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ÉTUDE DE LA CONSTITUTION PHYSIQUE DES ÉTOILES FILANTES

Une question d'un haut intérêt se pose maintenant.

Quelle est la constitution physique ou chimique des étoiles filantes? Sont-elles des masses gazeuses, liquides ou solides? Entre-t-il dans leur composition d'autres corps simples que les corps aujourd'hui connus, qui forment notre propre planète?

En répondant à ces questions, on aurait des données, d'autant plus précieuses qu'elles seraient plus positives, sur la matière qui circule dans les espaces célestes, sur les comètes elles-mêmes; bien plus, comme l'a fait remarquer Humboldt, nous nous trouverions ainsi directement en rapport avec le ciel dont la population ne nous est en majorité accessible que par la vue, c'est-à-dire par les sensations que déterminent dans nos organes les ondulations de l'éther émanées des divers corps célestes.

Mais, on a vu que les étoiles filantes n'apparaissent que dans les plus hautes régions de l'atmosphère, qu'elles s'éteignent et sans doute s'évaporent bien avant d'arriver jusqu'au sol. Une seule méthode, l'analyse spectrale, pourrait doue nous l'enseigner sur leur état physique et chimique, du moins au moment de leur combustion. En étudiant de cette façon la lumière des étoiles filantes des 9 et 10 août 1866, A. Herschel a trouvé que les traînées et quelques noyaux d'étoiles étaient formés d'une substance gazeuse en ignition, renfermant notamment de la vapeur de sodium. La présence du sodium dans l'atmosphère à cette hauteur n'étant pas probable, A. Herschel en conclut que ce corps simple appaiHenait bien aux étoiles filantes analysées. D'autres spectres ont indiqué pour la constitution des météores, des agglomérations de parcelles solides incandescentes. En novembre 1868, le P. Secchi a analysé la lumière d'une étoile très-vive, dont la traînée était restée visible pendant un quart d'heure : son spectre, formé de raies et de bandes brillantes, rouges, jaunes, vertes, bleues, indiquait un gaz lumineux. M. Konkoly a étudié au spectroscope, en juillet et en août 1872, les traî- . nées de trois météores; leurs spectres renfermaient toutes les raies du sodium et l'un d'eux avait en outre une ligne du magnésium. Un brillant météore du 13 octobre 1873, analysé par le même observateur, outre des raies du magnésium et du sodium, avait quatre lignes communes avec le spectre d'un

carbure d'hydrogène {coal-gas). Enfin, en 1874, M. Areimis a observé, à Cadix, 50 étoiles du groupe des Perséides; 27 avaient un spectre, continu où le violet faisait généralement défaut; presque toutes avaient la raie du sodium. En rapprochant ces résultats de ceux qu'a donnés l'analyse des spectres de la lumière des comètes, on y trouve un témoignage de plus en faveur de la théoi'ie qui attribue à ces divers corps une même origine. Plus tard, on arrivera sans doute à des conclusions plus certaines.

Un mot, avant de terminer ce paragraphe, sur les bolides,

Fis. 233. Bolides du 14 novembre 1868. 1. Noyau blanc, plus brillant que Vénus. Double traînée bleuâtre. 2. Aulre traînée, d'après Gilman,

que nous avons vus mêlés aux étoiles filantes dans les pluies de météores. Les bolides diffèrent-ils réellement des étoiles filantes? ou bien, ne sont-ce que les mêmes corps de dimensions réelles plus considérables? Ordinairement, les bolides se présentent avec des diamètres apparents assez gros pour être approximativement évalués. Aussi leur apparition a-t-elle lieu quelquefois en plein jour. Humboldt rapporte qu'un de ses amis fut témoin en 1788, à Popayau, de l'apparition d'un bolide, dont la lumière était si brillante, que la chambre où l'observateur se trouvait fut tout entière illuminée, bien qu'à ce moment le Soleil ne fût caché par

aucun nuage. Dans plusieurs relations d'apparitions de bolides que nous avons sous les yeux, les témoins comparent le disque du météore à celui de la Lune pour la grosseur : il y a eu sans doute, dans bien des cas, une exagération due à l'impression très-vive que cause une lumière éclatante, surtout quand le phénomène est inattendu.

Les bolides laissent presque toujours des traînées phosphorescentes, ou des nuages plus ou moins lumineux, qui persistent quelquefois très-longtemps après la disparition du météore. C'est ainsi que l'amiral Krusenstern a vu un bolide

Fig. 234. Double traînée vaporeuse, blanc- Fig. 235. Traînée d'un bolide du 14 novemverdâtre. Météore du 14 novembre 1868, bre 1868. Nuage ovale au point de dispa-

observé par Gilman. rition du météore.

dont la traînée resta visible, sous forme d'un petit nuage, pendant une heure entière. Comme les étoiles filantes, les bolides affectent les couleurs les plus variées. Dans la nuit du 14 novembre 1868, le P. Secchi en a vu un dont le noyau a présenté successivement toutes les couleurs de l'arc-en-ciel : sa traînée est restée suspendue dans l'air comme une immense goutte, rouge en bas, irisée dans tout le reste de son étendue. La succession de couleurs remarquée dans ce bolide indique sans doute les phases diverses par lesquelles passe le phénomène de combustion, ou encore la variété de composition chimique des substances formant le météore. La même remarque peut sans doute s'appliquer aux étoiles filantes de

couleurs variées qui appartiennent soit à une même apparition ou à un même essaim, soit à des essaims différents. Sur les 50 météores observés en août 1874 par M. Arcimis et cités plus haut, 36 étaient de couleur blanche, 10 verdâtres, 1 bleu, 3 de couleur incertaine. En 1869, les météores de la même époque avaient une couleur rouge-violacée ou verdâtre ; en 1868, un observateur, M. Lowe, les trouvait tous bleus, d'un bleu intense; un autre, M. GrilTith, sur 41 météores, en notait 27 blancs, 3 bleus, 2 rouges. D'où viennent ces variations de couleur dans les météores d'un même essaim ? Serait-ce que les diverses parties du courant météo-

Fig. 236. Bolide quadruple observé par Tacchini, le 27 juillet 18';4.

rique, en même temps qu'elles diffèrent sous le rapport de la densité, diffèrent aussi sous le rapport de la constitution chimique des matériaux dont elles sont composées ?

Peut-être, les bolides ne diffèrent des étoiles filantes que par leiu' /volume et leur état physique , celles-ci étant de petites masses qui se réduisent entièrement à l'état gazeux par leur rapide passage et leur déflagration dans l'atmosphère : les bolides, tout en appartenant au même essaim, seraient des masses solides, beaucoup plus volumineuses, dont la superficie seule devient incandescente, qui pénètrent plus avant dans l'atmosphère, et, éprouvant une résistance croissante, voient diminuer leur vitesse. Alors,

LES î:toiles filantes.

l'attraction du globe terrestre devenant prépondérante, ces masses sont précipitées à la surface du sol, souvent après avoir fait explosion en nombreux fragments. Les météorites ou pierres tombées du ciel seraient, s'il en est ainsi, identiques avec les bolides, qui eux-mêmes ne différeraient pas essentiellement des étoiles fdantes. Tous ces corps auraient

Fig. 237. Méléoro observé aux États-Unis, le 14 novembre 1868. Transformation de la traînée dans un intervalle de 14 minutes.

ainsi une même originel Mais avant de se prononcer sur une telle identité, il importe de connaître les circonstances qui

1. Les corpuscules composant les traînées de météores rencontrées par la Terre sont certainement troublés dans leur marche, par l'attraction de la masse de notre planète, d'une manière très-inégale, selon leurs distances, leurs vitesses et leurs masses propres. On conçoit même que quelques-uns d'entre eux deviennent alors des satellites de la Terre, décrivant autour d'elle des orbites plus ou moins excentriques et finissant, à la longue, par tomber à la surface. Cette hypothèse pourrait expliquer les apparitions isolées de bolides, et leur chute sur le sol ; mais elle ne peut s'appliquer à tous les bolides, comme le prouve l'exemple singulier que nous allons citer.

Il résulte en effet des calculs de M. A. Tissot, répétiteur à l'Ecole polytechnique, qu'un bolide, observé le 5 septembre 1868, en divers points de la France et de l'Italie, se mouvait avec une vitesse considérable (79 kilomètres par seconde) dans une orbite hyperbolique, ayant le Soleil pour foyer. On verra plus loin d'autres exemples de telles vitesses.

accompagnent les chutes de météores, phénomène beaucoup plus rare que celui de l'apparition des étoiles filantes et des bolides.

Pendant longtemps on a regardé comme fabuleux le fait de la chute, à la surface du sol, de corps provenant des espaces célestes. Les anciennes traditions, les histoires de l'antiquité et du moyen âge, les croyances populaires avaient beau parler de pierres tombées du ciel; les hommes de science n'en voulaient rien croire. Ou bien ils niaient le fait lui-même, ou ils l'interprétaient tout autrement, regardant les corps tombes sur la Terre comme lancés par des éruptions volcaniques, enlevés au sol par des trombes, ou encore produits par certaines condensations de matières au sein de l'atmosphère.

Mais cette incrédulité presque générale des savants céda, lorsque Biot lut à l'Académie des sciences son rapport sur la chute mémorable qui eut lieu à Laigle, dans le département de l'Orne, le 26 avril 1803. Le savant académicien, à la suite d'une enquête minutieuse faite sur les lieux, dut, en effet, constater la parfaite exactitude des circonstances relatives à un ordre de phénomènes que jusque-là niaient absolument la plupart des hommes de science. A la date qu'on vient de lire, voici ce qu'avaient vu de nombreux témoins : quelques minutes après l'apparition d'un grand bolide, se mouvant du sud-est au nord-ouest, et qu'on aperçut à Alençon, à Caen et à Falaise, ime explosion effroyable, suivie de détonations pareilles au bruit du canon et d'un feu de mousqueterie, partit d'un nuage noir isolé dans le ciel très-pur. Un grand nombre de pierres météoriques furent précipitées à la surface du sol, où on les ramassa encore fumantes, sur une étendue de terrain qui ne mesurait pas moins de 11 kilomètres, dans le sens de sa plus grande longueur.

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