DISTANCES DES COMPOSANTES
Systèmes en rayons on millions
binaires. de l'orbilc terrestre. de lieues.
'Q Hercule 16 592
•/l Couronne 26 962
Castor 54 ou 70 1998 ou 2590
Q Couronne 105 ou 80 3885 ou 2960
Y Vierge 47 1369
ç Grande-Ourse 45 1295
C Écrevisse 25 925
(0 Lion 36 1332
Le rayon de l'orbite terrestre étant pris pour unité, on voit que trois des distances moyennes (celles de '( Hercule, '( Écrevisse etï] Couronne) se trouveraient comprises dans l'intérieur de l'orbite de Neptune ; les cinq autres la dépasseraient pour atteindre jusqu'à trois fois et demie la distance de cette planète au Soleil, plus de quatre milliards de lieues ! Mais les parallaxes de ces systèmes étant inconnues, ces nombres sont hypothétiques, et il est probable qu'ils sont au-dessous de la Idéalité .
Le mouvement de révolution de deux soleils, c'est-à-dire de deux corps brillants d'une lumière qui leur est propre, n'a rien de plus extraordinaire que celui d'une planète ou d'un corps obscur autour d'un Soleil. Un état physique particulier, tel que celui de l'incandescence des corps en mouvement, n'a rien d'incompatible avec les lois connues de la mécanique, ne modifie en rien les mouvements réciproques des astres en présence. Il est possible qu'à l'origine de notre
monde solaire, plusieurs des planètes, aujourd'hui obscures, aient brillé comme le Soleil, et qu'ainsi notre système, qui maintenant est une étoile simple, ait pu être considéré jadis comme une étoile double ou même multiple.
C'est aussi l'analogie qui nous entraine à supposer dans les systèmes stellaires des agglomérations semblables à celles de notre monde. Nous considérons volontiers chaque étoile comme un soleil entouré de corps plus petits, d'astres obscurs gravitant autour de lui, comme les planètes et les comètes gravitent autour de notre Soleil. Si cela n'existe point d'une façon absolument générale, du moins il est fort probable qu'il en est ainsi pour un grand nombre d'étoiles ; et rien n'empêche d'étendre l'hypothèse au cas des systèmes binaires ou multiples. Imaginons donc que les deux composantes d'une étoile double sont accompagnées chacune de comètes, de planètes et de leurs satellites, et essayons de nous faire une idée des mouvements relatifs de tous ces corps. Cela n'est rien moins que facile, du moins si l'on introduit dans l'hypothèse l'idée de la stabilité du système, et si l'on compare les perturbations considérables que les rapprochements périodiques de deux masses solaires doivent produire dans les orbites planétaires, avec celles relativement faibles qui ont été constatées dans les mouvements des corps de notre système. D'après sir J. Herschel, une telle stabilité n'est concevable que dans les systèmes binaires dont les composantes sont très-éloignées et les périodes de révolution fort longues. De plus, il faut admettre que les planètes de chacun de ces soleils sont accumulées dans des espaces relativement petits en comparaison de l'énorme intervalle qui sépare les deux composantes, à peu près dans la proportion où les distances de nos planètes principales à leurs propres satellites se trouvent par rapport aux distances des planètes au Soleil lui-même. « Une subordination moins nettement caractérisée, dit-il, serait incompatible avec la stabilité de leurs systèmes et avec la nature pla-
nétaire de leurs orbites. A moins d'être intimement nichées sons l'aile protectrice de leur supérieur immédiat, le passage de l'autre soleil au périhélie de leur propre soleil, pourrait les enlever, ou du moins les faire circuler dans des orbites absolument incompatibles avec les conditions nécessaires à l'existence de leurs habitants. Il faut avouer qu'il y a là un champ étrangement vaste et nouveau pour les excursions spéculatives. » [OutUnes of astronomy ^ 6° édition.)
Mais il ne faut pas oublier qu'une hypothèse domine toutes les recherches qui ont été faites sur les systèmes d'étoiles doubles ou multiples, comme aussi les spéculations auxquelles nous venons de faire allusion. Cette hypothèse, c'est que, dans leurs mouvements réciproques autour du centre de gravité, les composantes d'un système sont assujetties aux lois du mouvement elliptique, aux lois de Kepler, et, en un mot, sont régies, comme les corps du système solaire, par la force de gravitation. Les méthodes analytiques données par Savary, parYvonVillarceau,parEncke reposent surcepointde départ, et les éléments trouvés pour les orbites relatives ont été calculés suivant les principes de la mécanique céleste. Une telle induction est-elle légitime ? C'est là une question philosophique d'une haute importance, et qui ne peut être tranchée à la légèi'e, ni résolue par de vagues analogies'.
1. Nous renvoyons le lecteur désireux de se faire une idée exacte des conditions rigoureuses du problème en question, aux mémoires publiés dans la Connaissance des Teiyips pour 1852, parM. X- Villarceau, et notamment à sa quatrième noie sur les étoiles doubles, où l'éminent astronome étudie le mouvement des étoiles doubles, considéré comme propre à fournir la preuve de l'imiversalité des lois de la gravitation planétaire. Nous devons nous borner à transcrire ici les conclusions de l'auteur, qui, comme il le dit lui-même, n'a point eu l'intention d'élever l'ombre d'un doute sur l'universalité de ces lois, mais de montrer la différence, si importante au point de vue de la philosophie scientifique, entre une probabilité, si forte soit-elle, et une preuve acquise. Voici ces conclusions : « Bien qu'il résulte des recherches des astronomes, que le mouvement observé dans les systèmes binaires ne se soit jusqu'ici montré nulle part en opposition avec
Ce que l'on peut dire en faveur de la probabilité de l'universalité de la loi de gravitation, c'est que, des orbites d'étoiles doubles qui ont été déterminées avec une approximation sufTisante, on a déduit des éphémérides, à l'aide desquelles l'observation ultérieure a pu vérifier, dans une certaine mesure, l'exactitude des éléments. De même, quatre ou cinq observations ayant suffi pour le calcul, il a été possible de voir si les autres observations déjà connues venaient cadrer avec les résultats obtenus. Or, jusqu'à présent, ces deux genres de vérifications ont paru concordantes dans la limite des erreurs d'observation. De sorte qu'on peut admettre, sauf les réserves indispensables en des questions si difficiles, que les corps des mondes sidéraux sont gouvernés dans leurs mouvements par les mêmes forces qui agissent sur les corps dont se compose le monde solaire.
les lois de la pesanteur, nous n'avons cependant pas encore le droit de conclure que cette loi régit effectivement les mouvements des étoiles doubles, comme elle régit les mouvements planétaires. Les observations d'étoiles doubles ne peuvent pas fournir une preuve expérimentale de l'universalité des lois de la pesanteur, mais seulement de puissantes probabilités, qui semblent commencer à se produire. » Nous engageons nos lecteurs à méditer ces sages réserves d'un savant aussi versé dans la théorie que dans la pratique de la haute astronomie, et à les mettre en regard des assertions tranchantes, émises trop souvent sur des sujets pareils, avec une légèreté que l'ignorance et l'inexpérience de leurs auteurs n'excusent point; ceux qui aiment à formuler ainsi en phrases pompeuses et poétiques une foule d'hypothèses invérifiables, ne semblent avoir d'autre but que de se donner un faux air de profondeur. La vraie science n'a point de telles allures.
La Connaissance des Temps pour 1877 renferme aussi, de notre savant compatriote, M. Y. Villarceau, un mémoire où se trouve exposée, avec tous ses développements analytiques, sa Méthode pour calculer les orbites des étoiles doubles. Nous saisissons cette occasion pour nous associer à t hommage que l'auteur rend à la mémoire de Mme Y. Villarceau, qui a vérifié elle-même l'exactitude analytique des formules de ce grand travail, et en a calculé plusieurs applications numériques. Nous croyons, comme lui, « qu'il est utile d'augmenter la liste encore peu nombreuse des femmes, qui, par leur collaboration active et dévouée, ont contribué aux progrès de la science, » et que les astronomes ajouteront le nom de Mme Yvon Villarceau aux noms de Mmes Lepaute, Caroline Herschel et miss Mitcbell.
750 LE MONDE SIDERAL.