire, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, de beaucoup les plus volumineuses, et qui pour cela forment le groupe des grosses planètes, sont les plus éloignées du foyer du monde solaire. Enfin, dans une région intermédiaire et qui, avant le dix-neuvième siècle, semblait former une lacune dans la succession des corps circulant autour du Soleil,, se trouve la lé-
gion innombrable des petites planètes aux orbites entrelacées et qui toutes sont remarquables par leur petitesse. On peut juger d'un coup d'oeil, en examinant la planche XXV, où le Soleil et les planètes sont représentés dans leurs vraies dimensions relatives (à l'exception des petit>es planètes qui eussent été invisibles à cette échelle), si ce premier caractère sufiTit à différencier les groupes. Quant au Soleil, c'est de toutes façons l'astre prépondérant de tout le système. Son volume vaut plus de 600 fois les volumes réunis de toutes les planètes ; et sa masse est relativement plus considérable encore : si le globe solaire était placé dans l'un des plateaux d'une balance, il faudrait mettre, dans l'autre plateau, 740 fois le poids de toutes les masses planétaires pour l'équilibrer.
Sous le rapport des masses et des densités, les trois groupes planétaires se distinguent encore nettement. En effet, voici comment les planètes se rangent à ce point de vue :
Planèles. Masses. Densités.
/ Jupiter 309.028 0.243
Grosses \ Saturne 92.394 0.133
planètes, i Neptune 15.771 0.211
( Uranus 18.542 0.220
Petites planètes Insensibles. Inconnues.
/ La Terre . 1.000 1.000
Planèles ) Vénus 0.787 0.905
moyennes, i Mars 0.109 0.692
( Mercure 0.075 1.376
Les masses réunies du premier groupe valent environ 220 fois les masses du troisième. Les densités, à peu de chose près égales entre elles dans chaque groupe, sont en moyenne quatre fois I plus faibles dans le groupe des grosses planètes (0.211) que dans celui des planètes moyennes (0.948). La matière parait donc, à l'origine, s'être divisée en portions plus petites dans le voisinage du Soleil que dans les régions éloignées du système, et, de plus, s'y être beaucoup plus condensée.