NOMBRE ET CLASSIFICATION DES ÉTOILES DOUBLES. ÉTOILES MULTIPLES
Il y a dans le voisinage de Wéga, la plus brillante étoile de la constellation de la Lyre, une petite étoile de 4' grandeur, dont la forme allongée, reconnaissable à la vue simple, laisse soupçonner la réunion de deux points lumineux. En effet, quand on se sert pour l'examiner d'une simple lor- pig. 270. e de la Lyre 1. vuc double
.,1 .1 -i T i- dans une petite lunette (pouv. 4).
guette de spectacle, on voit distmc- 2. Vue dans une lunette 15 fois plus
tement deux étoiles (e, ou 4 et 5, f°'t'^(P»"^- ^o)dans les catalogues), l'une de grandeur 4.5, l'autre de grandeur 5.4, séparées l'une de l'autre par un intervalle égal à la neuvième partie environ du diamètre apparent de la Lune\
Est-ce là ce qu'on nomme, en astronomie, une étoile double P Non : il y a bien, entre cette réunion de deux étoiles et les couples stellaires, une certaine analogie ; mais la distance
1. G'est-à-direégal à3' 27". Heis les voit séparées à l'œil nu, par un temps bien clair. « Stellœ 4 et 5 Lyrae claro aère sejunclœ vidcntur, » dit-il dans son catalogue de l'Atlas cœlestis novus.
des deux astres est ici beaucoup trop grande, et la dénomination d'étoiles doubles est restreinte à celles dont la distance apparente ne dépasse pas la sixième partie environ de l'intervalle qu'on vient de citer. A l'œil nu, ou même dans les lunettes de moyenne force, un couple d'étoiles aussi rapprochées apparaît comme un simple point lumineux; il faut employer, pour distinguer les étoiles qui le composent, des instruments d'une force optique considérable. En général, on considère comme formant une étoile double tout couple dont les deux
Fig. 271. Étoiles doubles 4 et ô, composant e de la Lyre, vues dans un télescope de 10 à 12 centimètres d'ouverture.
étoiles composantes sont à une distance inférieure à 32". Si, dans un cercle décrit autour d'une étoile avec un rayon de 32", il se trouve deux autres points lumineux, la réunion des trois étoiles ainsi groupées forme une étoile triple. Elle est quadruple ou en général multiple, si le cercle en question renferme quatre, cinq ou un plus grand nombre d'étoiles. D'après cette définition, les deux étoiles 4 et 5 de la Lyre ne forment ni une étoile double ni une étoile multiple. Déjà cependant, l'application d'un moyen pouvoir optique laisse voir chaque composante oblongue. (Voy. fig. 270, 2.) Mais
si l'on applique une lunette d'un pouvoir suffisant à l'examen de chacune des composantes, ou trouve que l'une et l'autre sont séparément formées de deux étoiles, mais si rapprochées, que les intervalles séparant les composantes de chaque couple mesurent à peine 3", c'est-à-dire seulement la 70' partie de la distance totale des couples eux-mêmes ' . Il y a un siècle, on ne connaissait que vingt groupes de ce genre ; aujourd'hui les observateurs en ont recensé plus de dix mille ^ .
Il serait intéressant de savoir quelle est la proportion du nombre des étoiles doubles à celui des étoiles simples dans les divers ordres de grandeur. Pour établir son catalogue de 3112 étoiles doubles, W. Striive a dû passer en revue 120000 étoiles, depuis la première jusqu'à là 8° grandeur. Cela fait 1 étoile double sur 40, ou 1 étoile double contre 39 étoiles simples. Cette proportion générale parait plus forte, si l'on s'en tient aux six ou sept premiers ordres do grandeur. En effet, sur les 5421 étoiles visibles à l'œil nu du catalogue de Heis, il y en a 425 qui se trouvent dans le catalogue de Struve ; cela fait à peu près 1 étoile double sur 13, ou 1 double contre 12 simples. Mais il est intéressant de voir com-
1. Struve. En réalité, comme le montre la figure, il y a huit étoiles comprises dans ce que l'œil nu fait voir comme une étoile un peu allongée; trois petites étoiles, dont 2 de 13*= grandeur, se trouvent encore dans l'intervalle qui sépare 4 et 5. Comme leurs distances mutuelles sont comprises entre 20" et 30", ces trois étoiles forment une étoile triple comprise entre deux étoiles doubles. Les composantes de £ (ou 4) sont de 5' et 6.5 grandeur; celles de 5 sont l'une de 5", l'autre de 5.5.
2. Kirch, Bradley, Flamsteed, Tobie et Christian Mayer, W. Herschel dans le siècle dernier; les deux Struve, Bessel, Argelander, Dembowski, Savary, Y. Villarceau, Encke et Gall, Preuss et Mœdler, sir John Herschel, dans la première moitié du dix-neuvième siècle, ont attaché leurs noms, les uns à la découverte, les autres à l'étude mathématique de ces couples, aujourd'hui si nombreux et si intéressants. Le dernier catalogue général publié par sir J. Herschel renferme un nombre total de 10 300 étoiles doubles ou multiples; mais tous les ans, de nouveaux couples viennent s'ajouter aux couples déjà recensés.
ment ces 425 couples se répartissent selon les grandeurs; le voici :
1" grandeur 1 étoile double sur 13 simples ou 2» — 10 — — 48 — 3= — 33 — — — 152 — 4"^ — 50 — — — 313 — 5» 88 — — — 854 — 6« 242 — — — 3974 —
contre 12.0
Il semble résulter de là que la proportion des étoiles doubles va en diminuant avec l'éclat, c'est-à-dire on général avec la distance, comme cela ressort déjà de la comparaison des étoiles doubles visibles à l'œil nu et de celles qui exigent le secours des télescopes. Cela tient probablement en partie à la faiblesse relative du satellite, c'est-à-dire de l'étoile la plus faible dans les couples où l'étoile principale, ou la primaire, est elle-même très-petite, mais aussi et pour une part sans doute plus forte, à la difficulté de dédoubler des couples dont les composantes ont une trop petite distance apparente et se confondent ainsi dans les télescopes. Ces deux causes se rapportent l'une et l'autre à l'augmentation de la distance qui correspond à la diminution de l'éclata
La réunion de deux soleils dans un petit espace de la voûte étoilée est-elle purement fortuite ? Ou bien faut-il la considé-
1. W. Struve a divisé les étoiles doubles en huit classes, selon la distance des composantes. Voici quelques échantillons pris dans chacune d'elles :
Y Couronne boréale.
ly Lion.
Ç Hercule.
l Y Vierge.
1"= classe.
r\ Couronne.
3" classe.
|S Serpent.
De 0" à 1".
(0 Lion.
De 2" à 4".
\i Bouvier.
Atlas des Pléiades.
1 <J Orion.
42 Chevelure deBérénice
\ 44 Bouvier, a Croix du Sud
[8 Cygne.
a Hercule.
2" classe.
1 Z Bouvier.
4= classe.
Ç Couronne.
De 1" à 2".
; Grande-Ourse.
De 4" à 8".
a Gémeaux.
(7 Couronne boréale.
70 Ophiucus.
32 Éridan.
rer comme une liaison réelle des deux astres, formant un véritable système? Dans la première hypothèse, le rapprochement des deux étoiles n'est qu'apparent ; il est dû à un efTet de perspective, le rayon visuel qui aboutit à la plus rapprochée des deux se confondant presque avec celui qui. va chercher la seconde à des profondeurs beaucoup plus considérables encore. Dans le second cas, les deux soleils sont à des distances à peu près égales de la Terre, et leur rapprochement apparent vient de la petitesse relative de leur distance mutuelle. Mais alors les deux étoiles exercent sans doute l'une sur l'autre une action attractive qui dépend de leurs masses; elles doivent tourner autoiu' de leur centre de gravité commun, c'està-dire former un système. De là cette distinction des étoiles doubles en couples optiques et en couples physiques ^ selon que la réimion des deux composantes de chaque couple est simplement apparente ou réelle.
La réunion 4e deux soleils à l'intérieur d'un cercle dont le rayon maximum est de 32", constitue les étoiles doubles, au sens restreint où se placent les astronomes qui, comme W. Herschel, W. Struve, sir J. Herschel, se sont particulièrement occupés de cet objet. Mais il est des exemples de groupes où
/p Orion.
( Ç Poissons.
5" classe.
l71 Cassiopée.
1" classe.
1 a Chiens de chasse
De 8" à 12".
j i Orion.
Del6"à2i".
/ Taureau.
\1 Bélier.
41 Dragon.
'a Centaure.
/ S Hercule.
6° classe.
p Scorpion.
8° classe.
1 ï) Lyre.
Do 12" à 16".
Ç Grande-Ourse.
De 24" à 32".
1 \ Dragon.
\61= Cygne.
(z Cygne.
Il a, en outre, cru nécessaire de subdiviser chacune de ces classes en deux groupes, le premier comprenant les étoiles doubles brillantes, dont le satellite n'est pas au-dessous de la 8» grandeur; le second groupe comprend les autres étoiles. Cette division en classes a l'inconvénient de n'être pas immuable, puisque, comme on le verra plus loin, les composantes des couples physiques se déplacent. Mais cet inconvénient se change en avantage, en permettant de constater ces mouvements par le passage d'une étoile d'une classe à l'autre.
les satellites sont à une distance plus éloignée de la principale, et qui cependant paraissent être des couples physiques. Quand le nombre des étoiles comprises dans le cercle en question est trois, quatre, cinq, etc., les étoiles sont alors triples, quadruples, quintuples..., et en général multiples. Parmi les étoiles du catalogue de Struve, « il y a, dit cet astronome, 11 groupes ternaires brillants où chacune des trois étoiles n'est pas au-dessous de la 8^ grandeur, et deux groupes qua-