‹ Le ciel; notions élémentaires d'astronomie physiqueChapitre 117 sur 214 · CD · texte numérisé non relu

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La plus grosse do ces pierres pesait moins de iO kilogrammes.

Depuis, de nombreuses chutes ont été non moins authentiquement constatées; les anciens récits ont été remis au jour, les chroniques européennes et chinoises compulsées, et l'on possède une histoire fort intéressante de ces phénomènes, d'un si haut intérêt pour la science \

Les circonstances qui accompagnent les chutes de météores

Fig. 238. Explosion d'un bolide à traînée serpentante. Observation du 11 novembre 1869, d'après un dessin de M. Joseph Silbermann.

et dont on possède un grand nombre de descriptions, dues aux témoins oculaires, sont naturellement très-variées dans

1 . On compte une trentaine de chutes antérieures à l'ère vulgaire ; 1 63 chutes entre le commencement de cette ère et l'année 1803, et 174 depuis que Biot fit son célèbre rapport : en tout 366 chutes. Quelques-unes dans ce nombre sont douteuses; mais en revanche, le nombre des observations va croissant rapidement depuis que l'attention des savants et du public est éveillée. Plusieurs collections ont été fondées pour recueillir et étudier les échantillons des météorites. Celle du Muséum d'histoire naturelle à Paris s'enrichit tous les jours sous la savante et zélée direction de M. Daubrée. En 1868, elle renfermait des échantillons de 203 chutes, et le poids total de ces précieux témoins des espaces cosmiques ne s'élevait pas à moins de 1681 kilogrammes. Le Musée de Vienne (Autriche), le British Muséum à Londres possèdent aussi des collections importantes de météorites.

leurs détails secondaires ; mais leurs caractères principaux offrent une telle similitude qu'on peut les résumer dans une description générale.

Le premier de ces caractères est l'apparition d'une vive lumière, en tout semblable à celle des bolides. On voit apparaître un globe lumineux, d'une grosseur et d'un éclat souvent considérables, illuminant toute l'atmospbère^, s'il paraît la j^nuit, assez intense s'il survient dans le jour, pour être visible

Fig. 239. Météoi-e observé à llui'worlli (comté de Diirliaiii) c-n octobre 1854.

même en plein midi. La couleur en est variée, comme celle des étoiles filantes, et souvent elle passe d'une teinte à l'autre pendant la durée de l'apparition.

Après avoir décrit une trajectoire que l'éclat de sa lumière permet aisément de reconnaître, et dont la direction est souvent presque horizontale, le bolide éclate, se divise en fragments plus petits qui se projettent dans toutes les directions. C'est à la suite de cette explosion, le plus souvent plusieurs

minutes après, qu'on entend un bruit comparable soit à celui du tonnerre, soit aux détonations du canon ou de la mousqueterie. Très-fréquemment, on aperçoit dans les régions de l'atmosphère qu'a traversées le météore, une traînée vaporeuse, ou un nuage, comme nous l'avons vu plus haut en parlant des bolides. Il est probable, en effet, qu'il n'y a pas de différence essentielle entre les bolides qui font explosion et ceux dont nous parlons maintenant; ou plutôt, la seule différence consiste en ce que les débris du corps qui s'est brisé dans les hautes régions ne sont pas toujours retrouvés à la surface du sol. Mais, dans le cas où l'observateur se trouve dans le voisinage des points où les fragments sont projetés, outre le bruit de la détonation, il entend un sifflement produit par le mouvement rapide des projectiles dans l'air, analogiie au son strident des bombes, lorsqu'elles passent en tournoyant au-dessus de nos têtes ; i\bel Rémusat dit que les « Chinois comparent ce sifflement au bruissement des ailes des oies sauvages, ou encore à celui d'une étoffe qu'on déchire. »

On a cherché si les chutes de météores suivaient certaines lois de fréquence, selon les temps et les lieux. Arago, en groupant 206 observations selon les mois où les chutes ont eu lieu, a trouvé une répartition qui n'indique guère de périodicité. M. Stanislas Meunier a fait, de 102 chutes de météorites, une répartition semblable qui paraîtrait indiquer un maximum en juin et un autre en novembre, et deux minima, l'un en janvier, l'autre en juillet. Mais le nombre des observations est trop restreint pour qu'on puisse regarder ces résultats comme des lois réelles. Il en est de même, si l'on groupe les chutes d'après l'heure de la journée ou de la nuit. Sur 126 observations, 86 (d'après Haidinger) sont arrivées entre 6 heures du matin et 6 heures du soir, 40 seulement entre 6 heures du soir et 6 heures du matin.

« Sur 72 météorites dont la chute nous est entièrement coule CIEL. 80

nue, dit Al. Herschel, le plus grand nombre 58 sont tombées après midi, de midi à 9 heures du soir. » Sur les 126 d'Haidinger, 66 sont tombées entre midi et 9 heures du soir : ce n'est guère plus de la moitié. Enfin 53 sont tombées de

Fig. 240. Coiu'be représentant la distribution horaire, diurne et nocturne, des chutes de météorites.

minuit à midi, 73 de midi à minuit. Mais qui ne voit que la prédominance des chutes de jour peut provenir de ce que de pareils phénomènes ont naturellement plus de témoins dans

Fig. 241. Courbe mensuelle dos chutes de météorites. 1. D'après Arago. 2. D'après Stanislas Meunier.

la journée qu'aux heures nocturnes ? Quant à la distribution selon les lieux, elle a suggéré des remarques assez singulières sur certaines régions qui, sous ce rapport, semblent plus favorisées que d'autres : telles sont la France méridionale, le nord de l'Italie, l'Inde anglaise.

Les preuves de l'origine cosmique des météorites sont d'abord celles invoquées pour les étoiles filantes; la vitesse considérable avec laquelle elles parcourent leur trajectoire au sein de l'atmosphère, puis la grande hauteur des points où apparaissent les météores et même où ils font explosion. En ce qui regarde le premier point, la vitesse des bolides qui précèdent la chute est comparable aux vitesses planétaires. La météorite d'Orgueil a pénétré dans notre atmosphère avec une vitesse de 20 kilomètres par seconde. On a mesuré de plus grandes vitesses encore ' .

Quant à la hauteur des bolides d'où proviennent les météorites, elle est souvent énorme. On a évalué à 100 kilomètres la hauteur verticale de celle d'Orgueil, à l'instant où elle est passée au-dessus de Nérac, et à 25 ou 30 kilomètres la hauteur du point où elle a fait explosion. Il n'est donc pas douteux qu'on ait affaire à des corps provenant des espaces célestes; les uns pénètrent dans l'atmosphère, s'y enflamment et tombent tout entiers sur le sol; les autres, après des explosions partielles et des chutes de quelques fragments matériels, continuent leur trajet dans l'atmosphère, et en sortent comme ils y étaient entrés, n'ayant sulù, outre une perte insignifiante de matière, (ju'une forte perturbation dans leur mouvementé

1. Il faut faire là, comme le remarque fort justement M. Daubrée, une distinction essentielle. « La vitesse énorme, dit-il, propre au corps lumineux ou bolide que l'on voit fendre l'atmosphère, contraste avec celle, incomparablement plus faible, que possèdent les éclats, au moment de leur arrivée sur la Terre. Le bolide se comporte comme un corps lancé avec une vitesse initiale considérable; au contraire, les éclats qui nous parviennent à la suite de la détonation paraissent, en général, ne posséder qu'une vitesse comparable à celle qui correspondrait à leur chute, ralentie d'ailleurs par la résistance de l'air. » [Etudes récentes sur les météorites.)

2. Prenons encore pour exemple le bolide du R mai 1864, ou la météorite d'Orgueil. Ce bolide avait, avant l'explosion, d'après toutes les relations, des dimensions apparentes considérables, à peu près égales à celles du disque lunaire dans son plein. En tenant compte de la hauteur calculée, M. Laussedat évalue son diamètre réel à 400 ou 500 mètres; la moyenne 450 mètres

Mais outre ces preuves d'ordre mathématique de l'origine extra-terrestre des météorites, il y a des témoignages d'une autre nature. Ce sont ceux qui ont surgi de la comparaison

Fig. 242. Masse de fer météorique trouvée en 1828, par Brard, à Caille (Alpes-Marilimes>

Groupe des Holosidéres.

chimique et minéralogique des matériaux dont elles sont formées avec les roches des diverses couches du sol de notre

suppose un volume d'au moins 47 millions de mètres cubes, bien près de 100 millions de kilogrammes. Même en supposant ces évaluations exagérées (un corps très-lumineux paraît toujours plus gros qu'il n'est réellement), on voit que les quek[ues fragments recueillis, pesant à peine quelques kilogrammes, n'étaient qu'une fort petite partie de la masse totale. L'un des observateurs du pliénomène dit nettement qu'après l'explosion, le bolide presque éteint, ayant repris une teinte rougeâtre, continua sa route et resta visible sur un arc encore assez étendu.

Un grand nombre de chutes n'ont donné qu'un seul fragment, une seule masse (cjui ait été recueillie du moins). La chute d'Orgueil a fourni une centaine de morceaux, répartis en une soixantaine de points, sur un espace de 20 kil. de longueur. Les deux chutes les plus remarquables, à ce point de vue, sont celles de Knyahinya (1867), d'un millier de pierres, celles de l'Aigle (1803), où 3000 pierres se sont trouvées rassemblées dans un espace ovale

globe. Avant d'entrer dans qnclqiies détails relatifs à cette composition, disons un mot de l'incandescence des bolides avant et pendant l'explosion. Il paraît évident que cette incandes-

Fig. 243. Fer de Pallas, trouvé en 1776, àKrasnojarsk (Sibérie). Groupe des Syssidèrcs.

cence est causée par le trajet rapide du coi-ps dans l'atmosphère, par la chaleur que développe la soudaine compression de l'air due à ce mouvement \ La température est

dont le grand axe avait 12 kilomètres, enfin celle de Pultusk (1868) qui n'était guère moins abondante que celle de l'Aigle.

Le poids des fragments varie entre quelques grammes et quelques kilogrammes. Le plus gros échantillon de la chute d'Orgueil atteignait 2 kilogr., de l'Aigle 9 kilogr. On cite quelques rares météorites pesant 2 ou 300 kilogr. On s'est demandé si l'augmentation de la masse de la Terre résultant de la chute continue des météorites n'entrait pas pour une part qui ne serait point insensible, dans la cause de l'accélération séculaire du mouvement de la Lune. C'est une question pour la solution de laquelle les données manquent encore.

1. M. Regnault, dans son remarquable Mémoire sur la détente des gaz, dit: « Les bolides traversent notre atmosphère avec une extrême vitesse; ils s'échaufl'ent ainsi jusqu'à devenir incandescents, jusqu'à fondre complète-

assez intense pour fondre et vitrifier la surface des météorites qui, à peu d'exceptions près, sont recouvertes d'une sorte de vernis noirâtre d'un millimètre à peine d'épaisseur. Les fragments sont brûlants quand on les ramasse, mais cette température élevée est toute superficielle, et, lors d'une chute arrivée dans l'Inde, on a constaté que l'intérieur des masses météoriques était à une température très-basse.

Les résultats fournis par de très-nombreuses analyses de la composition chimique des météorites montrent que ces corps ne présentent aucun élément simple étranger à la Terre. On y a reconnu jusqu'à présent vingt-deux corps simples, que M. Daubrée range ainsi d'après l'ordre décroissant de leur importance :

Le/êr, qui est absolument constant, tant à l'état de métal qu'à l'état de sulfure, et qu'on trouve en outre à l'état oxydé dans les masses pierreuses ; le magnésium ^ à l'état de silicate, quelquefois de phosphure ; le silicium; l'oxygène, dans la partie pierreuse des météorites ; le nickel, principal compagnon du fer; le cobalt; le chrome; le manganèse ; le titane, plus rare que les précédents ; Vétain, le cuivre ;V aluminium, le potassium, le sodium et le calcium qui existent dans certaines météorites à l'état de silicates multiples ; V arsenic, le phosphore ; V azote qu'on a trouvé dans la météorite char^

ment, ou seulement à leur surface. On attribue encore ce fait à la friction contre les molécules gazeuses. Je crois que dans les deux cas le dégagement de chaleur provient d'une autre cause, et qu'il est dû uniquement à la chaleur dégagée par la compression de l'air. » (C. R. 1869, IL) Benzenberg avait émis la même opinion, en comparant l'incandescence des bolides aux effets du briquet à air. D'après M. Haidinger, la résistance que dut éprouver le bolide du 14 mars 1861 de la part de l'air n'aurait pas été inférieure à une pression de 22 atmosphères. M. Delaunay, en analysant les effets mécaniques et calorifiques de cette compression et de la réaction qui en est la conséquence, explique à la fois l'intensité de la détonation et la faible vitesse relative des fragments qui arrivent à la surface de la Terre comme des corps tombant d'une grande hauteur, la réaction s'opérant contre eux en sens inverse du mouvement qui animait la masse totale avant l'explosion.

LES ÉTOILES PILANTES. 639

bonneuse d'Alais; \e soufre^ le chlore^ \e carbone et enfin V hydrogène.

Quant aux combinaisons que ces éléments forment entre eux, et qui existent également dans les roches terrestres, ce sont, entre autres, le péridot, le pyroxène, le feldspath anorthite, le fer chromé, la pyrite magnétique, le fer oxydulé.

Malgré la diversité de composition, soit chimique, soit minéralogique des météorites recueillies et étudiées jusqu'ici, elles ont pu être classées en types distincts. D'abord, le plus grand nombre est caractérisé par la présence du fer à l'état métallique ; on ne connaît qu'un petit nombre de météorites où ce métal n'a pu être trouvé, si ce n'est à l'état de combinaison. De là deux grandes divisions reconnues et nommées par notre savant compatriote, M. Daubrée : la première comprend les sidérites où le fer existe à l'état métallique; la seconde, celle où il n'existe point : ce sont les asidkrites. Au reste, la première classe renferme divers groupes qu'on peut résnmer dans le tableau suivant :

SIDÉBITES

Météorites renfermant du fer à l'état métallique.

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